Shaun of the Dead : Bière, amour et morts-vivants

Jusqu’à quelle limite êtes-vous suffisamment à l’aise pour rester le plus objectif possible lorsqu’il s’agit d’émettre votre avis sur un film ? Voilà la question qui nous taraude depuis que les trublions de chez Shadowz ont annoncé la mise en ligne du phénoménal Shaun of the Dead. Comédie horrifique culte pour les gens de notre génération, nous ne comptons plus les multiples fois devant lesquelles nous nous sommes retrouvés devant le film. De fait, comment parvenir à vous en parler sans risquer d’être perturbé par tout l’amour que nous lui portons ? C’est une question qui restera sans réponse, nous avons décidé de nous laisser guider par le sentiment de bien-être que nous procure le film. Et puis, pourquoi s’évertuer à s’enfermer dans un rôle journalistique qui ne nous sied guère ? Nous avons toujours laissé parler nos sentiments avant tout, alors à quoi bon chercher du subjectif dans un exercice qui, par escient, demeure terriblement objectif. C’est le moment de vous servir une bonne pression bien fraîche et de vous laisser transporter par la séance Shadowz de la semaine.

Métro, boulot, dodo. C’est à peu de choses près la vie de Shaun, trentenaire britannique, vendeur de télévision sans ambition dont la vie sentimentale n’est guère plus réjouissante. Une invasion de morts-vivants dans sa petite vie de zombie va alors changer la donne.

On a souvent tendance à penser que Shaun of the Dead est le premier long métrage réalisé par Edgar Wright : c’est faux ! En dépit du fait qu’il soit son second film, on peut, sans conteste, signifier le début de sa belle carrière au moment de la sortie de Shaun of the Dead. Disons que toute la première partie de la carrière de Wright (aussi passionnante soit-elle) entre ses projets télévisés et son premier film sert de fondation à ses énormes ambitions. Il va laisser éclater toute sa créativité avec ce second long métrage. Premier volet de la trilogie Cornetto du réalisateur, Shaun of the Dead côtoie plusieurs genres pour créer une œuvre unique et profondément riche. De la parodie à l’hommage en passant par la comédie et le survival, Shaun of the Dead est l’exemple typique du film de sale gosse sur lequel il faut prendre exemple. Écrit par Simon Pegg et Edgar Wright, le scénario allie parfaitement les envies de rendre hommage aux papas du genre (George A. Romero en tête, mais aussi John Carpenter ou encore Lucio Fulci) tout en se montrant terriblement novateur dans la manière d’appréhender un genre d’apparence usé. Sorti en 2004, juste avant l’ultime vague qui va sucer le genre jusqu’à la moelle (notamment par la popularité de la série The Walking Dead en 2010), Shaun of the Dead est la réponse britannique à l’insolence des premiers films de Peter Jackson ou encore Sam Raimi. Parvenant à s’approprier l’humour pince sans rire caractéristique du cinéma britannique avec les ambitions artistiques d’une superproduction américaine, le film est une démonstration d’un parfait alignement des planètes. Entre la plume acérée de Simon Pegg, sa complicité évidente à l’écran avec Nick Frost et la folie créatrice de Wright, rien n’entache le bon déroulé du film. Sans sortir l’artillerie lourde qui fait l’identité du cinéma de Wright désormais, le réalisateur épouse son sujet avec un amour prépondérant rendant son film difficilement détestable tant il transpire la sincérité.

Shaun of the Dead est un film unanimement reconnu chez les adorateurs du cinéma de Edgar Wright, c’est un fait. Il fourmille d’idées malicieuses à chaque séquence, c’est une véritable caverne d’Ali Baba. Tel un film de Quentin Tarantino, Shaun of the Dead est un film que l’on prend plaisir à revoir au fur et à mesure qu’on étoffe sa culture cinématographique. Chacun des revisionnages permet d’apercevoir des idées ou des références que nous n’avions pas dénoté auparavant. Il y a un soin important apporté à la profondeur de champ également. Plusieurs séquences vous demanderont de détourner le regard afin de vous focaliser sur les enjeux qui se jouent en arrière-plan. Il y a un héritage flagrant à attribuer aux films des Z.A.Z qui utilisaient le même procédé au sein de leur parodie. D’ailleurs, entre la parodie et le pastiche, Shaun of the Dead ne choisit jamais son camp. Sans cesse en équilibre sur un solide fil rouge, il est surtout guidé par l’amour des productions dans lesquelles il puise son inspiration. La parodie sera nettement plus visible sur le second volet de la trilogie Cornetto, Hot Fuzz, qui ne se prive pas pour décortiquer les plus gros films d’action des années 1980 et 1990. Ici, la parodie demeure plus subtile. En dépit du fait qu’il y ait de sacrées scènes de comédie qui y vont avec de gros sabots (surtout sur le comique de répétition qui fait mouche à chaque fois), le résultat n’est jamais ni indigeste ni asséné aux forceps. Quand on vous dit que les étoiles étaient parfaitement alignées, ce n’est pas un euphémisme, Shaun of the Dead est un bijou frôlant la perfection qui mérite qu’on lui rende l’océan d’amour qu’il nous envoie en permanence. Car, oui, ce qui rend le film si riche réside en ce profond respect qu’il témoigne pour les œuvres qu’il cite. On ne peut décemment pas bien parodier ni pasticher en bonne et due forme si on n’apprécie pas les œuvres que l’on décortique, et cela le duo Pegg/Wright l’a parfaitement compris. Multi-récompensé, il est notamment reparti avec le Saturn Awards du Meilleur Film d’Horreur, Shaun of the Dead est une porte d’entrée idéale vers plusieurs univers cinématographiques.

Shaun of the Dead est l’une des meilleures comédies horrifiques de ces 20 dernières années. Trouvant toujours le ton juste entre impertinence et hommage réussi, il n’y a jamais de temps mort. Le film révèle, au passage, la solide écriture de Simon Pegg et Edgar Wright, le talent d’acteur de l’un et la maîtrise diablement sensationnelle de la mise en scène du second. Le film atomise définitivement le sous-genre du film de morts-vivants si bien que toutes les productions qui ont suivi (à quelques exceptions) ont eu autant de saveur qu’une galette de riz. Un monument de l’absurde britannique vient de poser ses valises sur Shadowz, mangez-en sans modération !

Abonnez-vous sans crainte à
SHADOWZ – L’unique plateforme de SCREAMING !

Article réalisé dans le cadre d’un partenariat avec la plateforme Shadowz.

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*