Mon Nom Est Personne : Tu finiras dans les livres d’Histoire

Le western spaghetti est un genre si dense qui renferme des milliers de films. Devoir replacer un film dans son contexte n’est jamais chose aisée, d’autant plus lorsque cela touche au genre cher à Sergio Leone. Comme on aime le répéter souvent, malgré tout notre amour indiscutable pour le maestro Leone, ses films ne sont que des arbres cachant une immense forêt. Bien évidemment, ils sont incontournables et demeurent parmi les meilleurs westerns européens jamais tournés. Devoir traiter un western spaghetti ne nous a jamais fait peur…jusqu’à maintenant. Mon Nom Est Personne est un film avec des dizaines d’anecdotes qui gravitent autour. D’aucuns s’accordent à penser qu’il est un film de Leone quand d’autres affirment qu’il n’en est qu’à l’origine de l’idée du scénario. Comment démêler le vrai du faux ? Comment aborder ce film qui nous est si cher ? Nous sommes parti dans l’idée de faire fi de toute information autour du film et de ne nous focaliser uniquement que sur les sentiments qu’il nous procure. De toute façon, si vous lisez ces lignes, c’est que vous devez avoir déjà probablement vu et revu ce film tant on ne compte plus ses multiples rediffusions télé. Mon Nom Est Personne ressort cette semaine dans nos salles dans une restauration 4K sous la houlette de Lost Films, de quoi se mettre du baume au cœur juste avant les fêtes de fin d’année.

En 1899, à la fin de la conquête de l’Ouest, Jack Beauregard est un héros vieillissant qui veut quitter les États-Unis pour aller finir ses jours en Europe. Avant de payer son passage en bateau pour le Vieux Continent, il souhaite venger la mort de son frère, Nevada Kid, qui exploitait une mine d’or avec son associé, Sullivan. Sur sa route, il croise un jeune aventurier qui se présente comme étant « Personne », admirateur facétieux de Beauregard depuis son enfance, qui multiplie les calembours et semble chercher son amitié.

Confié à l’assistant de Sergio Leone, Tonino Valerii, Mon Nom Est Personne est un film emplit d’une mélancolie qui nous enveloppe de tout son être pour nous réconforter le temps de sa projection. Difficile de dissocier ce film du cinéma de Leone tant il y a des codes propres au réalisateur qui dégueulent de partout. Dès l’ouverture du film, on se demande si l’on n’est pas devant un plagiat tellement le style visuel et le découpage technique rappellent de but en blanc l’ouverture de Il Était Une Fois Dans l’Ouest : des brigands qui investissent un lieu précis dans un silence de plomb. La découverte du film, à l’époque, pour un admirateur de Leone avait de quoi laisser sceptique, et pourtant, ce n’est qu’à la fin de cette superbe séquence d’introduction que nous comprendront de quoi il s’agit. Mon Nom Est Personne, par delà la mélancolie qui anime ses personnages, est un film nostalgique avant tout. Pour bien le comprendre, il faut remettre en contexte les westerns qui sortaient à l’époque sur le sol italien. Le monde se divisait en deux catégories (pour la faire courte et schématisé) : les westerns sérieux et les westerns burlesques. Nous prenons un énorme raccourci, nous vous renvoyons vers les multiples documentaires autour du sujet ou encore le bouquin 10 000 Façons de Mourir de Alex Cox si vous souhaitez saisir toutes les nuances du western spaghetti. A l’époque de la sortie de Mon Nom Est Personne, Sergio Leone avait raccroché les armes depuis deux ans et s’attelait à son film-somme, le sublime Il Était Une Fois En Amérique. Le grand pape du western spaghetti s’était retiré de la course et n’avait clairement plus rien à prouver. Pourtant, et c’est là que la dissociation entre ce qui revient à Valerii et ce qui revient à Leone devient trouble : Mon Nom Est Personne sonne comme un adieu, mais également comme un vibrant hommage, un regard nostalgique sur le passé baigné dans une mélancolie douce-amère. Le film est à voir comme une entité encyclopédique, un vibrant hommage du cinéma européen pour un genre qu’il a dépoussiéré de sa substance classique. Oui, car sans les westerns « classiques » du cinéma américain, il n’y aurait probablement jamais eu cette effervescence du western italien dans les années 1960-1970.

Ainsi, le film de Tonino Valerii convoque Henry Fonda, une des figures mythiques du western américain, et Terence Hill, l’une des superstars de l’époque que l’on a surtout retenu pour ses rôles burlesques aux côtés de son comparse Bud Spencer (mais Terence Hill avait bien plus de cordes que ce que la mémoire collective a décidé de garder de lui). La légende face au comique, le papa et l’enfant, l’expérience face à l’insouciance…peu importe comment l’on aborde la dualité entre les deux héros, le film n’en fait jamais un objet de confrontation, mais plutôt un porte-étendard venu remercier le public d’avoir cru en eux depuis toujours. Si l’on parle de nostalgie, ce n’est pas anodin. Le personnage de Personne passe son temps à clamer son admiration auprès de Beauregard et son désir de le voir entrer dans les livres d’Histoire. Mon Nom Est Personne est une bouteille à la mer, un appel au cinéma américain à ne pas s’avouer vaincu. Plus que tout, le film tente de faire comprendre à ses pères que s’il a pu prospérer ce n’est que grâce à la force que ces derniers lui ont donné. Beauregard cherche à éviter les conflits, il se fourvoie même par moment juste pour qu’on lui fiche la paix. Personne va lui rappeler combien sa présence et ses actes ont eu de la valeur pour lui et que l’un n’est absolument pas incompatible avec l’autre. Ce n’est pas parce que le classicisme du western américain semblait désuet à l’époque qu’il se devait de se cacher honteusement. Personne est là pour secouer l’arbre de la création artistique et raviver la flamme des amours passés. Cela prendra du temps, mais Clint Eastwood, Sam Raimi, James Mangold ou encore les frères Coen répondront présents une vingtaine d’années plus tard. Ainsi, le regard plein d’amour de Terence Hill lorsqu’il voit son héros affronter la Horde Sauvage en fin de film prend tout son sens à la vue des films sortis ces 30 dernières années. Ce regard boucle la boucle et sonne comme un adieu déchirant. En dépit du fait que le western spaghetti ne disparaîtra définitivement que 5 ans après la sortie Mon Nom Est Personne, on sent que le tour de la question a été traité et qu’il est temps de passer à autre chose.

Bien évidemment, il y a encore des tas de belles choses à décortiquer autour du film comme la sublime musique de Ennio Morricone qui, tel un chant du cygne, offre une de ses plus belles partitions, pour ne pas dire la meilleure si l’on excepte ses collaborations avec Leone. Mon Nom Est Personne est un splendide film qui a le don de se bonifier avec nous. On n’apprécie pas le film de la même manière à 10 ans qu’à l’aube de nos 35 aujourd’hui. Au-delà de ses qualités évidentes en tant que western, le film est l’une des plus belles déclarations d’amour à un genre que nous n’ayons jamais vu. Revoir Mon Nom Est Personne régulièrement, lorsque l’on aime le cinéma et, à fortiori le western spaghetti, se doit d’être obligatoire. Rendez-vous est donc pris pour redécouvrir ce chef d’œuvre en 4K dans nos salles cette semaine.

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