Dream Scenario : Sweet Dreams (Are Made Of Nicolas Cage)

Remarqué au printemps dernier avec le dérangeant Sick of myself, le réalisateur norvégien Kristoffer Borgli a très vite tenté l’aventure américaine sous la houlette du studio A24 avec Ari Aster et Nicolas Cage en producteurs de ce Dream Scenario qu’il a écrit et réalisé. Depuis, le film ne cesse de faire le buzz, bien aidé par les propos de Nicolas Cage, arguant qu’il s’agit là d’un des meilleurs scénarios qu’il ait lu de sa vie. Vue la qualité inégale (pour ne pas utiliser un terme plus méchant) de sa filmographie ces derniers temps, on pourrait penser que l’acteur a simplement oublié ce que ça faisait que de lire un excellent scénario surtout quand on connaît l’excellente carrière qu’il a mené pendant plusieurs décennies avec une bonne quinzaine de films cultes au compteur. Et si l’on se méfie toujours des retours positifs promettant un film démentiel (surtout depuis Everything Everywhere All At Once, à nos yeux survendu l’année dernière même si cet avis n’est pas partagé dans la rédaction), nous sommes bien forcés de reconnaître que Dream Scenario, sans être pour autant génialissime, tient toutes ses promesses, étirant sur la durée son pitch original en parvenant à être toujours farouchement surprenant.

Banal professeur à l’université, homme plutôt médiocre menant une vie bien rangée auprès de sa femme (la trop rare Julianne Nicholson) et de ses deux filles, Paul Matthews accède à la notoriété en apparaissant de façon totalement aléatoire dans les rêves de millions de personnes. Le phénomène est inexpliqué mais constitue une aubaine pour Paul qui jouit enfin d’une reconnaissance qu’il ne pensait jamais voir arriver. Mais l’histoire va virer au cauchemar alors qu’il apparaît dans de plus en plus de rêves de façon pour le moins brutale…

Nous n’en dirons pas plus ici afin de vous laisser découvrir par vous-mêmes les nombreuses surprises dont fourmille le film (avec une scène à la puissance érotique vite évacuée au gré d’un moment parfaitement hilarant) mais sachez que Kristoffer Borgli cultive le malaise avec un talent d’équilibriste assez incroyable, utilisant son incongru point de départ pour raconter les affres de la célébrité tout en interrogeant la puissance de l’inconscient collectif. Jugé par le public pour ce qu’il fait dans les rêves alors qu’il n’a aucun contrôle dessus, Paul se retrouve vite dépassé par une situation au début plutôt avantageuse. Refusant intelligemment d’expliquer son argument fantastique, Dream Scenario se montre pertinent dans ses enchaînements narratifs, ne servant qu’à malmener un personnage terriblement ordinaire, en manque de reconnaissance et de charisme. Nicolas Cage (dont le choix pour incarner Paul Matthews n’est pas anodin, l’acteur étant devenu une source inépuisable de mèmes sur Internet et faisant donc partie intégrante de notre inconscient collectif) est évidemment parfait dans le rôle, dosant habilement son jeu et son cabotinage pour offrir une de ses meilleures prestations depuis longtemps, hilarant de médiocrité, tour à tour touchant et pathétique dans son désir de reconnaissance auquel on peut s’identifier malgré sa maladresse perpétuelle à gérer la situation.

Décidément grinçant, l’humour de Borgli est très noir et se savoure en parvenant à prendre de la distance sur l’histoire qu’il nous raconte, terrifiante au premier degré, franchement drôle au second. Et si le film accuse quelques longueurs, il parvient régulièrement à renouveler ses enjeux en creusant tout le potentiel de son pitch, prouvant que celui-ci n’est pas juste un brillant high-concept mais qu’il a été mûrement réfléchi pour refléter les angoisses de notre société moderne où n’importe qui peut se retrouver célèbre pour n’importe quelle raison et en payer le prix d’un revers de manche cruel. L’univers du cinéaste se dessine ainsi peu à peu, tendant un miroir peu reluisant à notre humanité narcissique et repliée sur elle-même. C’est caustique mais quasiment indispensable.

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