Douce Nuit, Sanglante Nuit : Vous avez intérêt à être sage !

A l’approche des fêtes de fin d’année, Rimini a décidé de nous gâter. Toujours dans l’optique d’agrandir sa superbe Collection Angoisses, l’éditeur s’entiche d’un classique du slasher pour venir égailler les lumières sous notre sapin. Très souvent imité et l’origine de 4 suites extrêmement discutables, Douce Nuit, Sanglante Nuit sort en 1982 en plein âge d’or du slasher. Le film sort sur les écrans le même jour que Les Griffes de la Nuit. Le démarrage est pharaonique. Douce Nuit, Sanglante Nuit rapporte plus d’argent que le croque-mitaine de Wes Craven lors de sa première semaine d’exploitation. Seulement, le film sera rapidement déprogrammé suite à une revendication massive de plusieurs associations parentales précipitant sa chute dans la mémoire collective. L’histoire retiendra le succès fulgurant de Freddy Krueger et Douce Nuit, Sanglante Nuit ne restera qu’un souvenir pour ceux ayant la chance de le découvrir avant sa disparition des écrans. Limité au sein du cercle des amateurs du genre, le film de Charles E. Sellier Jr. a longtemps jouit d’une réputation qu’il doit principalement à sa fan base d’inconditionnels. Quand bien même plusieurs suites ont vu le jour, son film n’est pas forcément le premier slasher vers lequel l’on se tourne lorsqu’il s’agit de se (re)voir un film de genre se déroulant durant les fêtes de Noël. Les gens ont plutôt tendance à conseiller le fameux Black Christmas de Bob Clark plutôt que ce dernier. Fort heureusement, Rimini rétabli la balance et permet enfin au film d’être disponible dans un très bel écrin et, surtout, dans sa version non censurée.

Traumatisé par le viol et le meurtre de ses parents lors d’un réveillon de Noël, le petit Billy est recueilli dans un orphelinat dirigé par une Mère Supérieure sadique qui va le brutaliser pendant des années. Devenu adolescent, Billy doit se déguiser en père-noël pour le réveillon. Ceci va déclencher chez lui une fureur dévastatrice et sanglante en se croyant investi d’une mission : tuer les méchantes personnes.

Douce Nuit, Sanglante Nuit est un film malade. Passé son ouverture violente et froide, ainsi que les années de maltraitance de Billy, le film de Charles E. Sellier Jr. ne parvient pas à renverser la vapeur pour consolider son dernier acte. Il y a une dualité dominante entre les scènes qui témoignent de l’envie de dureté de son réalisateur et des séquences assurément pointées du doigt par les producteurs qui ont dû lui demander d’adoucir le récit. Le projet est ambitieux et terriblement casse-gueule ceci étant. Il démystifie à la fois l’innocence de l’enfance, le mythe du père-noël et tous les bien-fondés inhérents autour de la magie de Noël avec un premier degré redoutable. Le film jette un froid dès ses premières minutes. Le meurtre des parents de Billy est particulièrement éprouvant et imprime nos rétines avec un traumatisme évident. La seconde partie à l’orphelinat n’est guère mieux. Tout est fait pour nous briser en même temps que cet enfant qu’on déshumanise au fil des séquences. Ainsi, lorsque survient le moment d’accalmie, notre instinct de survie de spectateur dresse automatiquement des barrières pour nous protéger, ce qui ne permet pas de pouvoir accompagner Billy lorsqu’il sombre dans sa folie meurtrière. Trop ambitieux que de vouloir nous placer aux côtés du meurtrier, les envies du réalisateur ont été clairement bafoués par une bienséance gerbante qui nous fait aimer le film non pas pour ce qu’il est, mais pour ce qu’il aurait pu être. Vouloir nous placer du côté de la quête vengeresse de Billy était une idée lumineuse qui nous aurait fait reconsidérer notre propre moralité. Quand Billy dézingue son collègue tyrannique, nous crions justice. Quand Billy trucide deux adolescents qui n’ont rien demandé, nous crions gratuité. Le film fourvoie sa propre logique et se mélange les pinceaux lorsqu’il aborde la quête de rédemption dans laquelle Billy se débarrasse de tous ceux qui lui ont causé du tort puisqu’il sacrifie également des personnes totalement inconnues de son entourage.

Douce Nuit, Sanglante Nuit reste tout de même un film de très bonne facture notamment par la frontalité (dans sa version non censurée) avec laquelle il aborde ses aspects horrifiques. Le viol de la mère de famille est un vrai trauma qui se répercute au fil des rencontres amoureuses que fera Billy associant indubitablement le sexe avec la violence. Ce qu’il apercevra dans l’entrebâillement d’une porte à l’orphelinat ne l’aidera guère. Cependant, si nous exprimions ci-dessus nos regrets sur son fil de conduite bafoué, nous ne pouvons que saluer le discours moralisateur que le film distille au compte-goutte. Il y a clairement un abandon de la société qui refuse de traiter les traumas de l’enfant. La nonne qui tente d’alerter la Mère Supérieure sur le fait qu’il faut aider médicalement Billy avant qu’il ne soit trop tard et qui est réduite au silence reflète cette idée d’abandon émise dans le film. Il y aurait un début d’analyse intéressante si l’on essayait de spéculer autour du film. Et si Douce Nuit, Sanglante Nuit essayait de nous mettre en garde sur le besoin de protection des mineurs ? Allons même plus loin : est-ce que le film ne serait pas le parfait manuel de création d’un serial-killer ? Il y a des pistes à creuser, même si nous restons dubitatif que cela ait été l’envie première du réalisateur. En l’état, son film veut surtout être un immense doigt d’honneur aux idées reçues et à la posture intouchable de la figure magique du père-noël. D’autres films passeront par là au fil des années (3615 Code Père-Noël, Santa’s Slay, Père-Noël : Origines) et prouveront que Charles E. Sellier Jr. était sur la bonne voie quant au potentiel démoniaque du grand barbu en costume rouge.

Douce Nuit, Sanglante Nuit est un slasher avec de très belles idées malheureusement parasités par, on suppose, des producteurs frileux de se prendre les contestations des associations parentales. Malheureusement, malgré un évident assagissement en milieu de film, cela ne lui a pas évité d’être retiré des affiches. En l’état, il demeure un point de départ très intéressant sur la manière dont le cinéma de genre s’est amusé à déconstruire les figures mythologiques supposées intouchables et innocentes au fil des années. Le film se (re)découvre chez Rimini avec, comme toujours, un travail éditorial impeccable qui propose une copie non censurée dans un master très propre.

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