Rebel Moon, Partie 1 – Enfant du Feu : This ain’t Star Wars !

Notre amour pour le cinéma de Zack Snyder n’a jamais faibli. Nous sommes tombés en amour pour ce réalisateur dès son premier long métrage, L’armée des Morts, superbe remake du classique Zombie de George A. Romero. Nous lui avions prédis un bel avenir et nous ne nous étions pas trompés compte tenu de la tournure de sa carrière. Attirant son lot de fans comme de détracteurs, il est devenu monnaie courante de le rouler dans la boue dès qu’il sort un nouveau film. A l’instar d’un Michael Bay, dont nous nous accordons à reconnaître un fourvoiement certain lors de quelques films, Snyder est de ces hommes à abattre sans concession à qui l’on ne souhaite même plus laisser le bénéfice du doute. Pourtant, parmi les auteurs contemporains, il est un des rares à avoir su comprendre et mettre en scène toute la complexité qu’imposent de grandes fresques « blockbusteriennes ». Ainsi, nous sommes clairement dans la camp de ceux qui validons à 300% sa vision de la Justice League tout comme nous n’avons pas caché avoir sacrément pris notre pied devant Army of the Dead, son dernier projet en date pour la plateforme Netflix. Seulement, malgré tout l’amour que nous lui portons, nous tenons à rester le plus objectif possible. Nous ne nous sommes jamais cachés pour conspuer un projet raté d’un auteur que nous adorons. Et si nous trouvions de réelles qualités encore dans Army of the Dead, force est de constater que nous avons eu énormément de mal à aller jusqu’à la fin de son nouveau film : Rebel Moon, Partie 1 – Enfant du Feu.

Durant des siècles, le Monde-Mère a étendu son Empire au travers de la conquête militaire de la galaxie. Mais quand la famille royale a recueilli la princesse Issa, qui possède de rares dons de guérison, elle a vu l’espoir de parvenir à unifier l’Empire non plus par la force, mais par la compassion. Malheureusement, la famille royale fut assassinée et un politicien ambitieux, le sénateur Balisarius, s’est autoproclamé régent du Monde-Mère et a relancé la politique de conquête. Sur la lune Veldt, une colonie reculée aux frontières de la galaxie, une petite communauté de fermiers reçoit la visite de l’amiral Atticus Noble, chef des armées du Monde-Mère et bras droit de Balisarius. Bien vite, les pacifiques habitants de Veldt découvrent la cruauté et la brutalité de leurs visiteurs. Ils décident d’envoyer Kora, une habitante recluse récemment arrivée sur la lune, afin de rassembler une équipe de combattants pour repousser l’amiral et ses troupes.

Que c’est fastidieux et vide de tout ! Rebel Moon ne se cache pas pour puiser ses inspirations chez Kurosawa et George Lucas, mais en a-t-il seulement compris l’essence ? Que de gâchis, quelle perte de temps abominable. Le film souffre inévitablement de sa comparaison avec la première trilogie Star Wars. Luke est ici remplacé par Kora. En soit, réitérer une histoire qui a déjà fait ses preuves ne nous dérange pas dans l’absolu, encore faut-il le faire correctement. A l’instar de Luke, Kora est déjà une femme accomplie, avec des capacités martiales ultra développées. En la caractérisant ainsi, le film annihile toute tentative d’arc narratif, puisqu’elle n’a rien à apprendre du voyage qu’elle entreprend…là où il aura fallu trois films à Luke pour venir à bout de Dark Vador. De fait, Kora n’est jamais actrice de sa propre aventure, elle n’est que spectatrice. Elle tient la même place que nous, spectateurs, qui devons nous coltiner les abus de ralentis de Snyder qui, lui-même, ne laisse guère l’impression de s’amuser une seconde sur son projet. Les enjeux sont inexistants, cette première partie est une longue et interminable scène d’exposition qui ne se contente que d’aligner les personnages qui rejoignent Kora dans sa quête. Seulement, les guerriers qu’elle recrute n’ont rien à apporter de concret à la puissance déjà hors-normes qu’elle possède. On en veut pour preuve, l’épilogue de cette première partie, dans lequel Kora vient à bout toute seule du grand vilain du film. Qu’est-ce qui a changé entre le moment où elle est partie de son village et le moment où elle triomphe ? Rien, absolument rien ! Kora aurait pu détruire la flotte ennemie à elle-seule dès l’introduction du film qu’on se serait retrouvé au même point lors du générique de fin. Rebel Moon ne comprend jamais l’essence des histoires desquelles il s’inspire, c’est d’un vide scénaristique abyssal.

On aurait pu se rattacher au style visuel du film, l’un des points les plus forts de Zack Snyder, mais de ce point de vue c’est également raté. Le film ressemble à n’importe quelle production SF de Netflix, il n’y a aucune identité. Ce n’est pas le tout de convoquer diverses mythologies nordiques et autres imageries nazies, il faut pouvoir faire cohabiter l’ensemble pour que cela devienne harmonieux que tout prenne sens. En lieu et place, nous avons droit à un enfant qui sort toute sa panoplie de jouets pour nous asséner un immense gang-bang entre tous ses bonhommes articulés sans en tirer aucun panache. Si nous évoquions ci-dessus la propension de Michael Bay à se fourvoyer par instant, ce n’était pas pour rien. Ici Snyder use et abuse de plans au ralenti qui, pour la plupart, ne veulent absolument rien dire. Le réalisateur cherche les divers money shot pour tenter de donner un semblant de substance à son projet. Le tout demeure vain et aucun plan ne donnera cet effet satisfaisant comme il l’avait prouvé auparavant sur des films comme 300 ou Watchmen. Rebel Moon, en dépit du fait qu’il soit scindé en deux parties, tente de se suffire à lui-même, mais ne parvient jamais à nous embarquer au cœur de son consensus dopé à un excès non-esthétique grisant. Voilà pourquoi nous sommes si déçus car Snyder ne met jamais de gouaille, jamais de passion, jamais de folie. Il se fout royalement des personnages, aucun ne sort du lot, ils remplissent (au mieux) une simple fonction. Il ne se donne même pas la peine d’étoffer un tant soit peu une quelconque richesse visuelle qui donnerait envie d’explorer l’univers qu’il met en scène. Les personnages visitent diverses lunes, mais aucun des mondes évoqués n’a de véritable identité. Snyder se contente, ad nauseum, d’un plan large qui dévoile le nom de la lune où accoste le vaisseau puis recentre toujours sa caméra au sein d’espaces confinés. Jamais la grandeur ni l’étendu infinie de son univers ne se feront ressentir, preuve, une fois de plus, de l’avis catastrophique que nous laisse le film.

Rebel Moon – Partie 1 : Enfant du Feu est un naufrage, une coquille vide sans aucun enjeux scénaristiques ni maestria visuelle. Zack Snyder se contente de piller éhontément les œuvres qu’il cite sans jamais créer quelque chose d’enivrant derrière. Ses personnages sont déjà accomplis et, de facto, n’ont rien à apprendre ni à nous apprendre. On s’ennuie poliment devant un objet de consommation qui sera rapidement rangé au fond du catalogue Netflix et vers lequel nous ne reviendrons probablement jamais. Et ce n’est certainement pas la seconde partie, annoncée pour Avril prochain, qui va nous faire revenir sur notre décision. Nous t’aimons Zack, mais ta flemmardise a eu raison de notre admiration…

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