Édito – Semaine 8

Nous en avons déjà parlé, la cinéphilie est une spirale sans fin, un long voyage sans réelle destination durant lequel chaque film nous mène à un autre dans une logique qui nous est propre et dont nous ne verrons jamais le bout. Un film n’est jamais qu’un film, il est une boussole, un phare nous conduisant tranquillement vers d’autres films, guidant nos pas dans des envies de plus en plus grandes. Adolescent, seuls un à deux films sortant chaque mercredi m’intéressaient. Creuser sa cinéphilie, découvrir des cinéastes, des acteurs, des actrices, des scénaristes, des directeurs de la photographie ou des compositeurs, c’est élargir sans cesse son horizon et donc avoir envie de tout voir. On devient certes plus sélectif avec le temps (et l’on s’épargne bien volontiers Madame Web alors qu’on aurait eu l’audace et l’inconscience de le tenter il y a encore quelques années) mais on a également envie de voir plus de films, de s’ouvrir aux premières réalisations et d’assister à l’émergence de certains artistes.

Ne parlons même pas des autres œuvres ne sortant pas en salles, celles qui existent déjà depuis bien longtemps, que nous n’avons pas vues et qui nous font terriblement envie. Il suffit que la Cinémathèque organise une rétrospective, celle d’Arthur Penn cette semaine, ou celle d’Anthony Mann en mars, pour que l’on consulte le programme, qu’on note les quelques séances où l’on pourrait aller et que l’on garde en tête tous les titres porteurs de désir et de stimulation tandis que l’on se fait la promesse de tout voir un jour, de consacrer un de nos fameux cycles (passionnants mais interminables) à ces cinéastes.

Dans la plupart des cas, on sait que le cycle n’est pas pour bientôt. Il y a deux ans déjà alors que l’on chroniquait le film Mise en scène with Arthur Penn, on se faisait la promesse de tout voir du cinéaste. A-t-on seulement vu un seul de ses films depuis ? Non et ce n’est pourtant pas l’envie qui nous manque. Pareil pour Anthony Mann : L’homme de l’Ouest est disponible sur MyCanal cette semaine et Les Furies l’est sur Prime Vidéo via le Pass Warner. Peut-être arrivera-t-on à les voir, peut-être que non. Chaque envie cinéphile contrecarre la précédente, il y a un temps pour tout, des humeurs parfois qui nous font préférer une comédie des ZAZ à un film de notre cycle Jarmusch (bloqué à Mystery Train depuis trois semaines maintenant) et c’est sans cesse ainsi. Notre pile / liste de films à voir ne désemplit pas, bien au contraire : pour un film vu, c’est trois films que l’on se rajoute. Parce qu’on a lu quelque chose dessus, parce qu’il vient d’arriver sur une plate-forme de streaming alors qu’on le cherchait depuis un moment, parce qu’il se fait rééditer en 4K… Il n’y a pas de mauvaise raison de voir un film, il y a seulement ceux qu’on a vus, ceux qu’on verra et ceux qu’on ne verra jamais. Et nous faisons tout pour réduire cette dernière catégorie, croyez-moi !

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