Rencontre avec Marc Herpoux – Partie 4 : Retour sur le service public (et au polar)

Dans cette quatrième partie de notre entretien fleuve sur la carrière de Marc Herpoux, nous allons aborder les deux séries sorties suite à l’annulation de la deuxième saison de Pigalle, la nuit. Signature, sorte de Dexter sauvage sur l’île de La Réunion, est un projet intriguant et déconcertant, presque hybride, à la fois proche des canons fictionnels de France Télévisions sur certains aspects et bien éloignés sur d’autres. Marc Herpoux ne manquera d’ailleurs pas d’énoncer les questionnements philosophiques à l’origine de la création de la série, comment la « trop grande » facilité de développement a pu nuire au projet et surtout quelle forme aurait-elle prise s’il avait dû la faire aujourd’hui.

Ensuite, loin de s’être affranchi des codes du polar et du plot-driven, Marc Herpoux va continuer à se plier à la formule jusqu’à l’écœurement pendant le développement de la première saison des Témoins. Ce duo d’enquêteurs porté par un des premiers rôles de Marie Dompnier et un Thierry Lhermitte à contre-emploi transforme le Tréport en zone de guerre entre les policiers et un tueur en série particulièrement retors. À la base centré sur le personnage de Paul Maisonneuve (Thierry Lhermitte), Marc Herpoux expliquera comment ils ont décidé de changer le point de vue de la série vers celui de Sandra Winckler (Marie Dompnier) pour faire fonctionner leur dramaturgie, et ainsi découvrir au passage le concept sériel du projet.

Ces discussions seront, comme toujours, fécondes en diverses divagations. Notamment, une interlude nous permettant de revenir sur l’expérience de formateur au CEEA de Marc Herpoux.

Le lien vers la première partie de l’entretien : Rencontre avec Marc Herpoux – 1ʳᵉ partie : Entre deux médiums

Le lien vers la seconde partie de l’entretien : Rencontre avec Marc Herpoux – Partie 2 : L’amorce d’une transition

Le lien vers la troisième partie de l’entretien : Rencontre avec Marc Herpoux – Partie 3 : Réussite et déceptions

Signature

Synopsis : Il y a 35 ans, sur l’île de La Réunion, Toman assiste à l’assassinat de ses parents alors qu’il n’est âgé que de 5 ans. Traumatisé, il grandit seul dans la montagne tel un enfant sauvage, et devient à son tour un assassin. En 15 ans, il tue six personnes qu’il juge coupable d’avoir « fait du mal aux enfants ». Daphné, une journaliste de métropole, débarque sur place pour enquêter sur la disparition d’un jeune homme, qui s’avère être la dernière victime de Toman.

Réalisateur : Hervé Hadmar, Scénario : Marc Herpoux, Hervé Hadmar, Producteur : Fabienne Servan-Schreiber et Jean-Pierre Fayet, Acteurs : Sami Bouajila, Sandrine Bonnaire, Sarah Martins, Jan Hammenecker…

Première question que je me sens obligé de poser, bien que les deux projets soient très différents : quel a été l’impact de Dexter sur la vente du projet ? Est-ce que la proximité des concepts a rendu la série plus facile à vendre ou au contraire, est-ce qu’elle l’a freinée ?  

Dexter a été abordé à un moment, mais ça nous faisait plutôt chier. On a tout fait pour que la série en soit le plus éloignée possible. Cela n’a donc pas servi de vente. Je pense même que c’était un repoussoir : il ne fallait pas parler de Dexter ! On priait pour que FranceTV ne fasse pas la comparaison. On voulait à tout prix se démarquer parce que ce n’était pas du tout ce qu’on avait en tête. Ce qui m’a plu dans ce projet au départ, c’était presque une blague d’Hervé autour d’un homme animal… Hervé a toujours aimé ce rapport à l’animalité. À un moment, il avait même un projet sur un homme perdu avec des loups. Et moi, cette idée faisait partie de mes réflexions philosophiques : “Qu’est-ce qui fait la particularité d’un homme ?” Je ne suis pas un adepte de la philosophie du libre arbitre, je défends plutôt une philosophie à la Spinoza dans laquelle il n’y a pas de libre arbitre. Je ne peux pas me revendiquer de Rousseau qui dit “ce qui fait l’homme, c’est la liberté”, mais en même temps, l’Homme a bel et bien une spécificité, donc ça me posait des questions… Je trouvais ça intéressant dramaturgiquement de se demander ce qu’était Toman. Est-ce que c’est un psychopathe ? Non, il n’est pas pervers. Un psychopathe, c’est un pervers. C’est quelqu’un qui joue avec sa victime comme le violeur de la Sambre. Il ne tue pas les gens, mais en psychopathe, en pur pervers, il les viole. Il joue avec son entourage. Il manipule les gens. Toman n’est pas là-dedans. Mais c’était intéressant, car il tue brutalement et de sang-froid, parce qu’il a un compte à régler… En même temps, est-ce qu’un animal a un compte à régler ? C’est plutôt humain comme comportement. Après, tu te dis que l’animal peut très bien avoir des traumatismes : s’il a été frappé et que tu t’approches trop de lui, il peut te sauter à la gorge, simplement pour se défendre. Mais est-ce que Toman est là-dedans ? Il chasse, il traque, mais un animal le fait pour manger, sauf que pas toujours. J’étais entouré de chats dans mon enfance. Et parfois, s’ils traquaient, c’était uniquement pour le plaisir de la traque. La souris, ils la blessaient, mais ils ne la bouffaient pas. Par contre, le chat n’a pas de compte à régler avec la souris… C’étaient tous ces questionnements que je trouvais passionnants. Quand Hervé m’a parlé de cette idée, je lui ai répondu que j’avais envie de bosser dessus. Lui était sur le tournage de Pigalle, donc je suis parti seul sur le projet et il est venu se greffer après pour ajouter ses envies, sa patte… Le développement solitaire de la série fut très différent de l’écriture à quatre mains de Pigalle ou même des Oubliées. C’est d’ailleurs assez drôle parce que j’avais complètement négligé l’île de la Réunion… Hervé m’a tout de suite dit : “T’es gentil, mais si je vais à la Réunion, ce n’est pas pour tourner que des intérieurs”… Je m’insurge un peu, mais quand je regarde, il y avait en effet 70 % d’intérieur… (rires) Je n’avais pas du tout anticipé cette demande d’Hervé alors que je pensais à lui pendant tout le développement.

C’est vrai que dès Les Oubliées, il filmait beaucoup les décors avec de nombreux plans de transition…

Il adore ça ! C’était une grande différence avec Jean-Xavier de Lestrade. Les décors et la lumière étaient plus prioritaires chez Hervé, alors que chez Jean-Xavier, ce sont plutôt les comédiens et le jeu qui priment.  Après, les deux filment des décors et des comédiens, bien évidemment… Et puis Hervé a si bien filmé les décors que ça aurait été dommage de ne pas en profiter. 

Quel était votre rapport à la Réunion ? 

J’ai eu un rapport très spécial puisque je ne peux pas prendre l’avion à cause d’un problème d’oreille interne. Il y a aussi un côté psychologique. Je vis tellement mal le fait de prendre l’avion – c’est tellement violent physiquement – que le simple fait de m’imaginer dans un avion me fait piquer une crise. Je n’ai donc pas pu me rendre sur l’île de la Réunion, ce qui a été vraiment pénible. Hervé a été super parce qu’il est allé à ma place avant même de savoir ce qu’il allait tourner pour mon travail d’écriture. Il est resté trois ou quatre jours là-bas. Je lui avais préparé toute une liste de gens à voir, de questions à poser, de décors à filmer… Bien sûr, il pensait déjà à ses repérages, mais il a joué le jeu et il a ramené toute une documentation sur laquelle je me suis basée pour travailler. Donc, contrairement à nos autres projets, le rapport au décor a été très lointain pour moi…

Cette histoire de documentation est intéressante. Est-ce que tu le fais pour chacune de tes séries ? Quelle forme prend-elle ? Est-ce qu’il y a une sorte de formule ?

Non, ça dépend énormément du projet, mais il y a une donnée primordiale qui revient à chaque fois : est-ce que c’est intéressant à filmer ? Par exemple, sur l’Embrasement, je lisais des textes sociologiques super intéressants que je mettais de côté pour mon plaisir, mais je me disais que ça ne servait à rien de creuser dans cette direction parce qu’il n’y avait rien à filmer dedans. Il valait mieux avoir une documentation sur place, à Clichy… La documentation ne doit pas être trop intellectuelle, parce qu’elle ne servira pas le réalisateur, le chef opérateur, les acteurs… Elle peut prendre des formes très différentes – ce ne sont pas que des lieux – mais ça peut être des personnalités, des visages, des couleurs, des émotions, n’importe quoi ! Tant que cette documentation a un rapport cinématographique avec quelque chose de concret à filmer. Dès le traitement, voire dès la prémisse, je pense aux gens qui vont travailler après moi. Encore une fois, j’écris un film en devenir, un film virtuel. Donc, j’essaye d’imaginer comment les gens talentueux qui vont ensuite l’incarner, le concrétiser, le réaliser vont pouvoir s’éclater. Je dois me dire “je serais tel comédien, tel réalisateur, je m’éclaterais !” Et si je ne le sens pas, il y a un problème, peu importe que l’histoire me touche, je ne veux pas d’un plaisir égoïste. C’est bien gentil de se dire “Le projet est beau ! Il me parle. Il me touche”. Ouais, mais bon, en quoi les gens qui vont travailler sur ton projet vont avoir envie de se donner à fond dessus ? La documentation fait partie de tout ce questionnement.

Est-ce que vous avez rencontré des difficultés particulières à vendre un projet dans lequel le protagoniste est un tueur ?

Non, aucun. C’est presque mon souci avec Signature. Le projet s’est fait trop facilement. On savait que l’histoire était spéciale, avant même qu’on choisisse La Réunion comme décor. Pendant un dîner, on pitch le projet à Paule Zadjerman (à l’époque chargée de développement à FranceTV). Elle le trouve super : “C’est complètement barré votre truc. Faites-moi lire dès que vous avez quelque chose”. Donc, on travaille quelques semaines pour pondre un document qui devait faire moins de 10 pages et sur lequel France Télévisions est parti directement. Je me lance donc sur le développement de la série avec la bénédiction de tout le monde qu’on aura d’ailleurs du début à la fin. On avait fait une V1 de la série et c’est nous qui avions retardé de plusieurs mois la préparation du tournage pour qu’il y ait une V2. Paule Zadjerman s’inquiétait presque. Elle  nous disait : “Attendez, faites gaffe là parce que c’est vachement bien ce que vous avez écrit”. Pour te dire, à quel point ils aimaient ce qu’on leur fournissait. 

C’était peut-être trop facile.  

Ouais. C’est bizarre de dire ça, mais à un moment, j’aurais aimé qu’on nous laisse un tout petit peu plus de temps pour penser le projet. Il manquait encore de réflexion pour avoir l’ampleur qu’il méritait. Par exemple, le personnage de Sandrine Bonnaire, je le trouve un peu télescopé…

Est-ce que la relation amoureuse entre Toman et la journaliste venait de vous ?

Oui, c’était nous. Personne ne nous avait demandé de l’ajouter. Sandrine a été super, parce qu’elle a accepté de travailler sur la série pour le personnage de Toman qu’elle adorait – Sami Bouajila a d’ailleurs fait un travail absolument remarquable – plus que pour son personnage que je considère trop flou, trop fonctionnel… Honnêtement, je l’ai tourné dans tous les sens et je me demande s’il y avait une solution. Par contre, ce que je revendique et qui a été parfois critiqué, c’est que la série met du temps à démarrer. Derrière, je comprends tout à fait que l’espèce de cliffhanger ou de point d’acmé autour de la découverte par Toman que celui qu’il a tué est le mari de Sandrine Bonnaire arrive un peu tard. Je suis conscient que cette longueur pose un problème. En même temps, l’épisode dans lequel ils se perdent dans la nature fait vraiment partie du sujet. 

C’est l’ADN même.

Voilà ! Et ça a été vivement critiqué. Pour le coup, je suis d’accord avec plein de critiques, mais pas celle-là. La contemplation faisait partie du projet avec des références comme Terrence Malick pour citer les grands. Mais c’est vrai qu’il y a quelque chose d’encore pas très bien peaufiné malgré le parcours de Toman que je trouve très beau.

Signature est un projet étrange à regarder aujourd’hui. Il est très différent de vos autres projets et on sent qu’il y a quelque chose qui ne fonctionne pas au niveau du rythme et de la construction dramaturgique…

C’est absolument vrai…

On a un peu du mal à avoir de l’empathie pour Toman et le personnage de Sandrine Bonnaire n’est pas très intéressant…

On n’a pas trouvé la bonne histoire pour raconter ce qu’on avait envie de faire passer. Pour le coup, la faute me revient plus qu’à Hervé. Alors que pour Les Témoins, mes remarques seront plus dirigées vers Hervé. Ici, je n’ai pas trouvé ce que j’avais envie de questionner sur l’espèce humaine. Il fallait trouver autre chose, mais je n’ai pas eu la bonne idée. Même aujourd’hui, je ne sais pas ce qu’il fallait faire…

C’est dur à dire. Est-ce que Toman manquait d’un désir clair ? Il y a toute l’arche1 dans laquelle il cherche à retrouver le meurtrier de ses parents, mais il n’a pas vraiment de pistes pendant une bonne partie de la série…  

Oui et puis je trouvais cette arche un peu artificielle pour le coup. Je pense que le problème est là. Avec Hervé, on s’est enfermé dans une certaine artificialité, alors qu’on aurait dû sortir de l’intrigue pour trouver ce qu’on voulait raconter. Tu as tout à fait raison, c’est par là qu’il fallait rentrer, c’est-à-dire, au fond, qu’est-ce que Toman cherche dans la vie ? Trouver le meurtrier de ses parents, c’est un peu artificiel… Mon envie – mais il fallait trouver une autre histoire – c’était de montrer quelqu’un en train de s’humaniser au sens où le personnage va être de moins en moins animal et de plus en plus humain. Pour le coup, Hervé le filme bien, notamment le passage dans lequel on lui sert un plat artificiel au restaurant alors que lui a l’habitude de bouffer du poisson cru. Il s’affranchit en quelque sorte du déterminisme…

… de son passé…

Oui, même presque biologiquement… “Tu es un animal parmi les autres animaux”. Mais, pour bien développer cette idée, il aurait fallu aller vers une narration plus abstraite, moins “intrigue”… Sauf qu’on aurait eu beaucoup plus de mal à vendre la série… Aujourd’hui, cette histoire, il faudrait la penser comme le film The Square avec la scène du gorille et l’univers très bourgeois de l’art dans lequel un personnage questionne sa propre brutalité et la brutalité de la société… Comment lui-même va être choqué par le fait qu’on lui ait volé son portable et en faire toute une histoire… Il faudrait penser une série avec beaucoup plus de situations décalées, atypiques qui frottent, qui grattent. Ce serait complètement différent. 

Scène du « gorille » dans The Square

C’est vrai que les meilleures scènes de la série sont assez quotidiennes. Par exemple, quand il doit acheter des meubles et qu’il finit par s’allonger sur la moquette pour la sentir avec tout son corps…

Exactement. Aujourd’hui, c’est comme ça que je penserais la série. Mais bon, de suite, c’est beaucoup plus difficile à vendre. Le côté Dexter ne posait pas trop de problèmes. On gardait le côté criminel, le côté flic… Et ça arrangeait bien FranceTV d’avoir cette dimension polar. C’est le même problème qu’avec Pigalle (la création des deux séries se fait en parallèle) : maintenant qu’on a le frère et sa sœur disparue, vous pouvez nous raconter Pigalle. Sur Signature, c’est maintenant qu’on a un personnage qui veut venger ses parents, vous pouvez nous raconter l’animalité. Honnêtement, on y est encore un peu. Sambre, c’est maintenant que vous nous avez raconté la traque du violeur – alors qu’il n’y en a pas – vous pouvez commencer à raconter autre chose. Il y a toujours cette obsession d’avoir ce fil rouge, cette intrigue soutenue. 

On peut clairement se poser la question de la domination du Polar sur les écrans français. On n’a pas l’impression que les choses ont bougées, pas plus qu’on a l’impression que les diffuseurs ont envie que qu’elles bougent.

Non, ils savent que ce type de programme attire les gens. Heureusement, il y a eu des projets comme Un village français, Dix pour cent… mais ça n’a pas fait école non plus. C’est encore vu comme des projets atypiques, des choses possibles sous certaines conditions. Mais bon, quand tu commences à vouloir vendre autre chose, c’est raide. J’ai un paquet de projets qui sont tombés à l’eau simplement parce qu’il n’y avait pas d’intrigue de polar derrière. Dès que le projet n’a que du propos avec des situations “drame”, tu sens que c’est compliqué… (pousse un grand soupir exaspéré

Pour en finir avec Signature, si la série sortait aujourd’hui, certains pourraient considérer le personnage de Toman comme une sorte de stéréotype, un peu raciste. Est-ce que c’était une crainte à l’époque ?   

Non, mais là-dessus, la société a bougé, notamment à partir du début des années 2000. Il ne faut absolument pas sous-estimer l’influence des idées d’extrême droite dans le monde. Tout peut être lu à travers un prisme… Je vais te donner un exemple pour expliquer ce que je veux dire. Quand est sorti Intouchables, Éric Zemmour tenait des propos délirants sur le film qui choquait même Pascal Praud pour te dire. Il disait “bah là, tu as un noir dans la vie… Puis, tu as le blanc en fauteuil roulant qui regarde le noir en train de s’éclater… C’est une allégorie de la façon dont la France se regarde dans un fauteuil roulant”… Aujourd’hui, ce genre de conneries se généralisent. Tu peux regarder Intouchables sous ce prisme de lecture. Après tout, pourquoi pas ! Ce n’est évidemment pas ce que les auteurs avaient en tête, mais tu peux commencer à délirer et dire “peut-être que c’est une allégorie du Grand Remplacement ?” Tu peux faire raconter n’importe quoi à une image. C’est la fameuse phrase d’Oscar Wilde : “la beauté est dans l’œil de celui qui regarde”… et la laideur aussi. L’interprétation du grand n’importe quoi est aussi dans l’œil de celui qui regarde, elle n’est pas uniquement dans l’œil de celui qui crée. C’est un jeu qui se joue à deux. Toi, tu développes un projet en tant qu’auteur. Et après, tu as le public que tu mérites pour le dire comme ça… Donc, si le public commence à voir des conneries, tu ne peux rien y faire… Pour le coup, à l’époque, on n’était vraiment pas là-dedans. Après, je comprends ton questionnement. Les idées d’extrême droite ont capturé nos cerveaux. C’est visible aujourd’hui. Et j’entends par là que ce sont les idées, pas un parti politique ou un homme politique. Ces idées se sont petit à petit banalisées. Mais, ça ne concerne pas que la France, donc c’est un questionnement plus global. Il y a des parallèles à faire avec les années 30. On y est revenu ! Les années 30, c’est le fascisme italien, c’est le nazisme, c’est le stalinisme, c’est l’antisémitisme partout… Ce sont les années 30… On est dans une période extrême droite. Nos œuvres commencent donc à se jouer sur des duels wokisme/anti-wokisme qui nous auraient paru il y a encore 20 ans – 30 ans, je n’en parle même pas – comme invraisemblables. Je ne suis pas en train de dire que c’était mieux avant. Il y avait d’autres problèmes : on ne pouvait pas parler d’homosexualité, des transgenres comme on en parle aujourd’hui. Quand tu étais arabe, tu ne pouvais jouer que certains rôles très normés… Mais il y avait des questions qui ne se posaient pas et qui se posent aujourd’hui pour le meilleur et pour le pire. Tu peux faire un projet qui est soudainement perçu radicalement autrement…

Les acteurs des 11 commandements

La dernière fois, j’écoutais – et ce n’est pas un intellectuel de première – une interview de Michaël Youn qui parlait des 11 Commandements. Son premier truc était de dire que le film serait impossible à faire de nos jours. Pourtant, c’est potache et grotesque. D’emblée, il y a une scène dans laquelle un acteur va faire chier des flics – et puis bien comme il faut – que personne n’oserait faire aujourd’hui. Je veux dire, tu ne sais pas si tu sortirais vivant donc tu te poses énormément la question avant. Quand tu vois les images de Frotte Man qui se frotte partout et notamment sur les flics… mais aujourd’hui, tu te ferais défoncer à grands coups de matraque. Les policiers dans la scène, c’est limite s’ils ne se marrent pas, ils sont là “bon allez ça suffit, monsieur”… Tu as encore des gens “normaux” dans la police. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas… Je veux dire, Michaël Youn se déguise quand même en Hitler. Il se balade dans la rue “J’ai changé, je suis gentil, nous allons construire des autoroutes !” C’est à mourir de rire ! Aujourd’hui, vu l’extrême droite qui monte, tout d’un coup ça n’a plus la même résonance. Avec le retour à Pétain d’Eric Zemmour, tu ne peux plus prendre ces sujets avec un côté potache et con. Et puis, tu as tout un délire autour de dieu qui est joué par Dieudonné…

(rires) Ah oui, en effet…

Avec du recul, tu te dis “quoi ?!”. Les temps ont vraiment changé. Même un truc aussi con que Les 11 commandements serait interprété autrement aujourd’hui. Tu ne pourrais plus du tout le faire de nos jours.

Interlude

À ce moment, ta carrière rencontre une pause pour la première fois, est-ce dû au relatif échec de Signature et à l’annulation de la saison 2 de Pigalle ? 

Non, en fait, il n’y a pas eu de pause. La vraie pause est venue après, beaucoup plus tard. C’est surtout que la saison 2 de Pigalle est tombée à l’eau alors qu’on était à quatre dialogués et quatre traitements.  

D’accord. Je posais la question, car je pensais que le développement de Signature et de la saison 2 de Pigalle se passait au même moment.

Pendant qu’Hervé tournait la première saison de Pigalle, moi, j’écrivais Signature. Et pendant qu’il tournait Signature, moi, j’écrivais la saison 2 de Pigalle. Et comme sur Signature, je me suis retrouvé seul aux manettes sur cette seconde saison de Pigalle. La grande différence entre les deux projets, c’est que sur Signature, j’ai eu une autoroute devant moi et c’était presque un problème. Je me suis retrouvé avec une histoire pas super bien ficelée sur laquelle Hervé s’est beaucoup s’appuyé. La saison 2 de Pigalle, c’est tout l’inverse puisque le développement ne se passe pas très bien avec Canal qui commence à sentir que ce qu’on a en tête ne leur convient pas. Je sens la chose venir parce qu’ils me flattent sur tout un tas de trucs : sexe, corruption, violence… Évidemment, tout auteur adore être flatté. Ils me disent “ces scènes-là sont super, il faut absolument que tu ailles là-dedans”. Mais au bout d’un moment, je ne suis pas non plus à côté de la plaque. Je ne cesse de penser à Hervé et je me dis qu’il ne va pas s’éclater à tourner ces scènes, ce n’est pas le réalisateur qu’il faut… et moi, j’écris pour Hervé. Sans compter que ce n’était pas non plus la direction de la saison 1… Je commence donc à sentir que les choses ne vont pas bien du tout. J’envoie des textes à Hervé, puis on fait des Skype depuis La Réunion où il me dit “non, ça ne va pas du tout. Je n’ai absolument pas envie qu’on aille là-dedans”… et moi aussi pour être franc. Sur le moment, je suis seul avec Christine de Bourbon Busset face à la chaîne. Enfin, il y a aussi Marc Missonnier et Olivier Delbosc de Fidélité qui vont monter au créneau au moment où la relation avec Canal se dégrade. Quand Hervé va revenir du tournage de Signature, on va vite déchanter. Ce n’est pas pour rien que cette deuxième saison ne s’est pas faite. C’était vraiment compliqué. Pour le coup, on a enchaîné directement avec Les Témoins

Et après les deux années de préparation pour la saison 2 de Pigalle, j’imagine qu’il y a deux ans de préparation pour la première saison des Témoins ?

Voilà, c’est ça.

Est-ce à partir de ce moment que tu as commencé à enseigner au CEEA2 ou c’est un peu plus tard ? 

Écoute, je ne peux pas te dire quand précisément, mais je peux juste te dire que ça fait 11 ans que j’enseigne au CEEA.

C’est dans cette période alors !

Ah, d’accord. Je n’avais pas fait le lien. En fait, j’enseignais déjà avant – mais le storyboard – dans une école qui s’appelait Creapole. J’avais aussi commencé à faire les ateliers du CEEA et en parallèle, j’enseignais à la Fémis.

D’accord. Et qu’est-ce que cette expérience d’enseignant t’a apporté en tant que scénariste ?

Beaucoup ! D’abord, il y a le plaisir de la transmission. C’est très agréable d’avoir le retour d’anciens élèves qui m’expliquent ce que mes cours ont pu leur apporter. Mais il y a une deuxième raison pour laquelle je le fais et qui est plus égoïste. Quoi qu’il arrive, chaque année, je dois aider deux groupes de deux, donc quatre élèves à accoucher de leur série. À la fin de l’année, ils se doivent d’avoir une série avec un pilote qui tient la route. L’écriture, c’est comme une langue ou un athlète, si tu arrêtes de la parler ou de t’entraîner, à un moment, tu n’es plus au niveau. Ces ateliers m’obligent donc, peu importe ce que je fais ou peu importe où j’en suis dans ma carrière, à maintenir mon niveau, à réfléchir, à conceptualiser des projets qui tiennent la route… Bien évidemment, ce sont leurs séries, pas les miennes. D’ailleurs, ils viennent avec des séries qui posent des problématiques dans lesquelles je ne vais pas spontanément. C’est un magnifique entraînement intellectuel qui permet de se dire “si c’était mon projet, comment je m’y prendrais ? Est-ce que ça marcherait ? ” Ce challenge intellectuel, le CEEA me l’offre tous les ans. Même si je n’écris pas ces séries, je dois quand même diriger l’écriture et aider les élèves à aller jusqu’au bout. 

Les Témoins – Saison 1

Synopsis : Au Tréport, en Haute-Normandie, des tombes sont profanées. Les six corps déterrés sont méticuleusement disposés dans deux maisons-témoins, de façon à former une nouvelle famille : à chaque fois une femme, un homme et une adolescente qui ne se connaissaient pas. Le lieutenant Sandra Winckler, jeune flic chargé de l’enquête, découvre au milieu de la deuxième scène de crime la photographie de Paul Maisonneuve, ancien policier et légende de la PJ de Lille. Les deux flics s’unissent pour trouver le fin mot de l’histoire...

Réalisateur : Hervé Hadmar, Scénario : Marc Herpoux, Hervé Hadmar, Producteur : Fabienne Servan-Schreiber et Jean-Pierre Fayet, Acteurs : Marie Dompnier, Thierry Lhermitte, Laurent Lucas, Jan Hammenecker..

À ce moment de votre carrière avec Hervé Hadmar, tous vos projets ont un côté polar, que ce soit Les Oubliées, Pigalle, Signature et maintenant Les Témoins… Quel est votre rapport au genre ?

Très sincèrement, c’est un moment dans lequel je sature. Les Témoins a été un projet un peu difficile même si la saison 2 s’est mieux passée. La première saison, c’est beaucoup Hervé : c’est son nom au départ, c’est un fantasme qui lui vient à partir d’une photo…  J’y vais à cause du point de départ de la série qui me fait bien marrer. Mais bon, c’est encore une fois très “intrigue”… On rentre rapidement dans quelque chose d’extrêmement polar auquel on ajoute un côté thriller et toujours ce personnage obsessionnel. Après, ce n’est pas mon obsession, c’est celle d’Hervé, ce n’est pas le même type de personnage. Lui, il est plus dans les obsessions à la Vertigo qu’on va retrouver dans Romance (série d’Hervé Hadmar diffusée sur France 2 en 2020) et qui est moins mon truc personnellement. 

Pourtant, dans Entre deux ombres, il y avait ce côté Vertigo

Oui, mais pas de la même manière. Déjà, c’est le regard d’une femme qui se demande ce qu’il se passe dans cette cave. D’ailleurs, au départ, dans la toute première version des Témoins, le point de vue est celui de Paul Maisonneuve et pas de Sandra Winckler, qui est un personnage secondaire. C’est très intéressant dramaturgiquement parlant de voir comment cette bascule va s’opérer. Pour cette première saison, on a toute une backstory développée, sauf que Paul Maisonneuve la connaît, mais les spectateurs, non. Maisonneuve enquête sur un meurtrier qu’il connaît “Ah oui, c’est Kaz Gorbier !” (en imitant à la perfection le jeu de Thierry Lhermitte). Lui, il sait où il va, et c’est très bien, sauf que toi, en tant que spectateur, tu ne sais pas. À un moment, ça ne marchait plus. On a quand même été jusqu’à deux ou trois dialogués… Mais, que ce soit la prod ou FranceTV, ils disaient qu’il y avait un problème et on était d’accord. Hervé se demandait s’il ne fallait pas rendre Maisonneuve plus attachant… On ne savait pas vraiment par quel bout le prendre. Pour le coup, c’est moi qui vais avoir l’idée de changer de point de vue : soit on raconte du point de vue du personnage de Jan Hammenecker, soit du point de vue de Sandra Winckler. Et vu comment celui de Jan était déjà implanté, on s’est dit qu’il valait mieux prendre le point de vue de la jeune flic. 

Et puis, le personnage de Jan Hammenecker n’est pas très intéressant dans la première saison.

Oui, mais honnêtement le personnage de Sandra ne l’était pas non plus au début. Dans les versions d’Hervé, c’était un personnage secondaire qu’on a vachement enrichi. On l’a surtout choisi pour avoir le point de vue de quelqu’un qui vient d’arriver dans la brigade. Le personnage de Jan Hammenecker connaîssait trop bien Paul Maisonneuve et la backstory… Donc, on est parti avec l’idée de cette jeune flic en tant que personnage principal… Mais pour revenir à mon rapport au polar et à cette première saison, à la base, quand France Télévisions nous voit arriver avec un projet d’enquête et un personnage obsessionnel, ils nous disent très clairement “Ne nous refaites pas Les Oubliées !” Sous-entendu, créez des rebondissements toutes les dix minutes et ne faites pas une enquête qui piétine avec des personnages perdus… Et là, pour le coup, c’est moi qui vais souffrir. Pas Hervé, mais moi. Mon plaisir dans Les Oubliées, c’était justement cette enquête qui piétine et par laquelle on rentre dans la folie du personnage. Même avec Pigalle ou Signature, je n’étais pas constamment en train de chercher des rebondissements. Mais pour être franc, cela n’a pas été de suite un calvaire. Au début, c’était un jeu. Je savais qu’Hervé aimait ce côté “intrigue” et que je pouvais me reposer sur lui. Mais, au bout d’un moment, je me suis senti… J’ai compris que ce n’était pas en créant ces rebondissements que je m’éclatais. C’est pour ça que j’ai demandé à avoir huit épisodes et pas six sur la saison 2. Je voulais que les personnages soient plus développés  ! Or, on ne pouvait pas faire une saison 2 en ayant une intrigue moins forte que la 1, sauf que ce genre d’intrigues prennent tellement de place qu’il est difficile de faire vivre ses personnages… Je préfère la saison 2. Je la trouve plus intéressante…

Il y a moins de choses un peu “tirées par les cheveux”…

Ben oui, c’est tout le problème. Tu as six épisodes entièrement axés sur l’intrigue, donc tu es obligé de jouer à mort la carte des rebondissements. Après, le fait que ce ne soit pas réaliste, on s’en fout ! Parfois, on m’a fait cette remarque…

J’imagine qu’il faut surtout travailler…

L’équilibre !

L’équilibre, la cohérence pour faire en sorte que les spectateurs ne se disent pas “c’est trop gros” alors qu’on regarde énormément de fictions américaines dans lesquelles se déroulent des choses qui n’ont aucun sens et où on ne se pose pas de questions.

Je pense que, plus tu as des personnages cohérents auxquels tu t’attaches, plus tu arrives à faire gober des trucs au niveau de l’intrigue. Par contre, si tu n’as que de l’intrigue ou trop d’intrigue au détriment des personnages, paradoxalement les spectateurs vont avoir plus de mal. Comme ils n’ont pas d’attaches, ils regardent le film ou la série d’en haut en se disant “quand même, c’est un peu bizarre ce truc-là”. Alors que si tu es complètement happé par le personnage et que tu te dis “pourvu qu’il s’en sorte”, tu peux faire gober des choses complètement loufoques aux spectateurs – et je m’inclus dedans –  qui se disent après coup “Ah oui, c’est vrai, mais finalement, on s’en fout, c’était tellement dingue et passionnant”. Franchement, la saison 2 est tout autant tirée par les cheveux que la 1. La différence, c’est qu’on est beaucoup plus avec les personnages dans la deuxième saison alors que dans la première, on est dans quelque chose de trop mécanique qui était assez pénible à écrire. On en a beaucoup parlé avec Hervé. Je lui ai dit que je ne voulais pas qu’on reparte sur le même équilibre et il était pour. Il n’a pas du tout bloqué. Même si l’intrigue toute-puissante le dérangeait moins, il comprenait très bien qu’avoir de meilleurs personnages ne pouvait qu’être bénéfique à la série. En même temps, plus d’épisodes impliquaient des épisodes un peu moins soutenus sur le plan des rebondissements, puisqu’on diluait l’histoire. Donc, c’était une vraie discussion avec FranceTV “On veut bien faire une saison 2, mais laissez-nous plus d’espace de liberté sur les personnages”. Et là, pour le coup, la saison 2 a été écrite en un an, de janvier (où on n’avait rien) à décembre (où on a rendu les 8 épisodes en version définitive). L’écriture a été un peu spéciale parce que je n’ai pas écrit un seul dialogué. Avec Hervé, on est rentré dans une organisation où, après avoir défini ensemble la structure de la série, je structurais les épisodes et j’écrivais les traitements. Ensuite, j’envoyais les traitements à Hervé qui les dialoguaient. Et pendant qu’il dialoguait un épisode, j’étais en train d’écrire le traitement de l’épisode suivant, et ainsi de suite jusqu’à l’épisode 8. Du coup, je n’ai pas écrit un dialogué sur cette saison, alors que ce n’était pas prévu comme ça à la base. C’est super étrange parce que j’ai bien la sensation de l’avoir écrite. Et en même temps, je n’ai pas écrit un dialogué. 

Sachant que vous êtes tous les deux crédités sur tous les épisodes…

Oui quand même ! Mine de rien, écrire un traitement, c’est du travail… Tu amènes plein de choses ! D’ailleurs, il y avait déjà des dialogues dans les traitements, donc ce n’est pas vraiment le problème. C’est plutôt de se dire que pendant un an, je n’ai pas écrit “INT. Appartement – Jour”. En même temps, je me sens bien plus à l’aise avec cette saison 2 alors qu’en termes de scénario dialogué, je n’ai pas écrit une ligne ! 

Est-ce que vous aviez déjà prévu la possibilité d’une saison 2 pendant l’écriture de la première saison ? 

Non, au départ, c’était une mini-série autour de Paul Maisonneuve. Mais, en choisissant le personnage de Sandra Winckler, c’est devenu un concept : Sandra Winckler – à l’époque Marie Dompnier n’était pas du tout connu – face à un personnage ambigu, avec un passé trouble, joué par une star comme Thierry Lhermitte ou Audrey Fleurot. Elle se retrouve alors prise dans une aventure loufoque avec une ouverture un peu dingue, presque fantastique… On aurait même pu faire une saison 3… On avait d’ailleurs pensé à plein de pitchs, notamment un avec des pendus… C’est vraiment True Detective, avec ce concept anthologique à la frontière du fantastique dans lequel s’entrecroise plusieurs temporalités avec un duo d’enquêteurs, sauf qu’eux changent de personnages à chaque fois.

Ce que tu nous décris serait donc le concept sériel de la série ?

Oui, mais c’est venu sur la fin de l’écriture de la première saison. On s’est dit “en fait, on peut faire une saison deux, il y a un concept !”

Tu citais sans le nommer la place centrale du photographe Gregory Crewdson dans les influences du projet, mais est-ce que d’autres œuvres ont inspiré la construction de la série ?

Pour la construction ? Est-ce qu’on avait des références pour la construction de la série ? C’est pour ça que je dis que c’est une série d’Hervé – surtout la saison 1 – parce que toutes les références sont visuelles : Crewdson, Fincher, True Detective… Hervé savait qu’il allait tourner avec beaucoup de machinerie, ce qu’il n’avait quasiment jamais fait avant. Il avait l’intention de découper et de beaucoup moins tourner avec deux caméras. Il poussera d’ailleurs cette méthode encore plus loin avec Au-delà des Murs. Paradoxalement, en termes de construction dramaturgique, les choses vont se faire un peu à l’aveugle. Moi-même, petit à petit, je vais commencer à me questionner sur la famille qui n’est pas le sujet au départ.

Alors que c’est le thème central de cette saison. 

Totalement, mais je vais l’amener petit à petit, parce qu’Hervé, au départ, il a juste cette idée à la con, qui est super, mais bon, c’est quand même une personne qui déterre des cadavres pour reconstituer des familles dans des maisons témoins. Une fois que tu as dit ça, tu te dis “oui, mais bon, de quoi on parle ?” Donc, le projet commence à se diriger vers la thématique de la famille. Je dis à Hervé que si je parle de la famille, ce n’est absolument pas pour faire faire le truc à l’américaine, “il n’y a rien de plus important que la famille”… Surtout que la famille, au sens sanguin, avait un côté un peu extrême droite. Après, si on parle de la famille au sens large “on se construit tous une famille, on a différentes familles…” Là, ça m’intéresse ! Il y avait un côté très artificiel dans le fait de déterrer les corps qui était sympa. Avec la famille, ça devient un truc morbide de corps qui n’ont d’ailleurs rien à voir ensemble et qui sont dans une maison témoin sans vie. Dans ce cas, on peut commencer à faire tout un truc dans lequel on fait exploser le concept de famille qui m’allait bien et qui ne déplaisait pas à Hervé. Donc, on est parti là-dessus, mais je n’avais pas de référence narrative claire ou de type de série en particulier. Je savais juste que c’était du pur plot-driven et c’est devenu ma prison. Sur la saison 2, il y avait l’idée de créer un vrai binôme, un duel de femmes. Pour le coup, on a tout de suite pensé à Mulholland Drive et Thelma et Louise et tous les films qui pouvaient comporter des duels de femmes. Je m’en étais fait toute une liste. C’était beaucoup plus des références cinématographiques qu’autre chose.

On reviendra en détail sur la construction dans la saison deux. Je trouve que ce sera intéressant de les comparer parce qu’elles ont une structure narrative très proche. 

Oui, quand même !

  1. L’arche narrative , est un terme d’abord utilisé en littérature, pour désigner le chemin suivi par une histoire. Il s’agit d’une colonne vertébrale qui offre une vision globale de l’intrigue, avec un début, un milieu et une fin clairement identifiés. Ici, on parle de l’arche narrative du personnage de Toman par rapport au meurtre de ses parents en définissant tous les obstacles et les pistes qu’il va rencontrer au cours de la série. ↩︎
  2. Le CEEA (Conservatoire Européen de l’Écriture Audiovisuelle) est un des centre de formations pour scénaristes les plus reconnus dans le milieu de l’audiovisuel français que ce soit à travers leurs formations longues et continues. Il suffit de regarder le CV des créateurs des nombreuses productions télévisuelles qui sortent chaque année pour s’en rendre compte. ↩︎

Dans le prochaine partie de cet entretien, nous nous concentrerons sur Au-delà des Murs, unique série fantastique du duo Herpoux/Hadmar, mais surtout série unique dans son genre, presque en avance sur son temps sur bien des aspects.

De très chaleureux remerciements à Marc Herpoux pour sa gentillesse, sa générosité et son implication soutenue dans cette petite aventure.

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