La Fille de son père : L’Amour sans conditions

Second long métrage du confidentiel Erwan Le Duc La Fille de son père fut l’un des évènements remarqués de la Semaine de la Critique de la 76ème édition cannoise ; éventuelle bluette narrant l’attachement inconditionnel d’un jeune père pour sa jeune fille ledit métrage sortira donc ce mercredi 20 décembre dans nos salles obscures, mignonnet chant du cygne d’une année 2023 aux augures sociales des plus critiques et des plus difficiles pour un bon nombre de cinéphiles et ressortissants français. S’agissant d’une année d’ores et déjà marquée par la résurgence du conflit israélo-palestinien, par les méfaits sporadiques mais terribles de l’islam radical et par le brouillage de plus en plus totalitaire des réseaux sociaux et leur incessante désinformation mâtinée de cynisme 2023 avait in fine bel et bien besoin d’une petite bouffée d’air frais à l’approche des fêtes de Noël et du Nouvel An…

Et dans un système moralo et typiquement psycho-rigide au coeur duquel la méfiance des uns fait face à la défiance des autres, où les femmes et les hommes semblent plus que jamais ne plus pouvoir conjuguer leur prose personnelle et intime le Cinéma fait encore et heureusement figure d’authentique aubaine… et d’autant plus lorsqu’il s’agit pour lui de nous livrer des petits films sans prétentions tels que La Fille de son père, poème lyrique et ludique porté par les prestations du décidément très étonnant Nahuel Pérez Biscayart et de la jeune et prometteuse comédienne Céleste Brunnquell… Mélodrame tragi-comique aux couleurs prononcées, peinture intimiste d’une relation liant un père trentenaire aguerri à sa fille adolescente le film de Erwan Le Duc s’avère être une bulle de savon solidement façonnée par les soins de son réalisateur, une œuvre cultivant l’artifice et le sens du bon mot à des fins étrangement godardiennes.

« Comment fait-on pour ne plus aimer ? demande Rosa, lointaine, à son père. – Il suffit de le décider. » répond Étienne à sa jeune fille, durant le petit-déjeuner familial… Ces quelques lignes ouvrant ledit drame montrent amèrement une mère se distinguant par son absence, laissant le père et sa fille vivre leur histoire depuis maintenant près de 17 années de débrouille et de bohème existentielle. Dès la naissance de Rosa cette mère nommée Valérie – que l’on juge assez rapidement sentimentalement inconséquente – a cru bon d’abandonner sa fille et son conjoint, un modeste coach sportif à la philosophie de vie pour le moins optimiste ayant à lui seul assuré l’éducation de leur enfant…

D’emblée La Fille de son père arbore une forme pittoresque et joliment libre, démarrant presque sur les chapeaux de roues, à l’image de cette mère fantasque : après un test de grossesse positif Étienne et Valérie s’enfuient par-delà une Seine ensoleillée afin d’échapper à une certaine forme d’ordre établi sur un hors-bord filmé dans l’appareil le plus spectaculaire qui soit ; on songe évidemment aux envolées lyriques du Leos Carax de la première heure, principalement à la flamboyance d’un film tel que le ravissant Les Amants du Pont-Neuf sorti au début des années 1990… Goût de poème, goût de bohème : La Fille de son père sera le fruit d’un Septième Art se déjouant de tout formatage, alternant entre le burlesque drôlatique (ici un van se débarrassant péniblement de sa vingtaine de passagers, là une chute abracadabrante dans un escalier interminable…) et l’émotion purement évocatrice.

Nahuel Pérez Biscayart confirme – au travers de son regard doux et azuré, profond dans le même mouvement de féminité virile – sa capacité à pouvoir témoigner de ses vives écorchures de comédien (le public avait notamment pu le remarquer dans l’incontournable 120 battements par minute, mais aussi dans le magnifique et terrassant Un an, une nuit sorti cette année, ndlr) partageant la vedette avec l’excellente Céleste Brunnquell, superbe en adolescente créative et désireuse de retrouver la trace de sa mère disparue… On pourrait à raison reprocher à Erwan Le Duc de souvent sombrer dans les artifices et les afféteries les plus rédhibitoires, mais ce sont justement ces incongruités qui nous semblent former la puissance poétique de La Fille de son père, morceau de cinéma émotionnellement dense et définitivement poignant jusque dans ces derniers instants. Une petite pépite à découvrir, assurément.

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