Hiruko the Goblin : Evil Dead à la campagne japonaise !

Après avoir édité un coffret massif consacré à Shinya Tsukamoto l’année dernière, Carlotta poursuit son travail autour du cinéaste en éditant en Blu-ray Hiruko the Goblin. Deuxième long métrage de Tsukamoto, Hiruko the Goblin est un film de studio produit par la Shochiku qui fut fortement impressionnée par Tetsuo. Acceptant le travail en pensant être bridé par le studio et considérant cela comme une expérience intéressante, Tsukamoto confiait volontiers avoir été déçu que la production le laisse faire tout ce qu’il voulait ! Anecdote amusante qui en dit long sur l’état d’esprit du cinéaste (qui mit du temps à aimer ce film) et qui permet d’aborder le film en voyant combien le studio s’est effectivement prêté aux délires du réalisateur !

Hiruko the Goblin n’est qu’un film prétexte. Sous son récit de fantômes réactualisé se cache un pur film  »fête foraine » (que Tsukamoto assumait totalement, clamant avoir voulu entraîner les spectateurs dans des montagnes russes) se moquant bien ouvertement de son scénario. Tout juste a-t-on besoin de savoir qu’un archéologue aux méthodes excentriques enquête sur la disparition d’un de ses amis en compagnie du fils du disparu. Les deux compagnons d’infortune vont se retrouver malmenés par des fantômes et des démons au sein d’un lycée, situé au-dessus d’un ancien tumulus qui pourrait bien être une porte de l’enfer…

Pas besoin d’en dire plus puisque le film se contentera de partir de ce postulat de départ pour aligner les péripéties en tous genres, redoublant d’inventivité à chaque séquence, mettant en scène avec un plaisir évident des moments de trouille (parfois gores) sans jamais se prendre au sérieux. En résulte une œuvre jamais réellement terrifiante, lorgnant plus sur le côté amusant et grotesque d’un Evil Dead 2 (référence assumée, mouvements de caméra rapides subjectifs et présence d’une tronçonneuse à l’appui) que sur un registre ouvertement effrayant. Si on repassera donc pour les frissons, on ne peut qu’être charmé par l’arsenal déployé par Tsukamoto pour régaler son spectateur, trimballant ses personnages au gré de ses envies pour leur faire affronter divers monstres, comme une araignée avec une tête de femme ou un ahurissant nid de bestioles indescriptibles dans le climax du film.

Respectant la note d’intention de son réalisateur, à savoir livrer une œuvre en forme d’attraction (on ne s’ennuie pas une seconde et on s’amuse beaucoup, même si l’ensemble est parfois inégal), Hiruko the Goblin a la malice d’opposer à son foisonnement démoniaque une nature paisible, filmée avec un certain bucolisme et une certaine beauté, joliment indifférente aux tourments des humains et des fantômes. À la fois film d’horreur et comédie noire, éloignée de l’univers métallique de Tetsuo, Hiruko the Goblin est assurément un des savoureuses découvertes vidéos du printemps. Merci Carlotta !

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