Rosalie : La lie d’une Rose…

Esthétiquement léché, beau mais sage dans un même mouvement de classicisme largement assumé par sa réalisatrice Rosalie de Stéphanie Di Giusto sortira donc dans nos salles obscures dès ce mercredi 10 avril d’une année mâtinée de films questionnant la notion de genre et ses multiples liminarités souvent insoupçonnées. Ode à la différence très voire trop évidente, joli film entièrement bien tenu par sa metteuse en scène et sa pléiade d’interprètes parfaitement idoines mais ne parvenant jamais à dépasser le cadre strict de son sujet Rosalie fut l’un des évènements peu ou prou mémorables du dernier Festival de Cannes, durant lequel ledit métrage fut l’un des principaux prétendants au titre de fameuse « Queer Palm » de la Sélection Un Certain Regard ; également présenté lors de la 16ème édition du FFA et lauréat de deux Valois au sortir de l’évènement (celui de la meilleure actrice pour Nadia Tereszkewicz et celui de la meilleure composition musicale pour la pianiste polonaise Hania Rani, ndlr) Rosalie est de ces films aux qualités formelles et artistiques clairement indubitables, partageant avec le Cinéma de l’australienne Jane Campion le goût pour les épopées romanesques mêlées de fulgurances mélodramatiques tour à tour caressantes et visuellement limpides.

Récit factuel et plus ou moins convenu d’une jeune femme atteinte d’hirsutisme et promise à un tavernier d’une région champêtre de la France armoricaine de la fin du XIXème Siècle Rosalie est un objet de Cinéma formellement irréprochable, bénéficiant logiquement d’une photographie de tout premier choix doublée d’une direction artistique ne l’étant pas moins. Arborant assez rapidement une certaine universalité au gré de sa protagoniste obvieusement en marge d’une société tantôt viriliste, tantôt conservatrice voyant d’un oeil plus que suspicieux sa pilosité démesurée Rosalie n’ennuie pas vraiment, nous invitant à se laisser porter par le récit de sa figure éponyme en proie à l’ostracisation d’une système plus que jamais régi par les hommes. Si Nadia Tereszkewicz s’en tire très honorablement en incarnant le rôle-titre son partenaire de jeu Benoît Magimel va dans le sens d’une exigence de jeu similaire à la jeune comédienne, impeccable dans la peau du frustre tenancier Abel désireux de la marier à des fins pécuniaires – Rosalie s’avérant digne d’une dot familiale non-négligeable, ndr.

Et pourtant si la forme séduit bel et bien le propos demeure tellement convenu et sans audaces véritables que peu de choses subsistent au sortir de la projection en ce qui concerne cette jeune femme à barbe seyante et pleinement cinégénique. Nadia Tereszkewicz continue avec panache de tracer son parcours cinématographique jalonné de belles réussites (Les Amandiers forcément, mais aussi le très beau Tom et l’intrigant et cocasse Babysitter de Monia Chokri sortis voilà désormais deux ans…) mais l’ensemble est d’un tel classicisme et criblé de tant de passages obligés (le règlement de comptes entre villageois durant lequel le personnage incarné par l’excellent Guillaume Gouix cause du tort à la réputation du brusque et taciturne Abel, les sempiternels atermoiements inhérents à la relation conjugale liant Rosalie à son mari, et cetera…) que ce long métrage n’en demeure pas moins dispensable en dépit de ses nombreuses qualités.

En un mot comme en cent rien n’est à reprocher à la réalisation de Stéphanie Di Giusto et encore moins à son actrice principale tenant en grande partie la portée mélodramatique de ladite fable sur ses épaules mais l’absence de réelles prises de risque achève de nous décevoir en demi-teinte. Même l’évocation du chef-d’œuvre Elephant Man de David Lynch esquissée au gré d’une réutilisation agréable et un rien élégiaque de l’Adagio for strings de Samuel Barber peine à nous rappeler la prétendue marginalité de cette belle Rosalie considérée comme un monstre par ses pairs (par ses pères) mais presque trop sublimée par l’excellente Nadia Tereszkewicz qui – presque à son corps défendant – enferme le sujet dans un consensus quasiment rebutant. Et c’est fort dommage…

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