Un Homme en fuite : La ville aux trésors

Rochebrune, cité ouvrière. D’emblée nous suivons la fuite de Johnny (Pierre Lottin, décidément toujours surprenant dans ses choix artistiques…) par-delà les sous-bois de la périphérie du centre-ville… Johnny s’en va, en guerre contre un système économique et politique volant les pauvres pour mieux donner aux riches. Robin des Bois des temps modernes, révolutionnaire un rien mal dégrossi mais désireux de courir après ses rêves de gosse Johnny est, sera donc l’homme en fuite du premier long métrage de l’inconnu mais déjà remarquable Baptiste Debraux, film visible dans nos salles obscures dès ce mercredi 8 mai et très belle surprise de ce printemps 2024. Un polar retraçant l’enquête de la sagace Anna Werner (Léa Drucker, pleinement crédible en la matière…) qui multipliera les pistes narratives avec l’ampleur des grands films français de ces dix dernières années, défiant dans le même temps toute forme de comparaison, quelle qu’elle soit.

Et pour cause : Un Homme en fuite est une Oeuvre de Cinéma profondément sincère et – de fait – authentique car ne ressemblant qu’à elle-même. En réfutant le réalisme et le naturalisme de son premier long métrage Baptiste Debraux nous égare sans jamais nous perdre dans un triangle relationnel liant le mystérieux Johnny (que l’on ne verra au final que très peu à l’écran…) son écrivain et ami d’enfance Paul Ligre (interprété par l’excellent Bastien Bouillon, déjà à l’affiche de l’admirable Nuit du 12 de Dominik Moll, ndlr) et l’enquêtrice sus-citée tentant bon an, mal an de retrouver la trace de cet étrange, quasiment mythologique homme en fuite annoncé dans le titre…

Cette singularité tient de tout évidence moins aux tenants et aboutissants de l’enquête très intelligemment racontée par le jeune réalisateur (le montage, savamment éclaté, nous place comme en marge de l’intrigue tout en nous tenant la main avec une poignante bienveillance, à la manière d’un puzzle passionnant à reconstituer) qu’à cette histoire d’amour unique liant deux amis d’enfance voués à tenter de se retrouver malgré l’adversité. Semblant avoir fait le serment de rester loyaux coûte que coûte dans leur prime jeunesse tout en se promenant dans l’imaginaire littéraire du célèbre romancier Robert Louis Stevenson (la référence récurrente à l’incontournable L’île aux trésors fait de plus en plus sens à mesure que le récit se déploie sous nous yeux de spectateurs à la fois émus et médusés par tant d’entièreté artistique…) Paul et Johnny font montre d’une promesse aussi pure que sublime, éternels adolescents dans un monde d’adultes pour le moins circonspect.

Le film, s’il s’avère à certains égards un tantinet nébuleux voire opaque dans ses moments les plus soutenus, requiert une exigence relative. De ce point de vue l’incongruité des situations et leur anti-naturalisme se mêlent habilement à un lyrisme pratiquement inattendu au vu de l’argument originel, perpétué par le rejet d’une linéarité narrative préconçue. Si Bastien Bouillon et Léa Drucker habitent littéralement ce faux polar authentiquement dramatique et mélancolique la naïveté fondamentale de Un Homme en fuite en fait justement une Oeuvre entièrement capable de dépasser son sujet, pariant sur la reconnaissance de ses spectateurs tout en aspirant à une atemporalité mâtinée d’universalité. Un vrai cadeau, premier petit tour de force de l’étonnant Baptiste Debraux à voir absolument !

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