Sisu : Un bon nazi est un nazi déchiqueté !

Petit retour lors de la première moitié du début des années 2000. Le duo Quentin Tarantino / Robert Rodriguez ravive une flamme que seule une élite de spectateurs n’avait jamais cessé d’alimenter : l’amour des films grindhouse. Retour au temps des drive-in dans lesquels des dizaines de voitures venaient se parquer accompagnant sa flopée d’adolescents boutonneux bien décidés à passer une soirée inoubliable devant un double-programme décérébré au possible. Généralement, les films les plus appréciés demeuraient les séries B, voire Z, avec toute la ribambelle de bizarreries qui allaient avec : monstres venus d’ailleurs, mutations génétiques, insectes démesurés… Un seul mot d’ordre : du sang et de l’action en pagaille. Plusieurs de ces films sont devenus cultes avec le temps et c’est en ressuscitant ce vieil amour passé que le duo Tarantino/Rodriguez s’est entiché du projet Grindhouse : un double-programme englobant Planète Terreur et Boulevard de la Mort entrecoupé de bandes-annonces délicieuses, dont la plupart sont devenus de vrais projets par la suite (Machete ou encore Thanksgiving, à venir bientôt). Dès lors, le regain d’intérêt a laissé place à une multitude de projets, des jouissifs (Hobo With a Shotgun) aux quelconques (Nude Nuns With Big Guns) en passant par les navets intersidéraux (Iron Sky) dans lesquels il était facile de démêler le vrai fan de ce genre de film du réalisateur désireux de surfer sur une la vague nostalgique juste pour en tirer profit. Le grindhouse movie, du point de vue du spectateur, nécessite également une certaine appétence pour le genre. Sans parler d’élitisme, il est toujours délicat de défendre un genre là où ses détracteurs ne chercheront jamais à en apprécier la pleine substance puisque l’essence et l’esprit punk qui se dégagent de ces projets nécessitent, avant tout, un état d’esprit spécifique. Sisu, notre intéressé du jour, joue clairement dans cette catégorie.

Au cours des derniers jours de la Seconde Guerre Mondiale, un prospecteur solitaire croise la route de nazis lors d’une retraite sur la Terre Brûlée dans le nord de la Finlande. Lorsque les soldats décident de voler son or, ils découvrent rapidement qu’ils viennent de s’attaquer à la mauvaise personne.

Réalisé par Jalmari Helander (l’homme derrière le génial Père-Noël : Origines), Sisu a, sur le papier, tout pour séduire le fan de genre. Fort d’une bande-annonce aguicheuse et d’une sacrée réputation issue des festivals dans lesquels il a été projeté, Sisu n’a pas été le moment salvateur que nous attendions. Non pas que le film soit foncièrement mauvais, d’ailleurs le néophyte qui décide d’en faire sa porte d’entrée risque d’y trouver son compte, il ne convient simplement pas à notre regard plus aguerri. Ce n’est pas le tout de convoquer la nazisploitation et moult films (re)connus tels Cyborg, Docteur Folamour ou, à moindre mesure, De l’Or Pour Les Braves, encore faut-il savoir se dépatouiller du gloubi-boulga dans lequel on s’aventure. Le moins que l’on puisse dire c’est que Helander pèche par excès de générosité. Fort d’un high concept sur lequel il se rattache coûte que coûte, Sisu manque clairement de contenance. Ce n’est pas le tout de nous aligner des séquences musclées, il faut savoir transcender son sujet. Sisu s’accroche à un précepte simple. « Sisu » serait un mot finlandais intraduisible qui désigne le courage que l’on peut avoir dans un moment désespéré afin de nous pousser à nous en sortir. Le film ne fera rien de plus que de rendre justice à l’adage qu’il défend. Pas de personnages bien creusés, pas d’arc narratif réjouissant…à peine un petit chapitrage qui se déroule aussi rapidement qu’un éjaculateur précoce un soir de coucherie. Pas le temps d’apprécier les tableaux, pas le temps d’étendre les séquences : on ne doit se contenter que d’une succession d’affrontements qui deviennent de plus en plus risibles.

Le film met en avant un héros qui refuse de mourir, soit, mais il le met dans des situations beaucoup trop rocambolesques pour qu’on daigne y croire un tant soit peu. Nous ne blâmons pas qu’une séquence puisse être spectaculaire et compter sur notre suspension d’incrédulité. Après tout, Indiana Jones parvient à s’éjecter d’un avion sur un bateau gonflable et cela ne nous empêche pas d’aimer le personnage. Seulement, Sisu ne reste que sur des séquences de cette teneur sans jamais nous dévoiler ce que renferme le héros. On le sait meurtri par un deuil, mais jamais Jalmari Helander ne va creuser les traumas de ce dernier. Et à trop vouloir se contenter de scènes spectaculaires, Helander passe du stade de fascination à celui d’ennui. En vrac, son héros saute sur une mine, s’enfuie d’une fusillade aussi aisément que Captain America derrière son bouclier, s’auto-crucifie pour survivre à une pendaison, infiltre un avion au décollage à l’aide d’une unique pioche… Sisu ne manque pas de séquences au potentiel pour devenir culte. Il lui manque simplement une vraie histoire autour, des personnages construits, un point de vue à défendre et analyser. Sisu est un film démonstratif, rien de plus, et c’est cher payé pour pouvoir le défendre pleinement en dépit de quelques séquences qui ont flatté notre amour de la série B (le tranchage de gorge sous l’eau pour que le héros puisse respirer confère au film sa plus belle séquence). En revanche, si vous êtes un(e) ado d’une douzaine d’années et que Sisu est votre porte d’entrée dans le monde de la série B, vous allez passer un super moment.

Sisu ferait un super film de fin d’année d’un étudiant inexpérimenté qui fait l’erreur de débutant de lancer toutes ses références dès son premier jet. En revanche, de la part d’un réalisateur qui a su dépoussiérer le mythe du père-noël avec brio et qui n’en est pas à son coup d’essai, nous ne pouvons être aussi indulgent. Sisu est similaire à un fast-food : ça fait le job sur le moment, mais ça ne laisse rien de mémorable derrière.

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