Godless – The Eastfield Exorcism : Dieu n’était pas au rendez-vous

C’est un débat qui revient sans cesse dans lequel les arguments demeurent toujours les mêmes : il n’existe aucun film qui n’arrive à la cheville de L’Exorciste. Si l’on se focalise uniquement sur le paysage des productions américaines, nous n’avons eu droit qu’à une multitude d’ersatz depuis 50 ans, mais très peu ont retenus notre attention. Il subsiste bien quelques productions qui ont su tirer leur épingle du jeu, mais c’est un fait inéluctable : L’Exorciste demeure le meilleur film sur le sujet de la possession démoniaque. Lorsque l’on sort du continent américain et que l’on s’intéresse au folklore d’autres pays, nous tombons parfois sur des films qui offrent une vision différente de ce que la plupart des productions américaines ont standardisé et uniformisé ces dernières années. Très prochainement dans nos salles, nous vous invitons à aller jeter un coup d’œil sur When Evil Lurks afin que vous compreniez ce que nous soulignons ici. Pour l’heure, notre séance Shadowz du jour pose ses valises en Australie afin de venir nous compter un fait divers survenu à Eastfield au début des années 1990. La seule chose que l’on peut vous promettre c’est que le film de Nick Kozakis ne vous laissera pas indifférent, que vous adhériez ou non à sa proposition.

Lara, une femme tiraillée entre la science et la foi, subit la pression et les punitions d’un exorciste et de son mari la croyant possédée. Ils tentent de sauver son âme en l’obligeant à vivre un enfer…

/!\ /!\ Nul besoin d’en dévoiler davantage sur l’intrigue du film. Cependant, pour les besoins de la chronique, nous allons devoir révéler certains éléments clés. Afin de vous préserver de l’uppercut qui vous attend, nous insistons lourdement sur le fait qu’il faut que vous voyiez le film avant de poursuivre votre lecture.

A mi-chemin entre le film d’exorcisme « traditionnel » (sous-entendu calqué sur le puritanisme américain) et le thriller criminel, Godless : The Eastfield Exorcism est clairement un film semblable à nul autre. Nick Kozakis prend le temps de disposer toutes les pièces de son puzzle. Le film fera appel à votre patience et elle sera nécessaire afin de déclencher les sentiments recherchés lors du dernier acte du film. Godless traite d’un sujet dont on entend souvent parler dans les films similaires : les exorcismes illégaux, ceux qui n’ont pas été ni approuvés ni encadrés par le Vatican. Le plus souvent, ces exorcismes sont ponctués par une issue fatale pour les victimes. Le Vatican se dédouane par le biais de la non-officialité de l’acte. Dans le cas de Joan Vollmer (la véritable victime de l’affaire dont s’inspire le film), son exorcisme n’avait pas été accordé. D’ailleurs, l’état physique et psychologique de la victime n’a même jamais été rapporté à un quelconque exorciste reconnu. Nick Kozakis aborde donc son film avec un avis bien tranché sur la question de ce qui a amené Joan Vollmer a sa perte. Godless appâte le spectateur en adoptant le point de vue du mari de Lara. Pour lui, il ne fait aucun doute que sa femme est possédée. Le film nous installe confortablement via des codes que l’on connaît par cœur : les changements de comportement, le langage grossier inhabituel, la posture passive-agressive, les visions d’horreur… Il ne fait aucun doute que Lara est possédée. Pourtant, en détournant notre regard tel un magicien, le réalisateur ne nous prépare en aucun cas à affronter la triste réalité des faits.

En dépit du comportement troublant de Lara, Godless tisse un lien indéfectible entre son héroïne et son spectateur. Le film doit énormément à la formidable prestation de Georgia Eyers qui habite littéralement son personnage. Sa fragilité nous envoûte et il sera impossible de ne pas rentrer en empathie avec elle. C’est à ce moment précis que Nick Kozakis avance sa théorie et récompense notre patience. Lors de l’ultime exorcisme de Lara, toutes les pièces du puzzle s’imbriquent définitivement et lèvent le voile sur le mystère qui plane autour de Lara. La réponse nous avait été donnée en début de métrage, mais nous n’avons pas voulu affronter la vérité en face. Lara ne souffre d’aucune possession mais bien de stress post-traumatique. Elle a perdu son nourrisson après un accident de la route et se refuse à accepter ce deuil qui la consume de l’intérieur. Ainsi, lorsque le prêcheur venu exorciser Lara va jusqu’à la tuer, Godless nous arrache le cœur par la même occasion. D’un simple film fantastique, le film se transforme en drame flirtant sévèrement avec les codes du true crime. Nick Kozakis révèle ainsi le fond de son sujet. Godless n’est en aucun cas un film sur la possession. Godless est un pamphlet qui assassine les relations masculines toxiques et pointe du doigt les effets destructeurs des sectes religieuses. Le dernier acte du film dans lequel le prêcheur convertit ses fidèles tel un Charles Manson des temps modernes témoigne du fléau qu’engendrent de telles activités. Nous avons le cœur serré suite au meurtre brutal de Lara qui est victime d’une société incapable de comprendre ses troubles. Elle est victime d’un abandon du corps médical également. Enfin, elle est victime de l’endoctrinement de son mari qui, en dépit de l’amour inconditionnel qu’il lui porte, la pousse entre les mains de fanatiques religieux. De ce douloureux sentiment d’abandon, la colère nous gagne lorsque le film nous apprend que la justice n’a pas condamné fermement les actes de barbaries qu’a vécu la victime. Un sentiment de révolte et d’impuissance s’entremêlent en fin de film. Nous sommes clairement mis à la place de la victime et nous ne pouvons que déplorer que de tels actes puissent rester impunis.

Godless vogue ainsi entre plusieurs genres pour mieux nous prendre à la gorge et nous gifler salement avec son avis implacable sur les déviances sectaires du christianisme. Godless possède un discours percutant qui est, certes, tranché, mais qui ne peut laisser indifférent. S’il a valeur à ouvrir le débat, il est avant tout le témoin de ce que la religion peut créer de pire chez ses émulateurs. Un film choc à ne surtout pas louper !

Abonnez-vous sans crainte à
SHADOWZ – L’unique plateforme de SCREAMING !

Article réalisé dans le cadre d’un partenariat avec la plateforme Shadowz.

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*