La Cité des Enfants Perdus : Donnez-lui un rêve afin qu’il s’évade de sa réalité cauchemardesque

Comment aborder un film qui vous berce depuis vos 7 ans et que vous connaissez par cœur ? Comment aborder un film pour lequel vous vouez une passion sans faille ? Il nous semble tellement plus facile d’évoquer un coup de cœur lorsque le film vient d’être découvert. Être vierge de toute information ou de tout avis critique aide sérieusement à se pencher sur un sujet au moment d’écrire. Disponible sur Shadowz depuis une semaine, nous avons longuement hésité à gravir cette montagne que nous admirons depuis tant d’années. Pourtant, il nous semble essentiel de vous parler de La Cité des Enfants Perdus, ne serait-ce que pour les lecteurs les plus jeunes qui souhaitent s’aventurer vers notre patrimoine cinématographique. Le film de Jean-Pierre Jeunet et Marc Caro aura 30 ans l’année prochaine et il sonne résolument moderne et compte, à nos yeux, parmi les meilleurs films fantastique au monde (c’est vous dire si nous avons du mal à trouver les mots justes afin de ne pas donner l’illusion de crier vainement notre admiration). Cette séance Shadowz aura été l’une des plus difficiles à mettre en page.

A une époque indéterminée, au large d’une ville portuaire, le savant Krank vit reclus sur une plate-forme protégée par un champ de mines marines. Krank est dépressif car une tare génétique l’empêche de rêver et cette souffrance le fait vieillir prématurément. Aussi fait-il appel à une organisation sectaire et criminelle, Les Cyclopes, afin d’enlever des enfants dans le but de leur dérober leurs rêves. Seulement, quand il s’immisce dans les rêves de ces enfants, il n’y provoque que des cauchemars.

Difficile de condenser toutes les richesses du scénario de La Cité des Enfants Perdus sans trop en dévoiler. Notez que les quelques lignes ci-dessus ne sont que le point de départ d’une histoire formidable de laquelle vous pourriez bien ne jamais avoir envie de revenir. Il y a un tel panel de références qui s’y entremêlent qu’il est difficile de savoir précisément dans quels univers le duo de réalisateurs a été puiser : comme pour produire une recette parfaite, ils puisent dans le steampunk, l’expressionnisme allemand, le surréalisme ou encore le cyberpunk. A mi-chemin entre la fable fantastique, le conte de fées, la comédie noire ou encore l’horreur pure et dure, La Cité des Enfants Perdus est un film semblable à nul autre. Nous avons bien conscience que nous ne nous mouillons pas trop avec ce genre de commentaire. Pourtant, quiconque aimant l’univers de Jean-Pierre Jeunet sera d’accord pour affirmer que l’entièreté de la richesse de son cinéma se trouve au cœur de ce film. D’aucuns diront qu’il y avait déjà tout dans Delicatessen, le film précédent du duo, et ils n’auraient pas tout à fait tort. Pourtant, La Cité des Enfants Perdus va bien plus loin et dans tous les aspects. Sans pour autant nier la maestria de Delicatessen, nous l’avons toujours vu comme un « brouillon » de La Cité des Enfants Perdus. Tout y est maîtrisé de la première à la dernière seconde. A commencer par la mise en scène qui est d’une fluidité à rendre jaloux n’importe quel réalisateur. Tout est minutieusement pensé pour nous embarquer, dès les premières images, au cœur de ce conte atypique. La première séquence, un cauchemar qui rendrait hermétique n’importe quel aficionados des fêtes de Noël, est saisissante. Totalement dépourvue de dialogues, cette scène parvient à nous faire ressentir la tétanie dans laquelle se trouve le bambin qui est assailli par les pères-noëls. Grâce à des déformations de cadre, un étalonnage qui oscille entre le jaune et le vert peu rassurant et une musique angoissante (la partition musicale de Angelo Badalamenti est à tomber par terre), La Cité des Enfants Perdus annonce d’emblée la couleur : l’antagoniste a vraiment un très mauvais fond.

Outre la superbe ambiance et la mise en scène au cordeau, le film doit aussi énormément à l’implication de ses acteurs. Dominique Pinon, l’acteur fétiche de Jeunet, s’amuse comme un fou dans un rôle multiple. Il est l’élément comique du film, celui qui lui permet de ne pas sombrer dans l’horreur pure et dure et d’apporter cette notion de fable que lui sied parfaitement. Daniel Emilfork fait des ravages. Avec son physique imposant et son phrasé particulier, il campe l’un des méchants les plus terrifiants que le cinéma français nous ait offert. Jeunet et Caro exploitent à merveille les difformités de sa gueule reconnaissable entre mille. Jamais l’utilisation du grand angle n’avait été aussi bien exploitée. Et de physique particulier, le film en est remplit : entre François Hadji-Lazaro qui met sa forte corpulence au service de son rôle de tueur implacable et les sœurs siamoises aussi machiavéliques que malsaines, il y a de quoi nourrir vos futurs cauchemars. Ne prenez pas peur car le film n’est aucunement exempt de douceur également. Il met en dualité la perversité des adultes face à l’innocence et la pureté des enfants. Le cocktail opère à merveille et permet au film de trouver sans cesse le ton juste, ce qui lui confère par la même occasion une saveur différente selon qu’on le découvre à 15, 20, 30 ou 45 ans. C’est un film qui mûrit merveilleusement avec son spectateur et qui lui apporte tellement de belles choses sur la manière d’appréhender les tracas du quotidien. De plus, il n’est jamais misérabiliste avec ses antagonistes, bien au contraire. Nous prenons en pitié Krank qui n’est rien d’autre qu’un grand enfant qui aspire à retrouver l’innocence d’un sommeil insouciant. C’est en ce sens que La Cité des Enfants Perdus est une réussite totale : il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises personnes, justes des personnages nuancés avec des rêves et des espoirs brisés et qui doivent faire face aux dures réalités de la vie.

Nous aurons du mal à nous épancher plus longuement sur La Cité des Enfants Perdus tant c’est un film si riche et complexe que nous avons vu des dizaines de fois, mais dont nous saisissons à peine la substantifique moelle. Formellement, c’est probablement l’un des meilleurs films fantastique jamais réalisé par chez nous et, a fortiori, le meilleur film de Jean-Pierre Jeunet (dont la collaboration avec Marc Caro manque cruellement aujourd’hui). La copie restaurée en 4K est à découvrir sur Shadowz et vous émerveillera à coup sûr. Ne passez pas à côté de ce que nous estimons être, à bien des égards, un indispensable du cinéma, tout simplement !

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Article réalisé dans le cadre d’un partenariat avec la plateforme Shadowz.

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