Road House : Just be cool !

Avec la sortie récente du remake sur Amazon Prime, nous n’avons pu nous empêcher de revenir sur l’œuvre originale qui a bercé notre tendre enfance. Dans la catégorie taulier de vidéoclubs, nous demandons Road House. Sorti en 1990, à l’époque où Patrick Swayze tentait de se dégager de l’image fleur bleue qui lui collait à la peau suite au succès de Dirty Dancing, il fut un échec cuisant au box-office. Nommé dans pas moins de cinq catégories aux Razzie Awards la même année (dont le pire film, pire acteur et pire réalisateur), Road House fait partie de ces films ayant eu la chance de s’offrir une success-story incontestable dans les vidéoclubs. Considéré par les aficionados comme un pilier du film de castagne, Road House nous emmène aux côtés de Dalton, videur de bar à la réputation exemplaire. Il est engagé par le patron d’un bar malfamé, le Double Deuce, afin d’y rétablir une harmonie certaine. Dalton aura affaire à une populace particulièrement hostile et devra affronter le caïd Brad Wesley qui régit les affaires de la ville à sa manière.

À bien y regarder de près, et avec toute l’objectivité du monde, Road House n’a rien de vraiment transcendant qualitativement parlant. C’est un film lambda avec des mecs qui se mettent sur la tronche entre deux discussions de comptoir vaguement teintées de philosophie. Il n’y a rien de fondamentalement bien réfléchi. Et pourtant, le film possède cette aura, cette grâce certaine qui le rend particulièrement attachant. À commencer par le nom à la production qui attire forcément l’œil : Joel Silver. Si son nom ne vous parle pas, il suffit de jeter un bref regard sur les autres films qu’il a produit pour en comprendre la saveur qui se dégage de Road House. Il est l’homme qui a financé des films devenus des incontournables de l’action du catalogue Warner Bros parmi lesquels on retiendra notamment l’Arme Fatale, Predator, Commando, Piège de Cristal ou encore Matrix. Et s’il y a bien un point commun perceptible dans presque toutes les productions Silver, c’est cette idée du divertissement un tantinet décérébré parfois, mais suffisamment calibré pour convenir à toute la famille. Road House transpire cette époque vivifiante du début des années 90 où les stars qu’étaient les Stallone, Van Damme et autres Schwarzy dominaient le box-office. D’ailleurs, il est intéressant de noter que Patrick Swayze refusa de jouer dans Tango et Cash (Kurt Russell le remplacera au pied levé) afin de se consacrer au rôle de Dalton ici présent, rôle qui lui tenait à cœur car Swayze ne se rêvait pas en tant que héros de films d’action. Il l’expliquait ainsi : « Dalton n’est pas qu’un colosse plein de muscles. C’est un pacifiste. Il combat avec son cœur. » Sans pour autant dire que nous ressentons le même amour pour le côté romantique du personnage, force est de constater que Patrick même s’il croyait dur comme fer à son rôle, s’est franchement trompé. Ce que retiennent les fans du film, dans 90% des cas, ce sont bien les moments de bastons qui impliquent la hargne que met Swayze dans les coups qu’il porte. Swayze ne se rend pas compte de l’aspect risible des situations et c’est ce qui appuie cette vague idée nanardesque redoutablement efficace qui colle à la peau de Road House. N’est pas meilleur nanar qu’un nanar qui ne sait pas qu’il en est un ! Ainsi, le côté pacifiste écolo-bagarreur du héros le rend atypique et délicieusement savoureux. Patrick Swayze tentait de se dégager de son image romantique, il n’a fait que l’accentuer encore plus ! Toutes les femmes de l’époque se rêvaient dans les bras du beau, musclé et huilé Patrick qui aurait cassé les dents de quiconque aurait osé s’interposer entre eux.

Road House est un nanar aux relents machistes qui aime montrer qu’il en a une énorme. Tout est si grand et démesuré qu’il mérite sa réputation de taulier du film de castagnes du début des années 90. Autre charme évident de Road House : son ambiance. Bienvenue au pays des Yankees où les tables transpirent le houblon et le sang séché, où l’on n’hésite pas à aller partouzer dans l’arrière-boutique pendant que le public s’envoie des bourre-pifs d’une autre dimension sur une musique blues-rock d’une haute technicité. En revanche, s’il faut bien lui reconnaître une très grande qualité, c’est sa bande originale ! Road House se paie les services de Jeff Healey, qui interprète le rôle de Cody le guitariste non-voyant, qui n’était autre qu’un grand bluesman canadien. Ainsi, l’authenticité de l’ambiance qui se dégage du Double Deuce demeure d’autant plus appréciable que les compositions envoyées sont sévèrement entraînantes. On aurait presque envie de tailler la route pour aller à la rencontre de vieux taudis américains afin d’y apprécier un bon verre de houblon des familles. L’homogénéité conférée par l’ambiance du film s’accorde parfaitement avec l’étalonnage de ce dernier. Les couleurs sont flashy et pop, on en prend plein les mirettes. Et c’est d’ailleurs la seule qualité qu’on trouvera à la réalisation de Rowdy Herrington (réalisateur fauché dont le succès le plus notable reste le très discutable Piège en Eaux Troubles avec Bruce Willis). Il n’y a aucune pâte derrière sa mise en scène. Herrington semble laisser totalement carte blanche à son casting, ne se contentant que de mettre son nom au générique du film. Road House se revoit ainsi comme un vestige d’une époque où la Warner se permettait de « gaspiller » son argent au profit d’étranges objets filmés. Le pari était risqué, mais le culte voué par la suite aura eu raison de la mise en danger de la firme à produire ce film. Saluons la douce nostalgie d’antan où un film d’un tel calibre avait sa place dans nos salles (quand on sait qu’il finirait, s’il sortait de nos jours, en DTV à moisir dans les bacs rangé presque avec honte entre Mortal Kombat 2 et Street Fighter), ça tient presque du génie (sic !).

Vous pourriez croire, avec nos arguments ci-dessus, que nous n’aimons pas le film. Détrompez-vous, Road House est, pour parler son langage, un nanar burné qui mérite sa réputation de taulier du film de castagnes du début des années 90. Nous adorons ce film pour tout ce qu’il entreprend dans son joyeux bordel organisé qui démarre comme un film d’action quelconque pour virer en home-invasion où l’on s’attaque à gros coups d’animaux empaillés. C’est fun, ludique et jamais prise de tête, il est tout ce qu’on attend d’un actioner de seconde zone en définitive. Patrick Swayze s’impose savoureusement comme un redresseur de torts, juste et philosophe, un ersatz de Steven Seagal en somme (mais avec un peu plus de classe quand même). C’est le moment de vous armer de vos meilleurs tessons de bouteille, de vos protège-dents et de faire péter le son ! Bienvenue au Double Deuce, un bar mythique dans lequel tout sent la crasse, la sueur et l’urine tiède : un coin de paradis duquel vous ne voudrez plus jamais repartir !

1 Rétrolien / Ping

  1. Road House : Il était tranquille, il était peinard accoudé au flipper, le type est entré dans le bar... -

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