La Guerre des Gangs : Les Salopes Milanaises

Disponible depuis le 31 octobre dernier en la forme d’un combo Blu-ray et DVD aux éditions Elephant Films La Guerre des Gangs fut pour l’équipe rédactionnelle de Close-Up Magazine l’occasion de renouer en partie avec l’ Oeuvre tour à tour prolifique et un rien méconnue du très contre-culturel Umberto Lenzi, auteur de plus d’une soixantaine de longs métrages dont plus d’une vingtaine pendant la décade des années 1970, période durant laquelle ledit cinéaste se révéla être le véritable porte-étendard d’un sous-genre ultra codifié du Cinéma italien : le poliziottesco ou néo-polar italien, catégorie filmique contemporaine au giallo dépeignant le plus souvent le climat typiquement urbain et décadent des années dites « de plomb » , autant de films mettant un point d’honneur à esthétiser le syndicat officieux et crapoteux du crime dés-organisé, mélange de justiciers opérant dans le vil et le stupre mâtinés de corruption et de crapules toutes plus abjectes les unes que les autres…

Arborant sans vergogne son titre digne de la plus archétypale des séries B qui soient La Guerre des Gangs s’inscrit entièrement et logiquement dans le giron du poliziottesco : visuellement outrancier et ne s’embarrassant pas de densité scénaristique ledit métrage de Umberto Lenzi narre ni plus ni moins la confrontation de deux gangs bien distincts et fièrement sans foi ni loi, avec d’une part celui du réseau de prostitution de Salvatore Cangemi (Antonio Sabàto, acteur médiocre mais pleinement crédible en la figure de ce proxénète mal dégrossi dont l’élégance se résume au simple appareil d’un costard chic et pas cher, ndr) et celui d’une bande de trafiquants de drogue chapeautée par le mafieux français Roger Daverty (Philippe Leroy, intrigant en scélérat un tantinet inverti et un peu plus malin que son homologue sus-cité…) le tout dans une cité milanaise où le crime et les échanges interlopes semblent légion et au coeur de laquelle le corps féminin se trouve réduit au plus simple instrument de marchandise intellectuellement négligeable.

Amoral et doué d’un récit pour le moins indigent La Guerre des Gangs fait figure d’oeuvre filmique complaisante et décomplexée qu’il faudra impérativement resituer dans son contexte pour en apprécier la légitimité cinématographique. Vivier d’images déviantes et de sexualité débridée et craspec bien comme il faut le Cinéma italien des années 1970 était celui de toutes les possibilités graphiques et artistiques, décennie jalonnée de films aussi délirants que la trilogie animalière de Dario Argento (avec en point d’orgue le magnifique Quatre mouche de velours gris sorti en 1971, ndlr), les oeuvres de Massimo Dallamano comprenant entre autres choses le très bon poliziottesco La Lame infernale mais surtout l’excellent Mais… Qu’avez-vous fait à Solange ? (chef d’oeuvre du giallo italien s’il en est) ou encore Le Témoin à abattre du prodigue et prodigieux Enzo Castellari : autant de films dits de genre pétris de visions chocs et agressives empreintes de misogynie et de mâles despotiques, morceaux de cinéma aux allures de programmes généreux et souvent plein de belles promesses formées de plastiques féminines avantageuses et de violence cathartique délibérément grotesque, loin des refoulements frustratoires du Cinéma contemporain.

Ici les femmes sont toujours belles et taiseuses, objets de désir convoités par un Salvatore sexiste et moralement dégueulasse, maquereau dont l’arrogance n’a d’égale que la beauferie et le cynisme le plus notoire ; de ce point de vue la prestation d’Antonio Sabàto s’avère à la fois édifiante mais assez limitée dans sa portée, loin de ce que pourra donner celle du génial Tomas Milian dans le film suivant de Umberto Lenzi (La rançon de la peur, petit bijou du néo-polar italien sorti en 1974 et dans lequel l’acteur sus-cité incarne un malfaiteur pourri jusqu’à la moelle, littéralement « bad to the bone » , ndlr) : de ce plouc natif des contrées siciliennes et propulsé dans les mirages glauques et sordides des journées et des nuits milanaises Lenzi tire un personnage convaincant mais certainement trop peu nuancé pour que l’adhésion se fasse entièrement du côté des spectateurs. Quant à Philippe Leroy son interprétation demeure correcte mais sans réelle transcendance, heureusement aidée par un doublage français comme souvent drôlatique parmi les productions bis de l’époque, âge d’or de la technique sus-citée.

La Guerre des Gangs demeure en l’état un honnête poliziottesco, racé et porteur de promesses en grande partie tenues par Umberto Lenzi. A noter par exemple une séquence de torture en forme d’émasculation électrisante qui en dit long sur la vilenie des groupuscules joliment représentés par le réalisateur ; le film contient évidemment son lot de scènes de nudité et de soutiens-gorges grossièrement ajourés susceptible d’assouvir les fantasmes cinéphiles du public ciblé, principalement les hommes hétérosexuels en mal de chair féminine. Plaisant et divertissant, rien de plus.

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