La Mort remonte à hier soir : Débâcle à Milan

Une gamine de trois ans dans le corps d’une jeune femme de 25 ans, disparue depuis quelques temps ; son père à la démarche cacochyme parti à sa recherche, cognant contre l’indifférence d’un système policier sans pitié ; un flic tour à tour surmené et aguerri à la morale vertueuse mais aux idéaux bafoués ; son subalterne, plus jeune, juste bon à lui allumer ses clopes puis à conserver naïvement sa tignasse opulente… Tout ce quatuor mal assorti se débattra dans les bas-fonds d’une cité milanaise protégeant les plus riches mais condamnant les plus pauvres, système hypocrite où la mort est proche et toute fraîche, qu’elle soit présente au pied de votre porte où dans les rebuts d’une décharge accueillant perversement les poupées des petits enfants…

Poliziottesco de qualité La Mort remonte à hier soir marque l’apogée relative du genre, bien plus mature et consciencieux que bon nombre de films appartenant à cette catégorie. Moins complaisant que les œuvres – entre autres – du pourtant talentueux Umberto Lenzi et surtout plus profond d’un point de vue sociologique et même existentiel le néo-polar proposé par le méconnu Duccio Tessari (réalisateur principalement réputé pour la série des Ringo, suite de westerns spaghetti que l’auteur de ces lignes n’a pas encore eu la chance de découvrir…) nous plonge dans l’enquête d’un binôme de policiers incluant l’excellent Frank Wolff, second couteau récurrent du cinéma italien notamment présent dans Le Grand Silence de Sergio Corbucci et trouvant ici le rôle principal en la figure de l’amèrement désabusé Duca Lamberti… Flic intègre et solidement attaché à sa profession Lamberti se verra sollicité par Amanzio Berzaghi, père de famille meurtri par la disparition de sa fille intellectuellement amoindrie plus ou moins sujette à une certaine propension à la nymphomanie. S’ensuivra une errance joliment orchestrée par Tessari dans le coeur et la périphérie de Milan, ville tentaculaire à travers laquelle Lamberti et son acolyte Mascaranti se substitueront aux agissements de la brigade des moeurs, infiltrant les maisons closes pour mieux pactiser in fine avec une jeune prostituée noire couvrant curieusement son souteneur…

Si le film de Duccio Tessari reste en l’état assez factuel et souvent très voire trop narratif dans ses moments les plus faibles il n’en demeure pas moins fortement nuancé et bien moins caricatural qu’une majeure partie des poliziottesci de l’époque. Telle est la remarquable ambivalence de La Mort remonte à hier soir : sa capacité à déployer un véritable film de genre tenant ses promesses (une fois encore les amateurs de violence explicite et de sexualité débridée y trouveront leur compte, ndlr) tout en dépeignant la corruption d’une cité milanaise au coeur de laquelle les idéaux de Lamberti auront bien du mal à trouver grâce aux yeux des réseaux de prostitution peu ou prou décadents, moralement et activement. Cette pauvreté en termes de complaisance artistique constitue la qualité première dudit film, également rehaussé par la prestation du très bon Raf Vallone, impeccable en père de famille incompris par les instances et boiteux parmi les laissés-pour-compte…

Si le cinéma de Duccio Tessari s’avère pour un bon nombre de cinéphiles pratiquement inconnu ou du moins méconnu et mesestimé ce polar à l’italienne sorti à l’orée des années 1970 (et donc à l’aune des années de plomb, période retraçant l’une des pages les plus critiques de la société italienne d’après-guerre, ndlr) fait figure de belle surprise dont la présence de Frank Wolff impose à elle seule le visionnage d’une intrigue jamais loin du simple whodunit mais suffisamment complexe pour mériter son attention. Une petite surprise déjà disponible aux éditions Elephant Films depuis le 31 octobre 2023, en Blu-Ray et DVD agrémentés de solides bonus prolongeant notre plaisir…

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