Les massacreurs de Brooklyn : Font pas si peur

Les massacreurs de Brooklyn est un film américain réalisé en 1980 par John Flynn. Son titre évocateur amène tout de suite à l’esprit des images d’une horde de marginaux tuant et détruisant tout sur leur passage, ou celles d’un gang luttant pour sa survie lors de batailles de rue, quelque chose entre The warriors (1979) et Gangs of New York (2002), mais il faut toujours se méfier des traductions trop racoleuses. Son titre anglais Defiance, qui signifie résistance, colle beaucoup plutôt bien à la réalité. Oui, il est ici question d’une bande de lascars qui terrorise, pille et tue de temps en temps, mais son envergure ne s’étend pas au-delà de quelques rues d’un quartier pauvre de la ville et elle n’a pas pour ambition d’aller plus loin. Le film de John Flynn n’a pas non plus l’ambition d’aller plus loin, c’est un « vigilante movie ».

Le genre du « vigilante movie », qui élève un citoyen ordinaire au rang de justicier vengeur qui se dresse contre l’oppresseur pour pallier l’absence des autorités, est apparu dans les années 70. Popularisé par L’inspecteur Harry de Don Siegel en 1971 et par Un justicier dans la ville de Michael Winner en 1974, le genre connait son apogée en 1976 avec la sortie de Taxi Driver de Martin Scorsese, puis se décline à l’infini avec plus ou moins de réussite. Sans égaler l’action des films cités ou l’étude psychologique des personnages, Les massacreurs de Brooklyn respecte les codes du genre et le scénario de Thomas Michael Donnelly nous offre un récit simple et attachant.

Tommy, un marin joué par Jan-Michel Vincent, est suspendu de ses fonctions après s’être battu avec son capitaine lors de sa dernière mission en mer. Coincé à New York pour quelques mois, le temps de rétablir sa situation et d’apprendre l’espagnol pour pouvoir embarquer à nouveau, il s’installe dans un petit appartement refilé grâce à un tuyau. Malgré sa volonté de ne pas attirer l’attention, il ne fait que passer comme il le répète tout au long du film, son caractère vif et sympathique lui fait faire la connaissance de ses voisins et des Salvages Souls. A mesure que Tommy tisse des liens avec son entourage, s’attachant de plus en plus à la vie à terre, les activités du gang viennent troubler son nouvel équilibre, le forçant à un choix : tout abandonner et repartir ou rester mais en devant se battre ?

A lui tout seul, Jan-Michel Vincent ne suffit pas à rendre l’histoire mémorable. Son jeu d’acteur pas toujours inspiré est heureusement soutenu par sa bonne gueule et la lassitude qu’il dégage en permanence, c’est assez troublant d’ailleurs, reflète assez bien le caractère contrarié d’un marin forcé de rester à terre. En dehors de ça, le personnage de Tommy est un archétype ordinaire. Ce qui fait le sel de ce film, ce sont les personnages secondaires auxquels il s’attache, et nous avec. Que ce soit Theresa Saldana, qui joue une jeune femme désespérant de trouver l’amour ou Fernando Lopez et Lenny Montana, qui campent un duo loufoque et touchant, lui est un gamin orphelin, l’autre un ancien champion de boxe devenu sénile, tous ont bénéficié d’un travail d’écriture soigné. Même Angel, le chef de gang stoïquement incarné par Rudy Ramos, n’est pas qu’un vulgaire prétexte à un déchainement de violence. Cet effort dans le traitement des sous-intrigues compense largement les moments niais et forcés, et les lacunes techniques, notamment lors des scènes de bagarre, sont vite oubliées.

Les massacreurs de Brooklyn n’est pas aussi spectaculaire que son titre veut le faire croire, on n’exulte pas devant les prouesses et les acrobaties du héros, mais John Flynn réalise un film intime, une sorte de chronique de quartier qui nous plonge dans les rues du New York des années 70, avec son ambiance et son esthétique si particulière. Le scénario de Thomas Michael Donnelly, qui accorde plus place à l’émotion qu’à l’action apporte la profondeur nécessaire pour faire de ce film un classique sobre mais efficace du genre. Une belle découverte, disponible chez BQHL Editions.

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