L’enfer des armes : Hong Kong on fire

Troisième film du grand Tsui Hark, pape du cinéma hongkongais depuis les années 80, L’enfer des Armes n’a pas perdu de sa radicalité. Brûlot enragé sur la situation politique tendue du Hong Kong de l’époque, on ne verra finalement que rarement un tel déchaînement de violence dans la suite de la carrière du cinéaste. Voilà peut-être une des explications possibles derrière la disparition du film sur nos écrans pendant de longues années ? Heureusement, Splendor Films est là pour remédier à ce manque puisqu’ils le ressortent en version restaurée 2K pour la première fois en France. Ne boudons pas notre plaisir et laissons-nous embarquer par la crasse et la violence de ce Hong Kong, digne des cités les plus malfamées du monde occidental, où se côtoient les ordures, les bâtiments délabrés et la misère la plus voyante.

Une fois n’est pas coutume, surtout à cette période de la carrière de Tsui Hark, ne comptez pas sur une quelconque fluidité narrative de la part du cinéaste. Il va vous embarquer dès les premières minutes dans la folie de sa mise en scène sans prendre la peine de vous donner toutes les clés de compréhension. Chez Tsui Hark, c’est l’image et l’énergie qui priment, peu importe si certaines informations sont perdues en cours de route. Sans dévier dans la radicalité des The Blade ou des Time and Tide, il va falloir s’accrocher pour tout comprendre. Heureusement, l’histoire est ici relativement accessible dans sa base : trois jeunes anarchistes de bonne famille tuent un homme par accident et se font embarquer dans une virée nihiliste et meurtrière par une sadique du même âge, témoin de leur crime. Le personnage de la jeune fille interprétée par une Lin Chen-chi aussi magnétique que terrifiante porte toute la radicalité du film. Faisant souffrir pour le plaisir (notamment les animaux qui tombent sous sa main), elle est prête à tout pour arriver à ses fins, surtout quand il s’agit de vengeance. On pense à cette scène ahurissante où celle-ci essaye de brûler vifs ses compagnons qui l’ont trahi après les avoir aspergés d’essence. Quand un voyou essaye de la draguer en lui montrant ses testicules, elle n’hésite pas à balancer sa cigarette dans le caleçon du malheureux. Dans le monde de L’Enfer des armes, personne n’est bon ou mauvais, personne ne mérite la rédemption… Seule la violence vient mettre un terme à la gesticulation de la proie face au prédateur qu’elle n’avait pas vu venir. Le destin tragique de tous les personnages est là pour le démontrer.

Cette jeunesse insolente est gangrénée par une violence sociétale qu’elle reproduit sans en comprendre les raisons. Tous jouent à se tirer dessus, à se frapper, même les éduqués n’ont pas besoin d’être beaucoup poussés pour tomber dans l’affrontement et la violence. Attentats, coups de feu, tabassages, voilà les images d’archives qui viennent conclure un film au goût amer tant le nihilisme vient tout faucher sur son passage. La longue scène de fusillade est sur ce point aussi nanardeuse que réussie. Avec des moyens qu’on devine plus que limités, Tsui Hark arrive à déployer une tension soutenue et vicelarde dans ses conséquences, à l’image de ce jeune qui se fait descendre par son ami par accident alors que celui-ci était déjà blessé et menotté. Néanmoins, il faut reconnaître que L’Enfer des Armes est un film de début de carrière qui pèche par un rythme en dents de scie, une certaine mollesse heureusement rattrapée par les fulgurances déjà citées. Le redoublage approximatif des acteurs aura raison de la patience des spectateurs les moins avertis, tout comme le jeu outrancier des acteurs américains dont on a bien du mal à savoir s’il s’agit de premier ou de second degré. La maestria de Tsui Hark n’est pas encore là, mais toutes les prémisses sont réunies pour son éclosion future. Cela tombe bien puisque l’année d’après sortira un chef-d’œuvre : Zu, les Guerriers de la Montagne Magique.

Mis en musique avec des bandes-sons volées à droite et à gauche, les connaisseurs reconnaîtront certains morceaux de Tangerine Dream, Jean-Michel Jarre ou John Carpenter pour leur plus grand plaisir.  L’enfer des armes représente tout ce que les années 80 ont pu produire de plus subversif à une époque où le cinéma hongkongais n’avait pas encore atteint l’apogée qu’on lui a connu dans les années 90 avant sa rétrocession à la Chine. Si vous avez raté le film au PIFF, la courte sortie en salle est la parfaite manière de rattraper ce film si particulier qui a sans aucun doute marqué toute la génération qui l’a découvert sans être préparée.

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