Il reste encore demain : Et tous les autres jours…

Rome, 1946. Mariée à Ivano, homme autoritaire et violent, mère de trois enfants, Delia mène une existence terne, courant après les petits boulots pour ramener de l’argent à la maison dans un pays à la situation économique encore précaire. Delia ne trouve que du réconfort dans ses échanges avec son amie Marisa et dans les fiançailles imminentes de sa fille Marcella, pour qui elle espère une meilleure vie que la sienne. L’arrivée d’une lettre au contenu mystérieux va tout changer, permettant à Delia d’envisager la suite sous un jour meilleur.

Immense succès au box-office italien avec plus de 5 millions d’entrées, Il reste encore demain a en effet tous les éléments du succès populaire : un sujet en phase avec son temps niché dans l’écrin d’un film d’époque au noir et blanc sublime, un équilibre entre humour, drame et film social (souvent un tiercé gagnant dans le cinéma italien) et une douce anachronie au niveau de la bande-son, nous dotant de quelques chansons plus modernes que la temporalité du récit. Le charme devrait donc opérer mais nous sommes malheureusement moins convaincus que le public italien. Il reste encore demain a de grandes qualités (le soin apporté à son esthétique, son propos féministe touchant) mais peine à les transcender, handicapé par plusieurs éléments. S’il entend s’amuser avec les clichés (mari violent, femme battue, situation précaire, fiançailles de la fille aînée, jeunes garçons insupportables), il en abuse trop pour réellement nous convaincre et surtout ne sait pas réellement en jouer comme il voudrait pourtant le faire à l’image de cette séquence de violence conjugale se transformant en danse pour en illustrer métaphoriquement la brutalité. Sur le papier, pourquoi pas mais dans l’exécution c’est franchement maladroit, tout comme ce travelling circulaire autour de deux potentiels amants dévorant avec passion du chocolat offert par un soldat américain.

À ce jeu du double registre, la réalisatrice et actrice Paola Cortellesi n’est pas toujours gagnante, ses idées poétiques étant invariablement loupées par leur exécution en décalage, jamais vraiment pertinentes dans l’écrin de sa mise en scène. Elle sait pourtant composer ses images avec un très beau sens du cadre et s’impose sans mal comme l’actrice idéale pour porter le rôle de Delia mais son jeu sur l’ironie est mal assuré et l’on aurait voulu qu’elle en joue moins et prenne le temps de brosser un peu plus profondément certains points de son scénario, comme la relation unissant Delia et le soldat américain qui l’aide à un moment clé du film sans que l’on comprenne franchement d’où ça vient. L’aspect fantasmagorique de l’ensemble aurait pu être mieux travaillé, afin de faire oublier quelques incohérences ou l’aspect dramatique aurait pu être mieux écrit pour faire passer certaines grosses ficelles. Ainsi Il reste encore demain se retrouve en permanence coincé entre deux tonalités jamais vraiment harmonieuses et impose un visionnage profondément inégal.

Difficile cependant de ne pas être charmé par la candeur de l’ensemble et par son énergie indéniable, parvenant jusqu’au bout à ménager le suspense sur le contenu de la lettre reçue par Delia, permettant à la fin d’émouvoir et de surprendre dans un même élan salvateur. On appréciera également la relation entre Delia et sa fille, pour laquelle Delia prendra sa décision la plus risquée dans une certitude absolue, déterminée à la protéger à tout prix. Même s’il verse dans quelques clichés agaçants, cantonnant Ivano au rôle de salaud sans aucune nuance, Il reste encore demain a donc quelques points en sa faveur même s’ils n’expliquent pas pour nous son immense succès, un brin surestimé à notre goût.

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