Soft & Quiet : Des femmes pas ordinaires

Nous avons décidé de procéder d’une manière inhabituelle pour cette nouvelle exclusivité Shadowz. D’ordinaire nous aimons toujours introduire un minimum le film dans un contexte particulier. Soit nous replaçons l’affect qui nous lie avec ledit film, soit nous replaçons l’œuvre au cœur de la filmographie de son réalisateur ou de l’époque dans laquelle elle est sortie. Il n’en sera rien aujourd’hui, car nous voulons vraiment que vous restiez vierge de toute information concernant Soft & Quiet. Shadowz vous avertissent d’ailleurs via leur plate-forme de lancer le film sans lire leur encart de présentation. Aussi, nous allons vous pitcher le film ci-dessous et vous invitons à poursuivre votre lecture uniquement après votre visionnage.

Une enseignante d’école primaire organise une réunion de femmes partageant les mêmes idées politiques. Mais lorsqu’elle tombe sur une ancienne connaissance, cela va entraîner une série d’événements atroces.

Produit par Blumhouse et toujours inédit par chez nous, nous ne comprenons pas comment un film d’une telle puissance n’ait pas eu la chance d’atterrir dans nos salles. Parmi les innombrables productions Blumhouse dont on se serait bien passé, pourquoi Soft & Quiet a-t-il dû attendre une plate-forme comme Shadowz pour enfin sortir de l’ombre ? Le sujet est peut-être trop inconfortable ? Les distributeurs ne savaient sûrement pas comment vendre le film. Ce ne serait pas étonnant vu la teneur des propos, mais nous y reviendrons plus bas. Soft & Quiet est un film d’horreur social qui rencontre l’esthétique de Get Out en allant citer Hitchcock dans la forme. Ces dernières années, le plan-séquence est devenu un exercice de style délaissant le fond au profit de la forme. Soft & Quiet renoue avec la force que doit représenter le plan-séquence. Le film embrasse une idée de temps réel en décidant de capter une horreur sociale qui se décuple de manière croissante au fil des longues et douloureuses minutes. Le plan-séquence n’est pas utilisé dans un simple but d’en mettre plein la vue, il y a une véritable envie d’aller chercher l’inconfort chez le spectateur. Le malaise est palpable dès les premières minutes. On sent une certaine gêne qui émane de l’héroïne que la réalisatrice se garde de nous révéler pendant un bon gros quart d’heure. La découverte de la tarte qu’elle amène en guise de goûter pour sa réunion sonne comme un gros coup de massue. Jamais la vue d’une simple tarte ne nous aura autant mis mal à l’aise. A partir du moment où la réalisatrice, Beth De Araujo, nous dévoile le fond des pensées des femmes a qui nous aurons affaire, le malaise ira crescendo. Bienvenue dans une réunion tupperware néo-nazie !

Soft & Quiet est la synthèse des propos antisémites et haineux de Mississipi Burning et American History X camouflés derrière des sourires radieux. Le film met en scène des femmes a priori bien sous tout rapport. Elles éduquent vos enfants, s’investissent dans vos réunions entre voisins ou vous viennent en aide pour traverser la route. Soft & Quiet évoque les idées puantes de « révolution raciale » qui gangrène toute une nation depuis des siècles. Beth De Araujo accuse une forme de banalisation de l’antisémitisme grâce à un scénario qui vire prodigieusement vers le home-invasion le plus sale qui soit. Le dernier acte du film convoque Les Chiens de Paille (et n’importe quel rape & revenge sans laisser aucun espoir quant à l’aspect « revenge ») avec un aplomb à faire pâlir un mort. Soft & Quiet nous oblige à prendre part à la descente aux enfers d’un groupe de femmes totalement aveuglées par leur haine sans nous laisser aucune porte de sortie. Sa prise de position radicale de mettre en avant un groupe de personnes abjectes sans proposer aucun contre-pied nous confronte frontalement aux tréfonds de la noirceur de l’être humain. Le fait de mettre en avant des femmes rend le discours d’autant plus cruel que les hommes n’ont clairement pas leur mot à dire. Paradoxalement, ces femmes ne luttent pas contre le patriarcat, elles semblent même l’encourager. Comme elles le disent : elles se doivent d’élever les hommes qui partagent leur vie. Ces femmes sont tellement endoctrinées par leurs idées nauséabondes qu’elles rejettent massivement toute notion de féminisme qu’elles accusent de « tuer la féminité ». Il n’y aura que deux protagonistes homme qui viendront se mesurer à elles. Un homme d’Église qui menace de dénoncer leurs agissements auquel elles n’osent pas se confronter et le mari de l’une d’elle qui tente de les extirper de leur folie avant d’être balayé rapidement au cœur de leur déferlement haineux. Personne ne peut sauver ces femmes de leur endoctrinement, pas même le spectateur qui n’a qu’une hâte : celui de voir le générique de fin apparaître afin d’aller prendre une bonne douche salvatrice.

Soft & Quiet est un brûlot anti-antisémites qui, pour nous faire comprendre combien ces personnes sont dangereuses, nous oblige à suivre leurs pérégrinations sans possibilité de détourner le regard. Shadowz nous propose un excellent film d’horreur social, brutal dans ses propos et sa forme et qui ne vous lâchera pas de sitôt. Jamais l’envie de faire la chasse aux antisémites n’aura été si forte après avoir vu un film. Croyez-nous sur parole, vous n’êtes pas prêts au déferlement de haine qui va s’abattre sur vous. Soft & Quiet est un film que les électeurs de Trump risquent de prendre pour argent comptant comme un film éducatif là où Beth De Araujo nous somme formellement d’arrêter les conneries. Le film n’est pas exempt de défauts, mais la puissance des propos nous a tellement remué les tripes qu’il nous est impossible de ne pas saluer l’exercice.

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Article réalisé dans le cadre d’un partenariat avec la plateforme Shadowz.

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