Bone Tomahawk : Ils mangeront vos scalps !

Laissez-nous vous raconter l’envers du décor. Nous travaillons actuellement sur la ressortie prochaine de Mon Nom Est Personne en 4K. Rien à voir avec les séances Shadowz vous nous direz, mais cette replongée au cœur d’un western que nous adorons par-dessus tout nous a donné envie de prolonger l’expérience au cœur de notre séance du jour. Lauréat du Grand Prix du Jury à Gérardmer en 2015, Bone Tomahawk est le premier long métrage écrit et réalisé par S. Craig Zahler. Le film prend place au Texas, dans les années 1890 au sein de la paisible ville de Bright Hope. Une mystérieuse tribu troglodyte et cannibale sévit dans la région. Lorsqu’elle kidnappe l’adjoint du shérif et la doctoresse de Bright Hope, le shérif décide de les traquer accompagné de trois autres hommes dont le mari de la doctoresse, sévèrement blessé à la jambe.

Aussi loin que remontent nos souvenirs, les propositions de westerns horrifiques mettant en scène des indigènes cannibales sont bien minces. Exception faite du nanar de la Troma réalisé par Trey Parker, Cannibal ! The Musical ! (un ovni déjanté et complètement barré) ainsi que de Vorace de Antonia Bird (chef-d’œuvre trop souvent oublié avec les exceptionnels Guy Pearce et Robert Carlyle à voir absolument !) ; nous pensions tenir avec Bone Tomahawk une nouvelle perle du genre. Avec son introduction anecdotique, propre et sans bavure digne de tout bon film de genre, Bone Tomahawk laissait présager une séance mémorable. S. Craig Zahler installe ses personnages très confortablement. C’est un réel bonheur d’admirer Kurt Russell, Patrick Wilson, Matthew Fox et Richard Jenkins se donner la réplique. Le casting constitue une charnière solide à la construction du film. Et il faudra bien l’avouer, sans ce casting prodigieux, Bone Tomahawk n’aurait peut-être pas eu autant de reconnaissance. Le film conte la longue et douloureuse traque de ces quatre hommes à la recherche des indigènes. Le spectateur est invité à souffrir dans ce voyage atypique avec les protagonistes. Enfermé dans un climat inconfortable d’où aucune musique ne permettra une quelconque bouffée d’air, le spectateur prend part au voyage dans la douleur. Zahler opère à une réalisation intimiste nous laissant plus de temps que nécessaire pour apprendre à connaître ses héros. On se prendra surtout d’affection pour le personnage de Richard Jenkins, vieux Texan presque schizophrène au cœur tendre. Lui seul permet de faire retomber cette pression permanente qui plane sur les personnages. Outre la traque qui anime le but des héros, Bone Tomahawk distille une certaine tension propre à l’histoire de chacun. Faisant des maux et les faiblesses des uns la force des autres, on ne peut pas considérer le film autrement qu’à travers ces quatre hommes. Malheureusement, la plume encore jeune et fraîche de S. Craig Zahler l’empêche d’amputer de longues séquences pas vraiment intéressantes. Bone Tomahawk souffre d’une bonne vingtaine de minutes en trop.

Ceci étant, la réalisation est véritablement somptueuse. Le directeur de la photographie fait preuve d’un travail minutieux. L’image regorge de détails et laisse transparaître à merveille la chaleur étouffante et omniprésente qui pèse sur les personnages. L’absence de toute musique extradiégétique confère au film cette atmosphère particulière que nous soulevions plus haut. Une atmosphère anxiogène emmenée par une infra-basse perpétuelle accentuant le mal-être du spectateur au fur et à mesure que les minutes défilent. Le dernier tiers du film fait basculer Bone Tomahawk dans l’horreur la plus totale. Fidèle à sa ligne de conduite, Zahler ne succombe pas aux effets gores de pacotille ni à la surdose massive de meurtres. Voilà pourquoi Bone Tomahawk a fait autant parler de lui : il cherche l’effroi chez le spectateur en lui montrant juste ce qu’il faut pour créer le traumatisme. Et il faut bien avouer qu’on n’avait pas eu droit à une tribu d’indigènes aussi effrayante depuis des lustres. Sans tomber dans la barbarie de seconde zone, Bone Tomahawk reste (trop) digne dans son horreur. Sans pour autant laisser un goût d’inachevé, Bone Tomahawk se révèle être un western quelque peu avare avec le second genre qu’il côtoie. Là où un film comme Vorace conjuguait merveilleusement les deux, Bone Tomahawk fait office de petit cousin manquant encore d’expérience afin de s’émanciper totalement. On mettra ceci sur le compte du premier long métrage du réalisateur. En revanche, S. Craig Zahler témoigne de réelles envies et évite quelques gros pièges d’un premier film avec brio.

Bone Tomahawk, en dépit de ses belles qualités, se révèle être un western très classique. S. Craig Zahler met en scène un casting prodigieux. Sa réalisation est nette, maîtrisée et relevée d’une photographie admirable. En revanche, trop de lourdeur dans certains dialogues et le léger manque d’audace dans les séquences horrifiques viennent entacher le beau paysage de l’œuvre. Mais pour un premier essai, l’ensemble reste tout de même très convaincant.

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Article réalisé dans le cadre d’un partenariat avec la plateforme Shadowz.

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