Beaten to Death : Fight to survive

L’Ozploitation est un courant qui fascine depuis la création de la classification R au début des années 1970. On ne compte plus les bobines qui ont fait date dans l’histoire des films d’exploitation venus d’Australie. De Mad Max à Wolf Creek en passant par Wake in Fright ou encore The Loved Ones, les exemples de films de genre issus du pays des kangourous font légion au sein de la sphère cinéphile. Pourtant, il ne s’agit que d’une infime partie des productions du pays qui parviennent à sortir de ses frontières pour arriver jusqu’à chez nous. De fait, lorsque Shadowz nous offre une nouvelle exclusivité venue tout droit de là-bas, difficile de ne pas céder à la tentation d’en découdre avec. Troisième long métrage du réalisateur Sam Curtain, Beaten to Death est un film conceptuel dont le titre justifie à lui-seul son existence. Il n’y aura pas de fioritures, juste un homme qui lutte pour survivre. Choix aussi audacieux que casse-gueule que de faire tenir l’entièreté d’un film sur un pitch aussi minimaliste soit-il, mais qu’importe, nous aimons relever les défis proposés par Shadowz.

Une mauvaise décision pousse Jack dans un engrenage d’horreurs et de souffrances. Il va devoir lutter contre un homme enragé, le désert et sa propre folie pour tenter de survivre.

Profondément nihiliste et sacrément violent, Beaten to Death est une proposition radicale qui ne plaira certainement pas à tout le monde. Pur concentré de violence machiste de toute part, le film de Sam Curtain malmène son héros dans une lutte sans fin face à des rednecks particulièrement détraqués. Le film s’ouvre sur un passage à tabac d’une âpreté sans équivoque et aura probablement raison des spectateurs les plus sensibles. Pour le reste de l’auditoire encore debout une fois l’introduction terminée, le voyage de Jack ne va pas les ménager. Beaten to Death convoque des films que nous connaissons tous, Massacre à la Tronçonneuse en tête. Les similitudes avec le film de Tobe Hooper sont évidentes : chaleur oppressante, personnages dysfonctionnels, sensation d’emprise de laquelle il est impossible de réchapper… Cependant, Sam Curtain joue malicieusement avec les décors naturels de l’outback afin de se détacher pleinement de la puanteur suintante du Texas de chez son homologue américain. La plus grande force du film réside d’ailleurs dans sa direction artistique. La sensation d’isolation et de densité du désert australien sont parfaitement retranscris. On appréciera d’autant plus un réel effort dans la mise en scène qui nous permet de ne jamais s’ennuyer dans l’errance douloureuse que subit le héros. Nous vivons sa désolation et l’emprise que l’environnement a sur lui avec une empathie certaine. Il faut d’ailleurs souligner la très belle performance de Thomas Roach qui passe l’entièreté du film à être couvert de sang et de boue séchée.

Si les acteurs délivrent une jolie performance et que la mise en scène est vraiment soignée (certains plans sont vraiment ingénieux), on ne peut pas en dire autant du scénario, malheureusement, cousu de fils blancs. Nous le soulevions en préambule, mais le pari est aussi audacieux que bancal que de parvenir à tenir en haleine sur un simple concept de passage à tabac. Si les séquences brutales sont vraiment craspecs (la scène d’énucléation est aussi rebutante que fascinante, avec quelques plans en vue subjective qui donne un vrai cachet à la scène), on ne peut que déplorer l’inconsistance des personnages. Le montage alterne entre trois temporalités pour dérouler son récit et nous permettre d’en apprendre plus sur Jack et sa petite amie. Seulement, ces séquences resteront mollement en surface et ne nous permettront jamais de comprendre véritablement pourquoi le couple s’est retrouvé dans une telle galère. Si le mobile du premier passage à tabac est élucidé, quid de ce qui pousse Jack et sa petite amie à prendre un tel risque ? Le film nous révèle que c’est la seule solution qu’ils ont pour sauver leur couple, mais il faut bien avouer que cela embrouille plus que de donner de vraies réponses. Surtout qu’en tuant le premier assaillant dès les premières minutes du film, nous nous doutons bien qu’il va falloir se méfier de toutes les potentielles rencontres. Ainsi, le film enchaîne les surprises qui n’en sont pas pour nous amener péniblement vers l’inévitable final qui, bien qu’il soit formellement très beau à regarder (une fois encore, la mise en scène fait des prouesses), ne nous apprend rien de plus. Nous avons donc passé 1h30 à regarder un homme souffrir et dépérir. La gratuité atteint donc sa limite et Beaten to Death risque fort de ne pas plaire à un grand nombre de spectateurs tant il n’a aucun personnage profondément complet à nous apporter et, par conséquent, aucune empathie à faire naître.

Beaten to Death est un film à la mise en scène extrêmement soignée et dans lequel les acteurs se donnent corps et âme. Il y a une vraie réflexion sur la manière de filmer la violence qui confère une vraie plus-value au film. Quel dommage qu’il n’embellisse jamais ses personnages et ne leur offre aucune consistance. D’un potentiel vrai film choc, Beaten to Death devient un moment sympathique mais qui se consomme avec autant d’appétit qu’un fast-food…rien de mémorable en soit.

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Article réalisé dans le cadre d’un partenariat avec la plateforme Shadowz.

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