Le squelette de Madame Morales : Une comédie noire jubilatoire

Distributeur discret mais précieux, Les Films du Camélia a décidé de nous gâter en ce début du mois d’avril en ressortant en salles et en copie restaurée Le squelette de Madame Morales, comédie noire mexicaine précédée d’une élogieuse réputation (il est considéré comme l’un des 100 meilleurs mexicains de tous les temps) que l’on souhaitait découvrir depuis plusieurs années déjà. Et contrairement à certaines fois où la réputation d’un film a fini par dépasser sa réelle qualité cinématographique, Le squelette de Madame Morales ne déçoit absolument pas, s’avérant être une réussite sur tous les points.

Médecin de profession, volontiers penché sur la bouteille, la bonne chère et taxidermiste à ses heures perdues, Pablo Morales n’est pas heureux dans son mariage. Sa femme Gloria est une infirme bigote et aigrie, ne supportant pas de voir son mari profiter des joies de la vie. Manipulatrice (elle va jusqu’à s’infliger des blessures au visage pour accuser Pablo de violences conjugales), elle se fait bien voir par la communauté par sa piété et sa bonne morale. Un jour, Pablo en a marre et décide de se débarrasser d’elle…

On aime d’autant plus la comédie noire quand elle est radicale et assume jusqu’au bout son parti pris, sans reculer face à la morale ou à la censure. Le squelette de Madame Morales est à ce niveau-là un petit bijou d’écriture, épinglant aussi bien l’hypocrisie de la société mexicaine que la bêtise et l’aveuglement de son clergé et de ses pratiquants. Savoureux, le film tape sur tout ce qui bouge, que ce soit l’incapacité des notables à imaginer un homme respectable comme le docteur commettre un meurtre ou la rapidité avec laquelle l’Eglise condamne ceux qui ne font pas comme elle l’entend. Tournée en dérision, la religion est la plus grande victime (au sens propre comme au figuré) d’un scénario impitoyable, qui fait certes pencher l’empathie du côté de son personnage principal (il faut le voir demander avec avidité un steak à sa gouvernante dès que sa femme quitte la maison) mais le décrit cependant comme un type sans envergure et un assassin sans scrupules uniquement préoccupé par son petit confort bourgeois.

Il n’y a donc pas de camp à choisir dans le film, Le squelette de Madame Morales décrivant de façon plus générale une humanité bien incapable de cohabiter ensemble, sclérosée par son propre égoïsme où personne ne s’écoute réellement. L’opposition entre la personnalité austère de Gloria Morales et le caractère jouisseur de son mari ne sert qu’à illustrer deux faces d’une même pièce condamnées à ne jamais s’entendre là où un équilibre entre les caractères serait bienvenu. La religion, le mariage, la justice, le scénario s’attaque à tout avec une cruauté réjouissante et devient carrément jubilatoire dans son dernier acte, soutenu par une mise en scène particulièrement soignée, réfléchissant habilement à sa façon de soulever peu à peu toute l’ironie amère du récit proposé. Soulignons enfin la prestation haute en couleurs d’Arturo de Córdova (que l’on avait découvert en mari jaloux dans El de Luis Bunuel), offrant à Pablo Morales toute la palette de son jeu, s’amusant comme un fou dans un rôle dont il embrasse tous les défauts avec une gourmandise communicative. Tout concourt donc à faire du Squelette de Madame Morales une grande réussite, à découvrir de toute urgence !

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