Horror Hotel : Burn witch, burn !

Dernier arrivé de la collection Cauchemar chez Sidonis Calysta, Horror Hotel est le premier long métrage réalisé par John Llewellyn Moxey. Tourné en 1959, mais sorti dans nos salles uniquement en 1965 et tombé dans le domaine public américain suite à une négligence concernant ses droits d’exploitations, Horror Hotel est un film qui a eu droit à une multitude d’éditions DVD, souvent de piètre qualité compte tenu des transferts médiocres utilisés. Malgré ses innombrables exploitations en vidéo, le film demeure encore assez inconnu. Les aficionados de Christopher Lee doivent être les rares à connaître le film. Fort heureusement, Sidonis nous permettent enfin de pouvoir le découvrir et dans des conditions optimales. L’éditeur nous offre une copie blu-ray absolument somptueuse. Le contraste des noirs et des blancs est d’une propreté limpide. Un achat plus que recommandable en des temps où le support physique n’a jamais été au plus mal.

Une étudiante est envoyée par son professeur dans un village perdu faire des recherches sur des pratiques anciennes de sorcellerie. Arrivée dans son hôtel, elle commence à entendre d’étranges bruits qui semblent provenir d’une trappe dans sa chambre.

Tourné quasiment au même moment où Alfred Hitchcock travaillait sur Psychose, Horror Hotel nourrit une similitude avec ce dernier qui ne peut pas relever du simple hasard. En espérant que vous, chers lecteurs, ayez vu Psychose (on ne voudrait pas vous gâcher le plaisir, toujours puissant, de la découverte du chef d’œuvre de Hitchcock) ainsi que notre film du jour. En effet, Horror Hotel jouit d’un twist surprenant en milieu de métrage en décidant de faire disparaître celle que l’on pensait être l’héroïne. Il redistribue toutes les cartes et confère aux personnages secondaires une importance plus forte que celle que nous pensions. Tour de passe-passe très habile et qui permet de garder le spectateur en haleine jusqu’à sa séquence finale d’une étonnante maîtrise. Le film brouille les pistes rapidement en embrassant son sujet radicalement. Il ne s’agit pas de tenter de comprendre si la sorcellerie est réelle, mais de savoir quel héros survivra en fin de cérémonie. Du point de vue souhaité par le réalisateur, son film tient plus du survival que du film d’enquête. Véritable œuvre fantastique qui joue sur les apparitions spectrales en croisant le monde du réel et celui de l’au-delà, Horror Hotel sonne terriblement moderne pour un film de 1960. Le soin apporté aux éclairages en fait une œuvre atypique qui a probablement inspiré l’âge d’or des films de la Hammer, mais pas seulement. On pense aussi aux films de Mario Bava des années 60 qui s’est allégrement inspiré du cinéma anglais pour parfaire son style. Du côté français, nul doute que l’esthétisme de Horror Hotel a eu une influence plus ou moins forte sur le travail de Charles Belmont lorsqu’il s’est attelé à L’écume des Jours. Des analogies de la sorte, on pourrait en sortir des tas d’autres tant Horror Hotel sonne résolument comme une œuvre matricielle de ce que sera le cinéma fantastique au tournant de son âge d’or. Comment se fait-il qu’un film pareil n’ait pas la réputation qu’il mérite ? Une fois encore, seuls le format physique et une ligne éditoriale pointue peuvent ressusciter de tels joyaux.

Fort possible que le film soit tombé aux oubliettes faute de succès critique et/ou public à l’époque si bien que John Llewellyn Moxey ne réalisera que deux autres longs métrages ensuite juste avant d’abandonner le grand au profit du petit écran. A la télévision il sera nettement plus prolifique et travaillera sur des séries à succès comme Chapeau Melon et Bottes de Cuir, Le Saint, Kung Fu, Drôles de Dames, Magnum, Deux Flics à Miami ou encore Arabesque. Ce qui pourrait, éventuellement, desservir Horror Hotel provient du jeu outrancier des antagonistes. Autant la sorcière et ses disciples ne freinent en rien notre plaisir puisque, nous l’avons dis ci-dessus, le film prend le parti de ne pas cacher son aspect fantastique. Seul élément dommageable : la révélation du double-jeu de Christopher Lee (le professeur de sorcellerie) qui officie comme rabatteur qui amène les futures victimes au village. Nous aurions pu garder sa fourberie pour une ultime révélation lors de l’épilogue qui aurait permis au film d’obtenir un second twist, à l’image du Psychose et de sa superbe révélation finale. En lieu et place, Horror Hotel dévoile le machiavélisme de Lee dès sa première scène, quel dommage ! Voilà probablement ce qu’il manque à Horror Hotel afin de côtoyer les mêmes astres que le film de Hitchcock : un final qui retourne les convictions du spectateur afin de le berner une ultime fois. Il ne lui manque que cet infime détail tant le final du film renferme tout ce qu’on peut espérer : une tension alimentée en permanence, un sacrifice héroïque qui combat le mal par une intervention divine (les disciples qui prennent feu montre une vraie prouesse technique, les comédiens sont véritablement enflammés) et les décors glauques finissent de dessiner les contours d’un univers diablement maîtrisé. Il faudrait être sacrément difficile pour ne pas tomber amoureux d’un travail aussi exemplaire, Horror Hotel mérite amplement d’être réhabilité.

Sacrée découverte et jolie surprise qui pointe le bout de son nez chez Sidonis, Horror Hotel se doit d’avoir une place de choix au cœur de votre collection. Une fois encore, le master du blu-ray est somptueux. L’édition est de très bonne facture et fera un cadeau idéal à nicher au pied du sapin cette année en plus de faire découvrir un film mineur du cinéma fantastique britannique, mais aux influences qui, elles, sonnent indéniablement majeures. Horror Hotel est, ni plus ni moins, un film indispensable.

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