Argylle : La vérité ne meurt jamais

Nous les attendions tous et ils sont enfin là : Henry Cavill avec une coupe en brosse, Dua Lipa en femme fatale et Sam Rockwell en action hero ! Matthew Vaughn a encore concocté une comédie d’espionnage dont lui seul a le secret, après ses trois Kingsman qui ont séduit tant de spectateurs. Point de gentlemen dandys dans celui-ci mais un nom, un seul, mystérieux et sur toutes les lèvres, résonnant presque comme un code : Argylle. Attachez-vos ceintures, ça va décoiffer !

Alors que l’on imagine Argylle (Henry Cavill avec son audacieuse coupe en brosse) comme un nouveau super-espion du Cinéma, rivalisant avec James Bond et Ethan Hunt, et bien on a tout faux ! En réalité, le spectateur découvre au bout des dix premières minutes que le fameux Argylle n’est qu’un personnage fictif créé par Elly Conway (Bryce Dallas Howard), une romancière à succès, célibataire et vivant avec son chat. Malheureusement, sa vie bien tranquille s’apprête à être dynamitée lorsque de vrais espions tentent de la capturer alors qu’elle aurait prédit dans ses romans de véritables événements géopolitiques top secret. Elle va devoir alors se fier à l’agent Aiden Wilde (le génial Sam Rockwell), un hurluberlu qui ressemble davantage à un hippie allemand qu’à un espion surentraîné. Les voilà partis pour une virée dantesque, dans laquelle Elly va tenter de démêler le vrai du faux et peut-être apprendre deux ou trois trucs sur le monde qu’elle décrit dans ses bouquins.

L’idée de départ n’est pas du jamais vu, mais elle reste très astucieuse, nous prenant dès le début du film par surprise et instaurant immédiatement une règle : ne nous fions pas à ce que nous regardons. Pendant plus de deux heures, Matthew Vaughn va nous balader avec un plaisir manifeste, de révélation en révélation, jusqu’à nous laisser complètement épuisés sur notre siège. Ce jeu, il le met en place aussi dans sa mise en scène. Elly va par exemple avoir des hallucinations et voir son personnage fictif Argylle, toujours beau et séduisant, en pleine baston à la place de Aiden Wilde, beaucoup moins élégant. Le jeu de contraste entre ce fantasme d’espion, impeccable sous tout rapport et la réalité incarnée par Sam Rockwell est l’un des ressorts comiques les plus forts et les plus assumés du film. 

Et c’est bien ce qui fait son intérêt. Le film raconte une romancière découvrant comment la réalité est bien moins sexy que celle qu’elle décrit dans ses livres. D’avoir choisi un acteur comme Sam Rockwell, mal rasé, mal coiffé, bourru et dont le physique est à peu près à l’opposé de celui de Henry Cavill est l’une des meilleures idées du film puisqu’elle permet de « normaliser » une star d’action. Ce n’est pas parce qu’il n’est pas bodybuildé et habillé en costard que l’agent s’avère mauvais. Au contraire, l’habit ne fait pas l’espion, et Sam Rockwell reste parfaitement taillé pour le rôle, nous confirmant son potentiel badass à chaque scène de combat. 

Cette logique de déconstruction du cliché du film d’espionnage est au cœur du film jusqu’à la fin, mais une politique de non-divulgâchage nous empêche d’en dire davantage. Tout ce que l’on peut vous annoncer, c’est que Bryce Dallas Howard ne se laisse aucunement distancer par Rockwell et Cavill et va, en temps voulu, elle aussi revêtir sa veste de star d’action bien vénère. Matthew Vaughn livre un film paradoxal, à la fois sur la déconstruction d’un genre mais aussi sur son réenchantement. 

Lorsque l’on constate après le visionnage de The Killer de David Fincher, qu’en fait, n’importe qui peut hacker n’importe quoi puisque tout est devenu accessible, Matthew Vaughn remet à l’honneur l’espionnage comme une profession dite « à l’ancienne ». Même s’il confère une apparence plus ou moins lambda aux fameux espions, il ne lésine pas sur les compétences nécessaires pour faire ce métier et sur l’arsenal de gadgets et de technologie auxquels ils ont recours.

Donc, si l’on résume, tout le monde peut écrire un roman d’espionnage, mais tout le monde ne peut pas devenir un espion ; les agents secrets ressemblent à votre daron avec dix cafés dans le sang et un chat n’a jamais été aussi important. Si vous avez bien intégré tous ces paramètres, alors vous pourrez apprécier Argylle comme il se doit. Veillez simplement à rester jusqu’à la toute fin (clin d’oeil) !

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