Ça Chauffe Au Lycée Ridgemont : Des adolescents comme tant d’autres

S’il y a un type de comédies par lesquelles chacun passe à un moment donné de son existence, c’est bien le teen movie. Témoin poignant d’une période spécifique de la vie de tout un chacun, la vie de lycéen, avec tout ce que cela comporte en changements troublants, demeure une mine d’or d’écriture pour n’importe quel scénariste désireux de se faire connaître. Genre très particulier relativement démocratisé sur le sol Américain (quelques essais en Europe et ailleurs n’ont pas encore fait dates à l’heure actuelle, n’exhumez pas Sexy Boys par pitié !), on ne compte plus les comédies hissées au rang de statut culte pour beaucoup. Quoi qu’on puisse en penser, les personnes de notre génération se souviennent immanquablement de American Pie. Ceci étant, la génération précédente avait déjà eu son florilège de comédies cocasses parmi lesquelles deux films reviennent souvent en tête des classements : Porky’s et Ça Chauffe au Lycée Ridgemont. Ce dernier ressort dans une copie flamboyante chez Elephant Films, l’occasion idéale pour (re)découvrir ce que nos aînés jugeaient comme sulfureux à leur époque, et autant vous le dire directement : ils étaient très loin d’être des enfants de chœur. Sous ses airs de film choral, Ça Chauffe au Lycée Ridgemont recoupe les histoires de plusieurs adolescents aux fondamentaux très distincts : l’amour, la popularité et le sexe.

Brad Hamilton est en dernière année au lycée Ridgemont. Il a une petite amie, Lisa, dont il veut se séparer pour pouvoir profiter pleinement de sa liberté. Sa petite sœur, Stacy, entre au lycée et travaille dans le centre commercial avec sa meilleure amie, Linda, tout comme Mark Ratner. Elle découvre le sexe avec un garçon plus âgé mais est déçue par l’expérience. Mark, par ailleurs, a un coup de foudre pour Stacy mais ne sait pas comment l’aborder. Il demande conseil à son meilleur ami, Damon, qui lui aussi a un petit faible pour cette fille. Jeff Spicoli est un surfeur, fumeur de marijuana. Il est dans le cours d’Histoire de Stacy. Mr. Hand, professeur très strict, a du mal à supporter les lubies et mauvaises habitudes de Spicoli, comme manger en cours ou arriver constamment en retard.

Résumer Ça Chauffe au Lycée Ridgemont en quelques lignes relève d’un défi qui peut rebuter de prime abord. Pourtant, le film déroule et croise ses intrigues avec une dextérité impressionnante. Nous immergeant dès son ouverture au sein du microcosme des adolescents qu’il étudie, nous n’en perdons jamais une miette et sommes surpris par la modernité de l’exercice. Si on le compare, à moindre mesure, avec American Pie, force est de constater que les problématiques ne changent décidément pas : le sexe et la popularité restent deux moteurs essentiels aux rêves des étudiants américains. Adapté du roman éponyme de Cameron Crowe qu’il a écrit après avoir passé une année entière « incognito » au lycée Clairemont de San Diego, le premier film de Amy Heckerling demeure l’un des teen movies les plus sulfureux et drôle du genre. La jeune réalisatrice ne le sait pas encore, mais avec Ça Chauffe au Lycée Ridgemont elle va poser les fondations d’un nombre incalculable de films qui sortiront par la suite. Du cinéma de Kevin Smith (on pense évidemment surtout à Mallrats) aux stoner movies très appréciés par la bande de Judd Apatow (SuperGrave et consorts), les émules se comptent par paquets de dix. D’autant que Ça Chauffe au Lycée Ridgemont transpire l’esprit du film de bande qui donne envie de traverser l’écran afin de vivre dans le quotidien de ces personnages. Le film est, presque, totalement balayé du monde des adultes. Les seules figures parentales (les professeurs notamment) ne servent qu’à creuser un fossé évident avec les adolescents qui se persuadent qu’ils peuvent prendre la vie à bras le corps sans jamais être guidés par ceux qui ont déjà vécu.

Le film de Amy Heckerling est une fourmilière qui grouille de futures stars en devenir. Sean Penn n’a jamais été aussi drôle que dans le rôle de Spicoli. Chacune de ses apparitions se dégustent comme un succulent vin. Il a toujours la vanne qui fait mouche au bon moment. Le film révèle également la très jeune (et déjà sublime) Jennifer Jason Leigh qui s’offre une leçon d’apprentissage de la fellation avec des carottes par la non moins sublime Phoebe Cates. L’innocence et la pureté qu’elle incarne sont en parfaite adéquation avec ses hormones en plein ébullition. De fait, on ne peut que saluer la délicatesse de la réalisatrice qui parvient à capter le passage à l’âge adulte de cette enfant qui entend croquer la vie adulte à pleine dent. Jennifer Jason Leigh prouve qu’elle a du talent à revendre et sait parfaitement jouer du cocasse des situations dans lesquelles elle est mise sans jamais tomber dans le vulgaire. Très important d’ailleurs, là où Ça Chauffe au Lycée Ridgemont reste plus digeste et délectable qu’un Porky’s réside en sa capacité à ne jamais verser dans un humour graveleux. Sans crier à la subtilité incarné, Ça Chauffe au Lycée Ridgemont est l’alliance parfaite entre l’écriture minutieuse de Cameron Crowe (qui sait raconter les époques mieux que personne) et l’œil féminin derrière la caméra. La future réalisatrice de Allô Maman, Ici Bébé et sa suite sait prendre à bras le corps des problématiques féminines sans jamais minimiser l’impact de celles-ci sur leur environnement. Oui, une femme a des envies dévorantes. Oui, une femme peut se montrer aussi féroce qu’un homme. Ce qui rend le cinéma de Amy Heckerling si délicat et intemporel se trouve dans son envie de placer les hommes et les femmes au même rang. Chacun et chacune se doit de rester maître de ses envies et à l’écoute de son corps sans que n’intervienne une quelconque lutte de sexe ou de classe. La parité est parfaitement égalitaire dans son film, ainsi dès qu’un poncif un peu lourdingue est envoyé, il est automatiquement balayé par la retranscription réelle du ridicule de la situation. En exemple, la séquence dans laquelle Brad fantasme sur Linda qui s’avance langoureusement vers lui en se déshabillant. Heckerling sexualise le corps de la femme via Phoebe Cates et nous ramène directement vers l’absurdité du moment où ça ne reste qu’un garçon qui se masturbe lamentablement dans ses toilettes. Cette manière de décoder les fantasmes en nous faisant à la fois rire et réfléchir fait de Ça Chauffe au Lycée Ridgemont un des meilleurs, pour ne pas dire le meilleur, teen movie qui soit.

Classique, intemporel et divinement drôle, Ça Chauffe au Lycée Ridgemont fait peau neuve dans une édition blu-ray éditée chez Elephant Films à posséder de toute urgence. Le film se bonifie avec les années et s’analyse différemment avec l’âge. Avec son discours résolument moderne, son casting en or massif, son sens du tempo comique et son amour immodéré pour ses personnages, le film de Amy Heckerling est un classique indétrônable du genre.

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