Audrey Rose : L’enfant d’un autre…

Poursuivant son travail autour du cinéma de Robert Wise tout en ajoutant un nouveau titre à sa collection Angoisses, Rimini Editions a sorti Audrey Rose en fin d’année dernière dans une édition une fois de plus soignée, réunissant le DVD et le Blu-ray du film ainsi qu’un livret écrit par l’incontournable Marc Toullec. Faisant partie de ces cinéastes dont la carrière éclectique n’a jamais cessé d’être passionnante même quand elle touchait à sa fin, Wise livre ici une œuvre profondément singulière, à contre-courant des productions de l’époque vu son sujet.

En effet, Audrey Rose est un des rares films du cinéma américain à aborder le thème de la réincarnation avec sérieux, ne laissant jamais son argument fantastique parasiter le récit. Alors que la mode de l’époque est aux adolescents possédés (L’Exorciste) ou aux enfants démoniaques (La Malédiction) commettant leurs exactions à grand renfort d’effets spéciaux gores et spectaculaires, Audrey Rose en emprunte volontairement le chemin inverse, le scénario de Frank De Felitta écrit d’après son roman ne s’inscrivant pas dans cette veine. Une veine que suit scrupuleusement Robert Wise, peu intéressé ici par la dimension potentiellement horrifique et spectaculaire de son histoire. Pas vraiment un film d’horreur, Audrey Rose se plantera (sans surprise) au box -office lors de sa sortie, son approche très sérieuse sur le plan théologique en déboussolant plus d’un mais constituant aujourd’hui sa plus grande force.

Audrey Rose, c’est le nom de la fille de Elliot Hoover (Anthony Hopkins, un an avant sa prestation démente dans Magic), décédée 11 ans auparavant, brûlée vive dans une voiture suite à un accident ayant également emporté sa mère. Fou de chagrin, Hoover a effectué un voyage spirituel et rencontré plusieurs médiums. De fait, grâce aux indices donnés par l’un d’entre eux, il est persuadé qu’Ivy Templeton, 11 ans, n’est autre que la réincarnation de sa fille. Ivy est en effet en proie à de terribles cauchemars et semble revivre un affreux traumatisme. Tâchant de persuader Janice et Bill, les parents d’Ivy, qu’il dit la vérité, Hoover se heurte au scepticisme de Bill quand Janice semble prendre en compte les faits étranges entourant sa fille. L’affaire ira jusqu’au tribunal, Hoover voulant faire reconnaître ses droits de père sur Ivy / Audrey Rose…

Si l’approche anti-spectaculaire du film et le sérieux de sa tonalité déroute, quitte à parfois nous faire décrocher du récit lors d’une première partie un brin laborieuse (mais nécessaire), elle constitue indéniablement sa plus grande singularité. En préférant se concentrer sur les implications réelles que la réincarnation aurait sur nos vies, Audrey Rose apporte un vibrant témoignage sur le sujet, opposant avec intelligence les points de vue.  La partie judiciaire du récit, que Wise n’aimait guère, est pourtant éclairante et sa tournure inattendue redynamise un film dont on se demandait bien où il allait aller. En osant livrer avec sérieux ces scènes de tribunal, Robert Wise achève de faire basculer son film dans une autre tonalité, déconcertante mais passionnante.

Plus audacieux encore, Wise fait d’une séance d’hypnose le moment le plus spectaculaire du film, seulement aidé d’un sens affiné de la mise en scène et du jeu (franchement puissant) de l’actrice Susan Swift dont le personnage est amené à revisiter des souvenirs d’enfance puis sa vie antérieure… Avec peu d’éléments, Wise réalise un pur moment de tension, faisant monter la pression avec une véritable maîtrise du suspense, amenant cette séance à se conclure par un final déchirant mais profondément logique.

Si Audrey Rose, par sa nature hybride, manque de toujours passionner en refusant de se conformer à ce qu’il aurait dû être, il n’en demeure pas moins profondément fascinant et singulier, adoptant une démarche rarement vue dans le cinéma américain, tout en prouvant le talent, ô combien précieux, de son réalisateur, décidément capable de tout puisqu’il filmera deux ans plus tard l’équipage d’un vaisseau spatial en pyjama dans le premier long métrage Star Trek. Mais c’est une autre histoire…

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