Petites Mains : Premières de Corvée

Ce 1er mai 2024, jour de la fête du travail, sortira le second long métrage de Nessim Chikhaoui : l’éloquent et simple Petites Mains, modeste incursion dans le quotidien précaire d’une bande de filles – et femmes de chambre ! – d’un hôtel de luxe parisien assumant cyniquement un système de sous-traitance particulièrement injuste voire inhumain à l’encontre de ses employées. Après le très bon Placés sorti voilà désormais deux ans Nessim Chikhaoui (également scénariste sur la saga familiale et populaire des Tuche, ndlr) continue de creuser son sillon créatif dans les microcosmes sociaux empreints d’une tendresse mêlée à la dureté des institutions exécutant moralement leur joug.

Le film s’ouvrira – et pour ne plus la quitter – sur la figure de la jeune Eva (Lucie Charles-Alfred, impeccable en adulte en devenir au caractère bien trempé…) qui rejoindra donc dès les premières minutes l’équipe des femmes de chambre d’un hôtel tout à fait particulier : payées à la chambre à raison de 10 à 15 euros de l’heure, se devant d’être irréprochables sur le plan de la présentation et flexibles au possible la bande de Safietou, Aissata ou encore Violette accepte rapidement Eva dans son petit monde… jusqu’à la doyenne du groupe répondant au nom de Simone (interprétée par l’excellente Corinne Masiero, habituée aux rôles de prolétariennes tour à tour bourrues et confondantes d’humanité…), femme aguerrie et peu commode de prime abord mais qui finira par prendre sous son aile la jeune femme qui témoigne d’un passif lourd et douloureux…

De facture narrative à la fois classique et efficace Petites Mains commence un peu à la manière d’une comédie dramatique subtilement à charge jamais loin du feel-good movie : c’est qu’il faut un tant soit peu d’humour et de décontraction pour avaler autant de stress professionnel et de pression typiquement kafkaïenne ! Dans un monde où les clients ne daignent pas respecter les règles les plus évidentes de la bienséance et de la politesse (laisser sa chambre dans un état en partie décent, nettoyer un minimum la salle de bain et les water, et cetera…) et dans lequel les cheffes de rang usent d’hypocrisie et de techniques managériales authentiquement retorses (la prestation de la jeune Mariama Gueye est remarquable de ce point de vue…) la drôlerie et l’insouciance devraient avoir leur place, légitimes car nécessaires à servir de soupape aux employées fatalement remplaçables et interchangeables à la manière de maillons déboulonnables. Dans sa deuxième moitié Petites Mains laisse davantage de place à la dimension revendicatrice et insurrectionnelle de son propos, inscrivant son drame dans le contexte désormais historique de la fameuse prise de parole de la députée NUPES Rachel Keke survenue en 2019 (la femme politique franco-ivoirienne fut la leadeuse de la grève des femmes de chambre de l’hôtel Ibis Batignolles cette même année, ndlr) tout en offrant à l’incontournable Kool Shen un petit rôle de syndicaliste joliment combattif.

En d’autres termes ce deuxième film passe tout à fait bien sur la longueur, drame social intelligemment enjoué et dépourvu de toute forme de misérabilisme. Simple mais divertissant Petites Mains arbore fièrement son cœur à gauche de l’échiquier politique, humblement perdu dans l’enfer d’un Hexagone plus que jamais dirigé telle une start-up par nos politiques aux charmes particulièrement discrets. Un beau petit pavé doublé d’une fresque féminine belle et pleine de panache. C’est à voir.

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