Le Challenge : Défi relevé

Les comédies américaines de ces dernières années se ressemblent et se répètent, avec des scénarios toujours plus convenus les uns que les autres. Pourtant, on ne fait pas forcément la fine bouche, et nous sommes parfois contents de les voir lorsqu’il s’agit de se vider la tête, et de regarder quelque chose qui ne nous oblige pas à réfléchir, à faire face à nombre de problématiques angoissantes. Voilà qu’une nouvelle comédie pointe le bout de son nez. À l’affiche, rien de moins que Jennifer Lawrence, actrice bien plus abonnée aux blockbusters américains pour adolescents et jeunes adultes, mais aussi aux films d’auteurs. Argument de taille pour visionner un énième film comique sur une pseudo relation amoureuse rythmée par nombre de gags potaches et de blagues graveleuses, donc. Le challenge est de taille.

C’est d’ailleurs ce qui attend le personnage principal, Maddy. Un challenge, et pas des moindres. La jeune femme vit dans la maison de sa défunte mère, sur la côte. Face aux rachats constants des maisons par les plus riches, Maddy doit trouver de l’argent en vitesse pour réussir à payer ses factures, et garder sa maison. La jeune femme pleine d’énergie se voit aussi retirer sa voiture. Face à toutes ces galères, elle tombe sur une annonce pour le moins étonnante : un couple de personnes aisées cherche une jeune femme pour passer du temps avec leur fils, timide maladif. Traduction : le décoincer, quitte à coucher avec lui. La récompense : une voiture.

Si le film de Gene Stupnitsky avait, et ce dès sa sortie, ou atout majeur (Jennifer Lawrence), le pitch pouvait laisser penser à une énième comédie américaine dans laquelle les ressorts comiques bien lourds sont utilisés à la pelle. Une jeune femme qui est prête à coucher pour une voiture, ça relève de la blague sexiste originelle. Et pourtant, les toutes premières scènes nous offrent avec humour une Maddy rafraichissante. Elle aurait pu être une bimbo blonde aguicheuse ; c’est du moins ce que la bande-annonce donne comme éléments. Et pourtant, c’est un personnage tout en profondeur, qui n’est pas seulement écrit ou imaginé pour servir aux multiples gags, pour seulement aider le jeune homme coincé, personnage principal. C’est totalement l’inverse. Dès le début, Maddy est aussi drôle que totalement dépassée par la tournure des évènements. Elle est la victime d’une gentrification de masse, d’hommes pleins aux as qui la déconsidère lorsqu’elle travaille au bar. Bref, de tout un tas de problématiques socio-économiques qui trouvent rarement leurs places dans des comédies américaines. Il faut dire que l’interprète contribue grandement à ce sentiment d’avoir affaire à un personnage principal tout en relief. Jennifer Lawrence semble s’épanouir dans une comédie américaine, genre dans lequel on ne l’a que trop peu vue. C’est plutôt une habituée des films d’auteurs ou des blockbusters américains pour adolescents. Preuve en est qu’elle a plus d’un tour dans son sac, et ce malgré les nombreuses critiques qu’elle a pu recevoir à la sortie de ce film. Tout cela pour la simple et bonne raison que le personnage qui mène la danse ici, c’est le sien.

Dans cette comédie, c’est Maddy qui est entreprenante, qui ose la drague bien lourde, les allusions sexuelles bien gênantes, et on en passe. Toutes les normes et notamment celles liées aux genres semblent être échangées. Percy est constamment dans l’incompréhension -voire la peur – face à une trentenaire qui ne veut qu’une chose : lui plaire, quoi qu’il en coûte. La peur de Percy d’être kidnappé par Maddy donne une véritable scène comique d’anthologie : on se rappellera avoir vu Jennifer Lawrence se rincer les yeux avec son tuyau d’arrosage après s’être faite pulvériser du spray au poivre. Malgré son état dégoulinant, ses yeux, elle ne perd pas son objectif de vue, ni son honnêteté lorsqu’il s’agit de passer du temps avec Percy. Malgré le mensonge initial, une véritable relation se forme entre les deux personnages, qui se confient lors de séquences attendrissantes et émotives – entre un twerk pathétique de Maddy et autres situations bien gênantes. Ce n’est pas la seule scène qui reste en tête. On retiendra notamment le bain de minuit, qui mène à une bagarre qu’on ne pensait pas possible, tout comme à un angle sur une Jennifer Lawrence peu vêtue, pour ne pas dire dans son plus simple appareil. Les détracteurs sexistes et habitués aux blagues grivoises seulement attribuées à la gente masculine sont certes choqués de la scène de nudité de Jennifer Lawrence, scène qui pourtant a totalement sa place dans Le Challenge. Elle prend d’ailleurs tout son sens lorsqu’on connait le body-shaming que Jennifer Lawrence a subi, rendant ses expériences de tournage bien plus pénibles. Alors si la scène de nu a pu choquer les plus prudes (qui s’attendaient peut-être à voir l’actrice américaine seulement dénudée durant une scène de sexe), force est de constater que l’actrice a réussi à surmonter ces critiques somme toute peu constructives à son égard.

Quoi qu’il en soit, les deux acteurs s’éclatent totalement, et cela se voit à travers la caméra. Andrew Barth-Feldman ne démérite pas face à Jennifer Lawrence énergisante, et on retiendra sa bouille tout comme sa justesse, même si on aurait aimé le voir un peu plus à l’écran. Chaque séquence a sa place, qu’il s’agisse de scènes tantôt explicatives, tantôt émotives ou encore promptes à générer un certain malaise chez nous. Au moins, c’est totalement réussi. Si vous souhaitez passer un bon moment sans avoir l’impression de voir ce qui a déjà été réalisé une bonne cinquantaine de fois, Le Challenge est un bon choix. C’est un film qui joue à la fois sur différents types de comique sans pour autant étouffer les sous textes qui donnent du relief à la narration.

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