Toutes les couleurs du monde : Lorsque le désir n’est qu’une couleur tiède…

Ce mercredi 8 mai se déploieront dans nos salles obscures les couleurs insoupçonnées d’un monde enclin au racisme et aux incessants rejets d’une différence absolument précieuse et nécessaire au regard d’une norme souvent juge et typiquement réductrice à l’encontre de l’Altérité. Premier long métrage du méconnu Babatunde Apalowo Toutes les couleurs du monde tient lieu dans la ville de Lagos, cité nigériane et l’une des plus peuplées d’Afrique au cœur de laquelle l’homosexualité est considérée comme un crime passible de peine d’emprisonnement ; dans le trafic urbain ou dans l’intimité de son humble foyer nous suivrons donc le timide et placide Bambino (interprété par Tope Tedela), jeune homme dans la force de l’âge désiré par une jeune femme n’étant autre que sa voisine (Martha Ehinome Orhiere) mais s’étant lui-même entiché du beau et fougueux Bawa (Riyo David), un photographe séducteur et possiblement inaccessible…

Voici, en l’état, le récit strict du premier film de Babatunde Apalowo. Et le bât blesse en partie au regard de l’indigence scénaristique développée un peu platement par le jeune cinéaste : car si l’on outrepasse la structure schématique et systémique du triangle amoureux sus-citée dudit métrage ce dernier n’a en fin de compte pas grand-chose à nous réserver de plus que n’importe quel reportage sur le sujet. Sans charme ni véritables attraits Toutes les couleurs du monde est de ces films aux intentions institutionnelles partiellement louables mais convenues et policées dans le même mouvement consensuel… mais néanmoins sensuel !

Ainsi l’objet proposé par le réalisateur nigérian témoigne d’une capacité certaine à transmettre la douceur intrinsèque aux atermoiements de Bambino envers Bawa, et réciproquement. Délicat, sensible mais également trop tiède pour forcément marquer son empreinte dans notre mémoire passionnelle et cinéphile Toutes les couleurs du monde s’avère également trop aride voire ascétique pour dépasser le simple cas de figure du long métrage plaisant à suivre mais sans transcendance aucune. Rien n’est à reprocher aux intentions premières de Babatunde Apalowo, certainement audacieuses voire courageuses si l’on prend la peine de considérer la conjoncture actuelle et culturelle propre au peuple nigérian, appréhendant la notion de genre comme catégoriquement binaire et celle de l’hétérosexualité comme un précepte social inaliénable. Simplement le film déroule très, trop paresseusement un récit pratiquement réduit à peau de chagrin, passablement accompagné des interprétations monocordes du trio de comédiens principaux.

Et pourtant Toutes les couleurs du monde distille – et ce malgré son imperturbable tiédeur – une étrange sympathie mâtinée de belles nuances de cinéma, nuances à l’image du prisme colorimétrique auguré par son intitulé même. Le film devient de ce point de vue relativement intéressant dans sa manière de brouiller la frontière séparant la fiction du documentaire, toujours entre deux niveaux de réalité conjuguant la romance sus-citée et la contextualisation politico-sociale inhérente à la ville de Lagos : ce postulat vériste voire hyperréaliste trouve un beau contrepoint fictionnel dans la psychologie tortueuse et torturée du personnage de Bambino, visiblement incapable d’assumer ses préférences sexuels dans une métropole assujettie aux préjugés et à l’homophobie du tout-venant…

Toutes les couleurs du monde n’en demeure pas moins une Œuvre de cinéma louable mais fatalement oubliable, trop sage dans sa surface et pas assez dense dans sa contenance pour susciter autre chose qu’un ennui de politesse conventionnellement digeste mais assez insipide in fine. Babatunde Apalowo détient néanmoins le mérite d’ouvrir son film au-delà des circuits fermés dits « de niche » en tendant – de façon plus ou moins efficace – à une certaine forme d’universalité. Pas extraordinaire donc, mais entièrement regardable.

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