La Vie de ma Mère : Le petit film d’une intranquille…

On n’en a qu’une. Seule et unique. Que l’on soit voulu, renié, adopté ou abandonné… on en a qu’une. Une seule, notre pays d’origine comme aimait à le chanter la québécoise Lynda Lemay au crépuscule du XXème Siècle, notre maison natale comme la nommait mélancoliquement l’écrivain Yves Bonnefoy au commencement du XXIème… Une seule et unique, propre et inaliénable : on a qu’une mère.

Matériau originel du premier long métrage de Julien Carpentier la mère peut-être un modèle, un idéal, une puissance de vie ou un simple catalyseur, à prendre ou à dé-laisser… C’est ce que semble évoquer La Vie de ma Mère, visible en salles dès ce mercredi 6 mars dans nos salles obscures et lauréat du Valois du public lors de la 23ème édition du FFA l’été dernier : quand bien même une mère se montre excessive jusqu’à la déraison, fantasque jusqu’à l’inconscience et ingérable jusqu’à l’inacceptable cette mère est la nôtre, unique, et son amour pour elle devient – au sens chimique et biologique du terme – plus fort que tout, jusqu’à l’adversité la plus sombre et la plus dévastatrice.

Pierre, trentenaire et fleuriste de son état, contrôle tout… ou presque. De ses rendez-vous aux commandes en passant par la formation de son apprenti il calibre son quotidien dans une froideur et une vigilance des plus implacables. C’est un beau matin que sa grand-mère le contacte entre deux négoces, l’informant que sa mère, sa chair et tendre, s’est échappée de l’hôpital en totale phase maniaque pour cause de rechignement médicamenteux… S’ensuivront 24 heures de la vie d’un homme et d’une femme durant lesquelles Pierre et Judith se retrouveront pour aller jusqu’à l’essence des choses et de leur être propre. Sur un mode tragi-comique particulièrement fin et empathique Julien Carpentier livre alors un film à la fois simple, subtilement écrit et forcément évident, partant d’un sujet grave mais joliment dé-dramatisé tout en offrant à William Lebghil ce qui restera sans doute son plus beau rôle à ce jour, permettant par ailleurs à l’excellente Agnès Jaoui d’accoucher d’un rôle de composition remarquable qui fut certainement passionnant à étudier, puis à éprouver in fine.

Si le prétexte narratif du film n’est rien de moins que la bipolarité (anciennement nommée psychose maniaco-dépressive, ndlr) il n’est justement ici qu’un prétexte, non négligeable certes, mais secondaire au regard de la relation fusionnelle et parfois désespérante liant l’excentrique Judith à l’apparemment impassible – et forcément trop placide pou l’être véritablement – Pierre. Moins lourd et chirurgical que le bouleversant Les Intranquilles de Joachim Lafosse et logiquement moins majeur qu’un chef d’oeuvre tel que l’incontournable Une femme sous influence de John Cassavetes La Vie de ma Mère s’impose néanmoins humblement comme une Oeuvre littéralement sensible et juste, dépeignant l’amour filial et ses dommages collatéraux avec une ferveur des plus touchantes, fébrile et sans tapages tout à la fois.

Sur à peine un peu plus d’un mois de tournage exécuté entre l’Île-de-France et la région landaise Julien Carpentier accouche d’un premier long métrage éminemment personnel, frayant avec l’universalité la plus poignante dans le même mouvement de fluidité émotionnelle. A l’image de l’exaltée et vivifiante Judith (Agnès Jaoui, encore une fois, est incroyable de spontanéité reconstituée, ndr) La Vie de ma Mère est un morceau de vie ouvert à tous les possibles, jusqu’au basculement le plus beau et le plus meurtri du control-freak agacé et pesamment interprété par William Lebghil, décidément capable de se départir admirablement de son étiquette d’adulescent comique et un rien traîne-savate (Première Année, Yves, Un Métier Sérieux et j’en passe…). Un superbe premier film.

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