Vermines : Arachnophobes, passez votre chemin !

Alors que le cinéma de genre français se déchaine en cette fin d’année, Vermines vient conclure une belle pelletée de projets aussi divers que réussis, bien loin des affres auteurisantes qui ont eu tendance à gangrener le plaisir des spectateurs. Ce premier film français d’araignées tueuses a bien compris que son concept allait de pair avec un imaginaire de série B qu’il assume jusqu’au bout sans jamais se boucher le nez, contrairement à d’autres projets comme La Nuée. Pour son premier long-métrage, Sébastien Vaniček nous plonge dans un train fantôme haletant et véritablement terrifiant avec une maîtrise impeccable du moindre de ses effets. Vermines regorge d’araignées, des plus minuscules aux plus infernalement grandes, dans un spectacle horrifique dont on ressortira potentiellement traumatisé (comme cela fut notre cas, pourtant habitués de ce type de cinéma) ou revigoré par une telle énergie, une telle envie de bien faire et l’explosion d’un talent, capable d’amener le succès populaire dont cette énième nouvelle vague de genre a besoin pour perdurer.

Au sein d’un budget qu’on devine relativement bas, puisque limité à quelques espaces au sein d’une cité, les effets spéciaux du film sont une magnifique réussite. On croit à ses araignées, à leur tangibilité, aux détails de leurs comportements… Jamais notre suspension d’incrédulité n’est remise en question. Bien évidemment, la mise en scène de Sébastien Vaniček n’est pas étrangère à cette réussite, tant il parvient à capter la parfaite manière d’amener la tension dans chaque situation horrifique du scénario. Sur ce point, la première mise à mort qui va lancer l’intrigue est d’une terrifiante efficacité. Et quelle belle idée d’utiliser le trafic illégal d’animaux exotiques dans les cités comme base à l’histoire ! Kaleb, protagoniste interprété par un charismatique Théo Christine, est un jeune amoureux des insectes – forcément paradoxal avec sa manie de les garder en cage – qui a perdu sa mère et doit cohabiter avec sa sœur, à l’opposé de lui quant à leur façon de gérer ce deuil. Cet amour des insectes va l’amener à ramener l’araignée impie chez lui, inconscient de ce qu’il est sur le point de débuter. 

Avec un scénario signé Florent Bernard (ou Flober), Vermines s’inscrit dans la droite lignée du genre d’animaux tueurs, où possiblement toutes les espèces y sont passées, des alligators aux moutons, en passant par les serpents, requins et autres prédateurs… La difficulté est de créer une tension constante avec une créature de quelques centimètres de long, pas spécialement impressionnant pour le non-arachnophobe. Mais cette “limite” va être rapidement contrée par quatre simples procédés scénaristiques : une première scène d’introduction de la dangerosité des araignées particulièrement efficace, rappelant étrangement celle de l’Exorciste, leur rapidité de reproduction et donc leur nombre indécent, la particularité qu’elles ont de grandir tout au long du film, mais surtout la capacité qu’elles ont à pondre des œufs dans le corps de leur victime. Si vous avez été, comme beaucoup, traumatisés par la scène du scarabée dans La Momie, attendez-vous à être mis à rude épreuve. Sébastien Vaniček n’y va pas avec le dos de cuillère en nous offrant plusieurs visions cauchemardesques, spécifiquement pour ceux sensibles à ce type de body horror

La cité, nid idéal pour les araignées qui craignent la lumière, est très bien représentée dans toute sa vétusté par une mise en image stylisée et sombre. On aurait néanmoins aimé que les scénaristes jouent un peu plus sur les possibilités d’obstacles supplémentaires offertes par un lieu abandonné par les services publics dans le cadre d’un film d’horreur… On devine facilement le sous-texte caché derrière le choix du titre, car le terme “vermines” désigne aussi bien les araignées que les habitants de ces immeubles qu’on préfère sacrifier plutôt qu’aider. Cette thématique est néanmoins traitée de manière trop caricaturale (pourquoi ne pas avoir fait sortir les habitants un à un en les testant ?) pour être totalement convaincante. Vermines hérite de toutes les qualités des films de série B américains qui ont fait l’âge d’or des années 80 et 90, mais aussi de leurs défauts. Puisque pour passer d’une scène d’attaque à une autre, le scénario se repose régulièrement sur des facilités d’écriture dommageables, notamment dans le développement de ses personnages désincarnés, dont la connerie semble être le principal moteur. 

Le groupe d’amis qui se forme autour de Kaled aurait dû être le vecteur d’émotions fortes dans lequel les personnages sont obligés de résoudre et dépasser les conflits qui les lient s’ils veulent survivre. Malheureusement, cette structure simple n’est pas tenue, rendant de nombreuses réactions aberrantes et nous privant de l’empathie nécessaire à certains passages dramatiques. Tous ces personnages (qui ne sont finalement que ça, des personnages…) manquent de caractérisation. Jérôme Niel en champion de MMA, point noir du film tant il paraît en décalage complet avec l’univers et le personnage, n’amène rien à l’intrigue à part son manque d’intelligence. Un autre personnage devient fou lorsqu’elle perd un proche, sans que leur relation ne soit montrée comme étant plus qu’une amourette. Elle est d’ailleurs prête à repartir le chercher parmi les araignées, alors qu’elle se trouvait paralysée par son arachnophobie quelques instants auparavant. Les conflits de Kaled avec sa sœur et son ancien ami ne seront jamais vraiment réglés, ou trop tard. Même le protagoniste, montré comme particulièrement attaché à ses voisins, est presque violent avec eux quand il comprend la gravité de la situation. Il manque les liants, ces scènes transitionnelles qui permettent aux spectateurs de déchiffrer pleinement les relations entre les personnages qu’ils vont côtoyer pendant 1h45.

À l’image de ce personnage de raciste, étrange dans une cité aussi divers, le film manque parfois de finesse et tombe régulièrement dans le stéréotype, notamment dans sa dépiction des policiers (même si l’actualité a tendance à nous donner tort). Excepté un, ils sont juste bons à commettre des violences que rien ne justifie véritablement dans le scénario. Le propos devient donc aussi clair que flou, tant les thématiques sont à la fois limpides et brouillées par un trop-plein de sujets à traiter. La toute fin du film offre la clé de compréhension de l’œuvre alors qu’elle aurait dû être centrale au parcours des personnages. Cette autre vision aurait pu donner une originalité particulièrement intéressante dans la gestion de l’horreur et des araignées. Elle fonctionne néanmoins comme un twist qui n’est pas inintéressant d’un point de vue dramaturgique, mais fait rentrer le film des rails narratifs vus maintes et maintes fois.

Vermines, malgré ses derniers paragraphes plus critiques, est un film à voir absolument pour tous les amateurs d’horreur et de sensations fortes. Néanmoins, prenez garde ! Vous pourriez avoir envie de vous gratter la peau une fois sorti de la salle, car qui sait quelles araignées votre voisin pourrait ramener chez lui, une fois la nuit tombée.

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