Initial D : Le dieu du mont Akina

Jamais exactement là où l’attend, Carlotta est un éditeur qui ne cesse de nous surprendre par la qualité et la diversité de son catalogue. Alors que cet automne, leurs efforts ont été concentrés sur un cinéma dit d’auteur (un coffret Béla Tarr, plusieurs films de Wim Wenders), les voilà qui ont sorti, le 21 novembre dernier, Initial D, adaptation d’un manga par Andrew Lau et Alan Mak (la trilogie Infernal Affairs). Soit un film qui n’a absolument rien à voir avec leurs sorties précédentes et qui ne fait que creuser le sillon singulier dans lequel Carlotta travaille depuis 25 ans désormais.

Car Initial D, c’est Fast and Furious made in HK, du moins avant que la saga ne vire au grand n’importe quoi. Une histoire simple, réunissant ce qu’il faut pour plaire à un public jeune : des grosses voitures (pour le public masculin) conduites par des beaux gosses (pour le public féminin), le tout dans un récit initiatique classique où le jeune Takumi doit prouver son talent de conducteur pour s’imposer dans le milieu tout en nouant une relation amoureuse et en recréant du lien avec son père, ancien grand conducteur désormais fabricant de tofu alcoolique. Rien de bien exceptionnel, c’est même terriblement banal voire un brin fade sur le papier tant les réalisateurs embrassent le côté très premier degré du manga, lui rendant ainsi justice tout en nous empêchant de réellement prendre tout ce qu’il se passe au sérieux.

Ce qui n’empêche pas le film d’être plaisant pour autant, curieuse découverte dont nous n’attendions rien (nous ne nourrissons aucun attrait particulier pour les voitures ou les beaux gosses fadasses) mais qui finit par séduire sur le long cours. La première partie s’avère en effet laborieuse (et certainement adressée en bonne partie aux fans du manga tant on s’y retrouve un brin perdu dans les personnages et les enjeux), appuyée par un humour lourdingue mais à partir du moment où le récit cesse de partir dans tous les sens pour se concentrer sur un seul enjeu, il gagne en puissance émotionnelle et parvient à captiver. La présence de l’excellent Anthony Wong dans le rôle du père de Takumi n’y est certainement pas pour rien tant l’acteur irradie l’écran de son charisme dès qu’il apparaît, ménageant d’ailleurs quelques scènes touchantes.

Mais c’est dans la mise en scène des courses de voitures que Andrew Lau et Alan Mak s’amusent véritablement, livrant quelques morceaux inspirés, multipliant les plans, les angles de prises de vues et les idées pour dynamiser le tout afin de retranscrire le mouvement dans un esprit très proche du manga et de ses dessins. C’est là que se niche l’aspect ludique de Initial D, autrement beaucoup trop convenu et formaté pour répondre à certains critères. Et si le ton très premier degré du film, n’ayant pas peur du ridicule, embrasse celui du manga dans un effort tout à fait louable, cela l’empêche de lui donner une toute autre ampleur, le restreignant à n’être qu’une œuvre de commande sympathique mais manquant cependant de relief pour totalement emballer.

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