Road House : Il était tranquille, il était peinard accoudé au flipper, le type est entré dans le bar…

Les enfants des années 90 se souviennent probablement avoir passé des soirées mémorables à admirer Patrick Swayze déglinguer du poivrot en débitant de la philosophie de comptoir. Si Road House, premier du nom, a gagné ses jalons d’œuvre culte au fil des années c’est uniquement grâce aux spectateurs lui ayant offert un second souffle en vidéo-club. Échec monumental au box-office, le film était un yakayo clairement taillé pour le marché de la vidéo. Le film n’est pas dépourvu de défauts, mais il a certains atouts qui lui permettent de jouir d’une aura extrêmement sympathique. Depuis des années, il se murmure des idées de remake qui serait en mesure d’éclipser totalement Road House 2, DTV sorti en 2005 qui était aussi digestif qu’une tartiflette au mortier. Road House nouvelle mouture entend reprendre les meilleurs atouts du film original afin de l’ancrer dans un modernisme qui, sur le papier, ne peut pas ne pas fonctionner. Road House se prête aisément à l’exercice du remake. L’histoire est simple, les personnages sont forts et attachants : il y a largement de quoi défricher certains enjeux problématiques de l’époque (notamment le regard machiste et sexiste) pour en faire un joli porte-étendard du film d’action moderne.

Ancien combattant de MMA à l’UFC, Elwood Dalton est recruté comme videur dans une boîte de nuit des Keys en Floride. Sa mission principale est de sans cesse repousser certains voyous travaillant pour un homme d’affaire véreux, Ben Brandt, qui cherche à racheter la boîte de nuit pour en faire un hôtel de luxe. Tout va se compliquer lorsque Brandt fait appel à Knox, un caïd ultra violent, pour s’en prendre à Dalton.

Le film original possède un capital sympathie parce qu’il essaie désespérément de bien faire les choses. Il ne rate pas tout ce qu’il entreprend et c’est pour cela qu’il fédère autant d’adeptes. C’est un aspect capital que les scénaristes Anthony Bagarozzi, Charles Mondry et Sheldon Turner ont tenté d’apprivoiser sans jamais en comprendre la substantifique moelle. Plutôt que de prendre le sujet à bras le corps, d’offrir un film d’action aux enjeux contemporains en réutilisant le matériau de base (à savoir un bar, un videur cool et des malfrats), les trois incompétents de service qui ont pondu le script abominable de ce remake ont préféré jouer la carte de la nonchalance. Tout le monde, que ce soit devant comme derrière la caméra, s’en fiche royalement de ce projet. Nous allons procéder par étape, et autant vous dire que ça va aller très vite tant Road House est aussi passionnant qu’une étude sur la reproduction des larves de guêpes en climat tropical lorsque l’humidité de l’air excelle les 60%. Dans le désordre, nous avons Jake Gyllenhaal qui est aussi impliqué dans son rôle que Poutine prône son pacifisme. Doug Liman qui confirme qu’on l’a définitivement perdu depuis Chaos Walking puisqu’il ne fait aucun effort dans sa mise en scène : les bastons sont illisibles quand le reste des séquences préfèrent nous offrir une bande-annonce vantant la beauté des paysages des Keys qu’un véritable film. Conor McGregor cabotine au point que Ryan Reynolds en costume de Deadpool passe pour une méthode d’actor studio. Les méchants sont écrit à la truelle. Le comique de répétition est lourdingue. Les personnages féminins sont inexistants (alors que le film laisse entrevoir de belles possibilités pour certaines). C’est laid, con, insipide, stupide…c’est une sacrée déjection qui est parvenue à nous énerver alors que nous ne l’attendions pas le moins du monde, quelle prouesse !

Road House se pense cool parce qu’il accentue les points faibles du film original. Oui les hommes de main étaient vraiment bêtes à manger du foin, mais il faut voir que ce que la version de Liman nous offre en échange. Autant nous adorons l’absurde, autant nous n’étions pas prêts à nous confronter aux cousins éloignés des 3 Stooges dans un remake de Road House. La séquence sur le bateau censée nous présenter le chef des vilains est symptomatique de ce qui ne va pas dans le film. Le grand méchant entend se faire raser de prêt par son valet au beau milieu d’une mer déchaînée. Bien évidemment, le bateau tangue dans tous les sens et il se retrouve coupé à plusieurs reprises. La scène fonctionne, ce n’est pas un souci en soit, elle n’a juste pas sa place dans ce film en particulier. Et de cet aspect comique et nonchalant, Road House en fera son credo jusqu’au générique de fin en accentuant de plus en plus la bêtise au point de nous laisser de marbre face à la farce désopilante qu’il constitue. Si seulement les combats étaient nerveux, nous aurions pu nous cacher derrière l’excuse du « c’est un film de neuneu avec des bourre-pifs qui volent de partout et qui ne nécessite aucun neurone pour l’apprécier », mais il n’en sera jamais rien. Ce n’est pas le tout de vouloir marcher sur les plates bandes de gros calibres à la Fast & Furious, encore faut-il comprendre comment ces franchises sont parvenues à fédérer un public demandeur et fidèle. Mais demander à Road House de faire preuve d’un tel discernement reviendrait à demander aux Anges de la Téléréalité de nous trouver un remède contre le cancer, autant dire mission plus qu’impossible !

Trop gentil pour en faire un vrai PG-17 et à peine violent pour tenter d’impressionner un public PG-13, Road House devient la caricature des stéréotypes desquels il comptait se moquer. La sempiternelle histoire de l’arroseur arrosé se vérifie une fois de plus et c’est d’autant plus grisant que le film est un sommet de nullité qu’on ne peut que vous encourager à ne surtout jamais regarder ! Nous vous encouragerons cent fois à revenir vers ce bon vieux Double Deuce rendre visite à Patrick, son café noir et sa coupe mulet plutôt que de gaspiller une seule seconde de votre précieux temps à vous infliger ce Road House sauce 2024.

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  1. Road House : Just be cool ! -

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