Le retour : Errances corses

Forte du succès de La Fracture en 2021, Catherine Corsini avait annoncé dès ce printemps revenir avec un nouveau long-métrage, très attendu, en somme. Il faut dire que la réalisatrice s’était saisie des problématiques sociétales sans difficultés dans La Fracture qui lui avait valu nombre de nominations aux Césars 2022. Elle remet donc le couvert avec Le Retour, long métrage disponible en Blu-Ray et DVD chez Le Pacte depuis le 2 Novembre. A la croisée du récit personnel et d’une multiplicité de petites histoires qui s’entremêlent pour donner un condensé de problématiques sociétales, Le Retour s’avère être aussi satisfaisant à regarder, que frustrant. 

La réalisatrice nous emmène cette fois-ci en Corse, lieu d’accueil de Khédidja et de ses deux filles durant un été. La mère de famille se voit proposer l’opportunité de s’occuper des enfants d’une riche famille Parisienne venue passer son été en Corse. C’est en réalité pour elle un retour sur l’île, qu’elle avait quitté avec ses filles des années auparavant dans de sombres circonstances. C’est à la fois un retour, comme un récit d’apprentissages pour ses deux filles, Jessica et Farah. 

Par sa composition, la première séquence nous rappelle Un petit frère de Léonor Serraille : tout comme dans la fresque familiale de la jeune réalisatrice, apparait une mère et ses deux enfants, tournées vers un périple dont on ne sait la destination ni l’origine. La première séquence nous transporte donc directement vers l’intrigue. C’est celle d’un départ, d’un départ dont les deux filles en bas-âge nous aucune connaissance. La mère de famille se retrouve avec ses deux enfants dans un port, baigné par le soleil. Ce qui ressemble à un départ en vacances se fait engloutir par le chagrin de Khédidja, qui pleure à chaudes larmes, mais silencieusement. Dès lors, les intentions de la mère sont données, et ce pour la durée de tout le film : elle protège ses filles, quoi qu’il en coûte, qu’importe ce qu’il faut leur cacher. Quelques années plus tard, la petite famille composée de ces trois bouts de femmes prend le chemin inverse, sourire aux lèvres, regard à l’horizon. Nous sommes à la fois déboussolés, et intrigués. L’arrivée en Corse de Khédidja et de ses deux filles va répondre aux multiples questions auxquelles nous n’avons pas les réponses, comme tenter d’incorporer multiplicités de problématiques sociétales. On ne peut malheureusement que présenter Le Retour de la sorte, puisque le visionnage nous laisse sur notre faim. Il y a cette impression d’utilisation à gros sabots de clichés pour souligner le racisme, les différences de classes, ou encore l’épouse mise de côté. Pourtant, Le Retour offrait dès le départ la possibilité d’aborder ces tensions d’une manière intéressante, notamment puisque la Corse offrait un nouveau terrain de jeu lui-même composé d’autres problématiques. 

Et justement, la Corse n’est pas ici dépeinte par le biais d’une véritable carte postale. Tous les plans sont épurés, d’un naturalisme à couper au couteau (presque autant que l’accent vraiment trop appuyé du jeune homme corse). On apprécie cette volonté de ne pas romantiser un espace qui peut être non accueillant : c’est d’ailleurs le cas pour Khédidja, expliquant finalement ne s’être jamais sentie à sa place dans un endroit si chaleureux, mais si enfermant. C’est appréciable de voir son désamour envers la Corse s’illustrer par de simples plans comme l’on regarderait un paysage sans aucun charme. 

Sa relation complexe avec la Corse comme son histoire personnelle sont autant d’atouts dans cette œuvre sentimentale, mais pas dégoulinante. Le personnage de Khédidja est tout en retenue, parfois trop. On aurait aimé en savoir plus sur elle, sur ce qu’elle ressent, notamment lorsqu’elle a la sensation que la famille qu’elle a construit s’écroule en quelques minutes. Le Retour se ressent finalement comme un récit d’apprentissage, qui éclipse sans problème l’histoire familiale. La focale est davantage sur les deux sœurs, et donc sur des clichés bien trop gros. On a d’un côté la plus jeune qui vend de la drogue dès le premier jour, car elle a besoin de se faire de l’argent, et surtout, elle a les épaules pour le faire : elle a un gros caractère. L’autre fille est très sérieuse, destinée à entrer à Sciences po, et se rapproche de la fille aînée de la famille bourgeoise. Elle est calme, sensée. Alors, la première partie de l’oeuvre n’arrive pas à nous étonner : on souffle constamment face à tant de clichés qui n’apportent strictement rien au film. Ils sont légèrement déconstruits par la suite lorsque Jessica découvre qu’elle a des sentiments pour son amie, et s’emmure dans une colère et un laisser-aller qui montrent une nouvelle facette d’un personnage qu’on pensait figé. Il pourrait en être de même pour Farah, mais on retiendra davantage qu’elle succombe au charme de Orso, qui l’avait auparavant menacée et violentée lorsqu’il avait découvert qu’elle lui avait volé de la drogue. Bref, retournement de situation quelque peu étonnant. Le Retour a peut-être cette tendance positive – comme négative – à s’éloigner de l’histoire proposée. On a finalement affaire à une œuvre atmosphérique, bercée par les expériences différentes des deux sœurs, à la Call me by your name.

La force du dernier long métrage de la Franco-Corse réside finalement dans les prestations des deux jeunes actrices : malgré une écriture assez grossière de leurs personnages, elles sortent de leurs carcans pour donner vie aux personnages qui auraient pu être plus travaillées dans leurs ambiguïtés. Et de ce fait, elles éclipsent sans problème les personnages secondaires, qui ne sont ni creusés ni intéressants. Orso comme Gaia existent par leurs simples capacités à être à un moment donné les intérêts amoureux des deux adolescentes, les éveillant à l’amour et aux plaisirs charnels. Réside malheureusement cet arrière-gout de polémique de plus dans le monde du cinéma, au visionnage. Bien que le film en question aborde des problématiques liées à l’identité, à la sexualité, on ne peut que déplorer les accusations d’attouchements ayant eu lieu sur le tournage. Cependant, rien n’a été prouvé. Il faut donc essayer de voir ce film tout en essayant de mettre de côté cette polémique. Il est peut-être plus sage de s’attarder sur la réussite d’avoir abordé ces thèmes si peu chers aux réalisateurs français, d’avoir réussi à intégrer des personnes racisées et féminines, mais aussi d’avoir mis en évidence les différences de classes sociales si présentes entre les deux familles. 

Malgré des inégalités de rythme et ce triste parfum de polémique, il est tout de même important de souligner à quel point ces histoires là sont encore bien trop rares au sein de notre cinéma français, et pourtant passionnantes. Le Retour est un film sympathique à regarder, bien que décevant en terme d’enjeux. 

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