Sous le tapis : Deuil dans la famille

Passé inaperçu cet été car sorti entre les deux mastodontes qu’étaient Barbie et Oppenheimer, Sous le tapis se découvre plus calmement avec sa sortie vidéo chez Blaq Out. Premier long métrage réalisé par Camille Japy, Sous le tapis appartient au genre très balisé du film de famille, celui qui voit une famille dysfonctionnelle se réunir (souvent à l’occasion d’un anniversaire ou d’un enterrement) pour exposer ses failles et ses blessures, s’engueuler et tenter, enfin, de se réconcilier. Un registre vu et revu auquel la réalisatrice apporte rapidement son grain de sel puisqu’elle cumule en 1h30 de film un anniversaire et un enterrement !

En effet, Sous le tapis commence alors que Odile s’apprête à fêter son anniversaire et à recevoir enfants et petits-enfants. Mais Jean, son mari, s’effondre brutalement et meurt, foudroyé par un arrêt cardiaque. Incapable de se confronter à la réalité, elle décide de le cacher sous son lit et de faire comme si de rien n’était. Evidemment, la découverte de la tragique nouvelle, inévitable, ne tardera pas à provoquer quelques remous…

Vous l’aurez compris, en apparence Sous le tapis ne présente pas grand-chose de foncièrement original et c’est d’ailleurs relativement vrai : de la thématique du deuil à la dynamique familiale, avec un frère un peu bohème et une sœur plus rigide incapable de réellement se connecter avec sa mère et alignant les mecs minables, tout le manège auquel nous assistons ne nous offre aucune surprise. On se doute à peu près de la direction que va prendre le récit et comment il va le faire.  Reste alors le charme des pas de côté, de ces moments suspendus comme le cinéma (et comme la vie, merveilleuse imitatrice de l’art – ou bien est-ce l’inverse ?) sait nous en offrir. À ce jeu, Camille Japy, bien aidée par une belle photographie captant le doux soleil de l’été, offre des séquences touchantes, parfois là où l’on s’y attend le moins comme cette façon de couvrir le mort de fleurs et de manger dans la même pièce que lui pour partager un dernier moment à ses côtés ou comme cette danse nocturne servant d’exutoire à un chagrin lourd à porter.

Etonnamment, Sous le tapis convainc le plus quand il ne cherche pas à émouvoir à tout prix, simplement quand il se glisse aux côtés de ses personnages pour capter quelques gestes de leur part qui en disent long, avec la belle intelligence de ne jamais vouloir trop approfondir leur psychologie et de rester sur un fil ténu pour ne pas basculer dans un versant trop dramatique. La mort et le deuil sont ici abordés avec sérieux mais pas avec gravité, le film restant empreint d’une certaine légèreté, empêchant le pathos de s’installer durablement. À défaut d’originalité, Sous le tapis aura au moins su éviter la plupart des pièges maladroit d’un tel registre et séduit surtout par l’implication de son casting : Ariane Ascaride, Bérénice Bejo, Thomas Scimeca ou encore Marilou Aussilloux offrent d’émouvantes compositions, sublimées par la musique de M. Résultat : même si l’on se lançait dans le visionnage sans trop y croire, on reste séduit par la proposition, résolument attachante.

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