Édito – Semaine 9

C’était un triomphe attendu : Anatomie d’une chute est reparti de la cérémonie des Césars de vendredi dernier avec six récompenses : Meilleur Film, Meilleure Réalisation, Meilleure Actrice, Meilleur Acteur dans un Second Rôle (qui permet à Swann Arlaud de gagner son troisième César en sept ans), Meilleur Scénario Original et Meilleur Montage. Un sacre quasi-total pour Justine Triet ayant marqué une cérémonie bien sage dans son déroulement et quasiment sans surprise dans son palmarès. Le plaisir et l’émotion étaient cependant au rendez-vous même si la présentation aurait pu gagner en audace : en effet, nous le soulignions dans notre bilan cinéma de l’année 2023, le cinéma français a été d’une richesse incroyable cette année et tous les films nommés étaient de très grande qualité. Et si Anatomie d’une chute a dominé le classement, laissant Le Règne animal amasser plusieurs statuettes plus secondaires (mais néanmoins importantes comme les Meilleurs Effets Visuels, la Meilleure Musique et la Meilleure Photographie), le palmarès est de haute tenue.

Si nous sommes un brin déçus pour Mars Express que nous préférons à Linda veut du poulet ! (au demeurant très bon), c’est une cérémonie qui (chose rare) ne nous aura pas fait hurler devant notre télévision tant les récompenses allaient à nos favoris (Adèle Exarchopoulos pour Je verrai toujours vos visages, Raphaël Quenard pour Chien de la casse) ou créant la surprise avec étonnement comme ce César du Meilleur Film Étranger remis à une Monia Chokri qui ne l’avait pas vu venir (alors que Simple comme Sylvain est une merveille) ou comme ce César du Meilleur Acteur décerné à l’excellent Arieh Worthalter pour Le Procès Goldman, preuve que les Césars sont moins attachés aux Oscars qu’aux performances effectuées dans les biopics puisque l’on aurait pu imaginer Benjamin Lavernhe repartir avec la statuette pour sa prestation dans L’abbé Pierre – Une vie de combats (mais notre chouchou à nous était Romain Duris qui livre dans Le règne animal une de ses plus belles prestations depuis longtemps).

Qu’importe, un palmarès ne peut pas plaire à tout le monde (sauf à ceux récompensés) mais reconnaissons là que tous les films nommés valent amplement le visionnage, ayant marqué une année 2023 d’une richesse assez ahurissante inspirant, on l’espère, l’année 2024. Notons tout de même plusieurs moments marquants de la cérémonie : le discours de remerciements de Raphaël Quenard, particulièrement sincère et touchant, appel à oser rêver et celui d’Adèle Exarchopoulos, seule actrice du monde à remercier la cantine, parce que les moelleux au chocolat étaient « trop bons » (Adèle, on t’aime!). Notons également la prise de parole de Judith Godrèche, salutaire et accueillie avec ferveur. Quand on pense que les Césars récompensaient Roman Polanski il y a quatre ans au cours d’une cérémonie honteusement mémorable, on apprécie le changement de mentalité même s’il était franchement temps d’accueillir la parole des femmes et de les écouter. Il y a encore du chemin à faire mais on y arrive… Saluons aussi le discours émouvant de Jamel Debbouze adressé à Agnès Jaoui qui recevait un César d’honneur : un discours tendre et sincère, qu’on n’avait absolument pas vu venir, peut-être la plus belle surprise d’une cérémonie s’étant déroulé sans accro mais sans grande originalité non plus. Ce qui ne nous empêche pas d’adresser un dernier salut à un palmarès de haut vol, croisant maintenant les doigts pour Justine Triet lors des Oscars…

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