When Evil Lurks : À la racine du mal

Lauréat des Prix de la Critique et du Public lors du dernier Festival de Gérardmer, When Evil Lurks est un titre qui revient sur toutes les lèvres depuis plusieurs mois. La plupart des critiques sont unanimes le concernant : film radical, œuvre coup de poing, pour ne pas dire visionnaire… Que d’éloges qui suscitaient bien évidemment notre curiosité et notre envie d’en découdre avec le cinquième long métrage de l’Argentin, Demian Rugna. Nous l’avions découvert en 2017 avec Terrified, sorte de revisite du film de maison hantée qui n’était pas avare en propositions intéressantes. Sans pour autant sauter au plafond ni crier au génie, nous étions restés sur un avis assez positif quant aux capacités du réalisateur à savoir mener une histoire d’épouvante à bras le corps. En dépit du fait que le film ait fuité sur le net depuis des mois (en parti à cause de sa sortie directe sur la plateforme Shudder le 27 Octobre dernier), ESC prend le pari de sortir le film en salle cette semaine. La stratégie va-t-elle être payante ? C’est tout le bien que l’on souhaite au film. Qu’on l’aime ou non, il en va de l’avenir des films de genres atypiques dans nos salles.

Après avoir découvert un cadavre mutilé près de leur propriété, deux frères apprennent que des événements étranges survenant dans leur village sont dus à un homme possédé par un démon, dont la famille attend que quelqu’un puisse le libérer de ce mal. Alors que les deux frères tentent de déplacer le corps du possédé, le mal dont ce dernier souffrait va se répandre comme une épidémie, affectant d’autres habitants de la région.

Ce qui saute aux yeux, dès l’ouverture du film, réside en sa capacité à savoir exploiter ses espaces. When Evil Lurks possède une des plus belles directions artistiques que nous ayons vu dans un film de genre ces dernières années. Les scènes nocturnes jouent parfaitement avec la profondeur du noir, offrant de vraies séquences à la tension palpable. Les scènes de jour, souvent éclairées en lumière naturelle, ne laissent pas de place au répit et contribuent à faire monter une tension qui s’immisce dès les 10 premières minutes du film pour ne jamais décroître jusqu’au générique final. Ceci vient du fait que le réalisateur ose filmer l’horreur en pleine journée. D’ailleurs, certaines des séquences les plus dures à vivre se dérouleront sous le soleil. En outre, on ne peut certainement pas blâmer Demian Rugna d’embrasser l’horreur qu’il dépeint de manière frontale. Il fait rapidement comprendre que personne n’est à l’abris et ose taper (pour ne pas dire souiller) sur la figure infantile avec une brutalité qui risque d’en dérouter plus d’un. Nous n’irons pas jusqu’à jubiler d’un tel exercice, mais force est de constater que Demian Rugna ne craint aucunement de se salir les mains pour les besoins de son œuvre. De plus, le montage trouve le ton juste entre voyeurisme exécrable et scène choc. Tout est millimétré au cordeau et sied parfaitement à la réputation de « film méchant » que se traîne When Evil Lurks depuis quelques mois. Le film est un vrai exercice de style qui parvient à jongler habilement entre un gore vraiment craspec et une tension qui vient soulever les estomacs. Le choc visuel annoncé n’était donc ni vain ni commercial : on a vraiment mal devant le film !

When Evil Lurks ne s’embourbe pas dans l’imagerie occidentale des films de possession du calibre de L’Exorciste. Il est un film hybride, à la croisée de plusieurs genres, qui associe le folk horror aux films d’infectés et à Gremlins. Les possédés obéissent à 7 règles distinctes qu’il faut scrupuleusement respecter si l’on veut survivre (s’il vous faut une meilleure comparaison avec Gremlins, on voit mal quoi vous dire d’autre). Même si la comparaison avec le film de Joe Dante se limite aux règles à appliquer, When Evil Lurks insiste lourdement sur le respect de ces règles. Et c’est ainsi que notre limite avec le film se fait sentir. Qu’importe qu’il soit profondément nihiliste et radical, c’est sa plus grande force. Seulement, le film nous oblige à suivre les déambulations d’un personnage principal absolument détestable, qui n’écoute jamais un traître mot des conseils à appliquer. Plongé dans une hystérie constante, il est l’incarnation de tous les pires choix à faire. De fait, quand survient l’ultime plan du film, nous sommes dans l’incapacité totale de rentrer dans une quelconque empathie avec lui. Ceci nous amène à nous questionner sur ce que recherche Demian Rugna avec son film. Les plus réfractaires scanderont à la violence gratuite et sans fond, mais on ne peut dignement abonder dans ce sens lorsqu’un film se tue à mettre en scène aussi proprement ses effets. Le mal, tel que Rugna le dépeint, s’insurge dans le cœur de ceux qui ont peur afin de les blesser en s’attaquant aux êtres les plus innocents (comprenez ici, les animaux et les enfants). Est-ce que nous obliger à suivre un homme hystérique, qui ne fait preuve d’aucune compassion et dont l’amour pour ses proches est sévèrement à remettre en doute, est un moyen pour le réalisateur de nous faire entendre que le mal naît des hommes ? Que devons-nous tirer comme morale de son film ? S’il y a un personnage intéressant à suivre, ce n’est pas notre « héros », mais son frère qui, lui, subit les événements avec un aplomb et un recul remarquables. L’histoire prend sens d’ailleurs si l’on vit le film par le prisme de son regard. Il remet perpétuellement en doute tout ce qu’il voit, tout ce qu’il ressent. Au moment de choisir quel personnage prendre pour l’ultime confrontation, le réalisateur cède au choix le plus décevant, celui de la faiblesse, de la gratuité et de la pauvreté. Ainsi, son dernier plan ne fonctionne pas et ne peut déclencher aucune compassion chez le spectateur. Avec la même finalité dans le récit, mais avec le frère en guise de « final boy », la fin aurait été nettement plus percutante.

When Evil Lurks, en dépit de sa radicalité dans l’horreur et une esthétique à couper le souffle, loupe le coche en raison d’un fond alambiqué, voire vide. Nous ne sommes pas déçus par l’entièreté du film, mais il y a un vrai goût d’inachevé qui flotte dans l’air et qui laisse pantois quant aux capacités du réalisateur à savoir offrir une vraie densité à ses personnages. Ceci étant, une telle proposition est une bénédiction dans nos salles obscures et cela fait du bien de se retrouver devant une œuvre, malgré ses maladresses, qui ose frontalement embrasser son sujet. Les âmes sensibles risquent de voir leurs rétines s’imprimer d’images difficile à enlever…vous voilà prévenus.

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