The Leech : Avoir la foi ne suffit pas

Vous ne pensiez tout de même pas que les trublions de chez Shadowz allaient vous faciliter la tâche en ce week-end de réveillon ? Dernière exclusivité de l’année, The Leech s’apparente à votre tonton Roger que vous appréhendez de retrouver le soir du 24 quand il commence à attaquer le Cognac : vous savez que vous ne pourrez pas y couper. Il n’appartient qu’à vous seul de trouver la force de savoir l’affronter. Non pas que le film soit indésirable à l’instar de votre tonton. Il faut plutôt y voir une épreuve du feu, un rite de passage, mais surtout une remise en question de vos bien-fondés. The Leech c’est votre dinde de Noël carbonisée qu’il va quand même falloir servir. The Leech c’est votre pote Eddy qui vous vante les bienfaits d’un petit rail de coke alors que vous êtes sobre depuis des années. The Leech c’est avoir un rapport sexuel consenti avec une personne porteuse d’IST sans aucune protection. The Leech est tellement tant de choses, mais c’est surtout votre ultime exclu Shadowz de l’année. Il est temps de servir vos plus beaux trous normands et de vous installer confortablement.

Un prêtre fervent accueille un couple en difficulté dans sa maison à l’occasion de Noël. Ce qui commence comme un simple acte de charité devient rapidement le test ultime de la foi lorsque la sacralité de sa maison est mise en péril.

Comédie noire qui ne plaira pas à tout le monde, The Leech a l’intelligence de ne jamais sombrer dans l’absurdité d’un film de sale gosse qui n’a rien à dire. Certes, il sombre lentement vers une folie trash qui peut sembler incongrue pour le commun des mortels, seulement, au-delà des images folles, The Leech analyse les rapports humains via le prisme de la religion catholique avec un discours radicalement censé. Nul doute que le réalisateur, et scénariste, Eric Pennycoff, a des comptes à régler avec cette religion. Pour lui, le catholicisme est une secte destructrice fondée sur des mythes transgressifs qui consument ses représentants (les prêtres) censés prêcher la bonne parole. David est, de prime abord, dépeint comme un homme altruiste. Très soucieux de garder soudée sa petite communauté et de venir en aide à son prochain, sa rencontre avec Terry va laisser apparaître son vrai visage. Sous ses airs d’homme pieux, David se révèle obsessionnel, frustré et terriblement destructeur. Sa foi agit de manière sectaire sur son entourage. Trop aveuglé pour voir qu’il génère tout le contraire de ce qu’il prêche, il lui faudra l’intervention du Divin en la personne de Terry. Et pourtant, Terry, en début de métrage, est montré comme un homme vulgaire, alcoolique et sévèrement accro aux drogues. Il aurait été tentant de faire succomber le prêtre à la tentation en personnifiant un combat entre le Diable et le Divin, mais Pennycoff semble être le genre de réalisateur qui ne peut se contenter d’un scénario aux ficelles convenues. De fait, Terry apparaît nettement comme un homme bien plus apaisé que la main tendue qui lui ouvre sa maison. The Leech n’est pas un film qui met en corrélation la sempiternelle lutte du bien contre le mal. The Leech est une étude sociologique qui ramène tous les Hommes de toutes les conditions sociales sur le même piédestal.

Le film questionne la religion en décortiquant moult passages de l’Ancien et du Nouveau Testament. Là où David s’évertue à louer le Nouveau Testament comme préceptes de vie, Terry ne manque pas de lui rappeler combien l’Ancien Testament est parfaitement en inadéquation avec ce qu’il défend. L’un évoque l’amour quand l’autre ressasse des récits d’éventrations de femmes enceintes… Tout n’est que contradiction et remise en question. Mais The Leech, par-delà ses luttes idéologiques, est aussi un film aux séquences drôlement absurdes. Mention spéciale pour la partie fine à base de cocaïne, alcool, soumission, art du pegging et partouze aussi effroyable qu’hilarante. De plus, le réalisateur prend le parti pris couillu d’assumer un précepte qui revient souvent ces dernières années qui tend à prouver que chaque homme est homo. David est clairement montré comme un prédateur sexuel. Son assistant, Rigo, qu’il a sorti des rues, ex-truand, qu’il a façonné à son image et à ses attentes en témoigne. Il y a aussi la relation trouble qui se noue entre Terry et lui. Ce dernier délaisse sa compagne au profit des paroles de son nouveau maître. Sa femme se mue en l’éternelle Eve, symbole de la tentation ultime. Mais également une femme dans toute sa nature complexe autant capable de détruire que de donner la vie. Doit-on l’aimer ou la haïr ? Doit-on rester entre Homo Erectus pour ne pas succomber à une mort certaine ? Autant de questions qui ne peuvent apporter de réponses concrètes au premier visionnage et qui méritent qu’on se replonge dans le film par la suite. En dehors des symboles forts disséminés au sein de son histoire, on dénotera un soin apporté à l’éclairage qui évolue au fur et à mesure que les personnages sombrent dans leur folie respective. Le film débute par une luminosité neutre pour ensuite convoquer les trois couleurs primaires à des moments charnières. Il y a un travail soigné qui fait extrêmement sens et qui, sous ses airs de trip aux acides complètement lubrique, rend The Leech bien plus redoutable qu’il n’y paraît. Bien évidemment, le film n’est pas exempt de défauts et cède parfois à des raccourcis qu’on aurait aimé plus approfondis, mais, dans l’ensemble, le film demeure un solide exercice à saluer amplement.

The Leech est la petite claque de fin d’année qu’on n’attendait pas. Le film a le mérite de faire débat et chacun ira de sa propre interprétation. Voilà qui changera des échanges barbants et autres banalités autour de la bûche glacée lors de votre repas de réveillon. Saluons donc, une dernière fois, la superbe ligne éditoriale de Shadowz qui nous aura encore bien régalé cette année avec cette ultime surprise de derrière les fagots. Sur ces mots, profitez bien de vos proches et surtout, évitez de jouer à « Je n’ai jamais » avec tonton Roger, il en va de votre propre survie…

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Article réalisé dans le cadre d’un partenariat avec la plateforme Shadowz.

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