Rue des Dames : Chroniques du 17ème arrondissement parisien

Issus du groupe La Rumeur, Hamé et Ekoué se sont révélés en 2017 comme des cinéastes prometteurs avec Les derniers parisiens, chronique fraternelle où deux frangins se retrouvaient autour d’un bar de Pigalle. Irradié par le charisme de Reda Kateb et de Slimane Dazi, le long métrage filmait Paris comme on l’avait rarement vu, avec une authenticité rafraîchissante, à la fois âpre et poétique. Alors qu’on pensait les retrouver plus tôt au cinéma, il aura fallu attendre cette année pour que leur second essai, Rue des Dames, se fraye un chemin dans nos salles.

Comme son titre l’indique, le film troque le Pigalle des Derniers Parisiens contre le quartier entourant la Rue des Dames à Paris, y appliquant le même regard au sein d’un récit choral où s’entrecroisent une dizaine de personnages. C’est cependant à Mia que la caméra est essentiellement fixée et qui donne le point de départ et d’arrivée du récit. Travaillant dans un salon de manucure, elle multiplie les combines impliquant les clientes du salon, des soirées privées et un footballeur-star pour joindre les deux bouts. Enceinte de son petit ami Nabil actuellement en liberté conditionnelle, virée de chez elle, Mia doit se reprendre en main dans un monde où chacun pense à sa petite personne…

Encore une fois, ce qui frappe dans le cinéma tel que le pratique Hamé et Ekoué, c’est cette authenticité, convoquant évidemment le fantôme du grand John Cassavetes. Cette attention aux acteurs, aux détails, cette captation du fourmillement insuffle une grande vie à l’écran. Les personnages, profondément ancrés dans le réel, nous semblent familiers, évoluant dans un monde pas toujours reluisant mais néanmoins non dénué de romanesque et de poésie. La vie, dans le film, vibre de toutes parts notamment parce que les dialogues et les acteurs sont naturels, intégrés dans un univers palpable. On saluera notamment le talent de Garance Marillier, révélée chez Julia Ducournau, qui incarne une Mia plus vraie que nature, avec ses contradictions, ses paradoxes et son urgence de s’en sortir. Un personnage pas toujours aimable mais vrai.

Ainsi, malgré un récit connaissant une sérieuse baisse de rythme dans sa seconde partie par sa multiplication de personnages (compréhensible dans son intention mais pas forcément équilibrée – n’est pas Robert Altman qui veut), Rue des Dames apparaît toujours comme profondément sympathique. Les ficelles narratives sont connues mais elles ne constituent pas l’intérêt du film, plus occupé à dépeindre un quartier, une époque et un mode de vie qu’à raconter une histoire dans le sens traditionnel du terme. Des destins y sont tissés, tout au plus, sans jamais qu’une réelle finalité ne vienne achever la quête des personnages. On pardonnera donc les errances d’un film semblant tâtonner par endroits tant il s’en dégage une énergie tout à fait singulière et un regard d’une acuité unique, réaliste et sans fards mais étonnamment pas dénué d’une douce poésie mélancolique.

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