Les envahisseurs de la planète rouge : Haut en couleurs

Les envahisseurs de la planète rouge est un film de science-fiction américain réalisé en 1953 par William Cameron Menzies. Il est surtout connu pour son travail de directeur artistique et créateur de décors entre 1918 et 1956. En 1928, il reçoit le tout premier oscar de la meilleure direction artistique pour The Dove et Tempest, respectivement réalisé par Roland West et Sam Taylor. Puis, vers 1930, au début du parlant, il s’oriente vers la réalisation. Les envahisseurs de la planète rouge est son deuxième film de SF après Things to come (1936), et son avant-dernier long-métrage. Le scénario est écrit par Richard Blake d’après une idée originale de John Tucker Battle.

Dans cette histoire qui reflète les craintes de la société américaine des années 50 à propos des extraterrestres et des nouvelles menacent venant de l’espace, un jeune gamin assiste à l’atterrissage d’un vaisseau spatial à proximité de sa maison et le voit disparaitre sous terre. L’enfant, interprété très justement par Jimmy Hunt, alerte son père qui, en bon scientifique travaillant sur un projet secret de l’armée, se rend sur les lieux. A son retour à la maison, celui-ci dit n’avoir rien vu mais quelque chose a changé dans son comportement. L’enfant remarque le changement d’attitude de son père et de tous ceux qui se rendent sur le lieu de l’atterrissage mais, tragédie de l’enfance, personne ne veut l’écouter. Débute alors une course contre la montre pour trouver quelqu’un qui le croira avant que tout le monde ne soit transformé par un mal souterrain. En effet, les extraterrestres implantent une puce à la base du cou des humains capturés pour les contrôler et les forcer à agir selon leurs desseins.

Encore une histoire d’invasion dans tout le fouillis des films de science-fiction, oui, mais le film de William Menzies se distingue des autres. Il est en couleurs, chose rarissime pour les films de SF de cette époque, là ce n’est pas un hasard, c’est un choix délibéré du réalisateur qui use ici de son expérience de directeur artistique pour embellir un genre qui aurait mérité plus souvent ce type d’initiative. Les envahisseurs de la planète rouge se découvre être un film délicat à la mise en scène soignée, où même les détails de costume ont leur importance pour habiller le caractère d’un personnage. Les décors et les couleurs ont été décidé avec soin pour renforcer une situation dramatique ou pour appuyer une émotion. Le travail de restauration qui a été fait sur la version d’origine et que l’on découvre ici permet d’apprécier le soin apporté à tous ces détails de mise en scène, le film de Menzies retrouve les couleurs qui font de lui un ovni du genre.

C’est beau, mais est-ce suffisant pour garder un spectateur attentif ? Non, mais le scénario de Richard Blake trouve son rythme à mesure que les habitants du village changent et tombent sous l’emprise des envahisseurs. Le choix d’un enfant comme personnage principal dénote dans ce genre cinématographique et apporte l’originalité qui suffit à nous embarquer. Le jeu d’acteur n’a pas été délaissé et Arthur Franz et Helena Carter, qui se rangent au côté de l’enfant, sont suffisamment convaincants pour ne pas ternir le travail fait sur l’esthétique. L’unique point négatif du film de Menzies est la gestion du dernier tiers, la confrontation avec les extraterrestres. Malheureusement, l’acte final est mal rythmé et souffre de longueurs qui mettent en avant les lacunes du réalisateur dans la gestion des scènes d’action. Les envahisseurs, que l’on découvre assez tard dans le film, leur apparition est assez bien menée, n’ont pas bénéficié du même soin que certains décors et leur costume vert est assez ridicule. Chose étonnante en comparaison de cette drôle de créature qu’est leur chef. Si la fin du film peine à convaincre, elle ne nuit pas à la qualité de l’ensemble ni à l’intrigue dont la résolution est surprenante.

Surprenant, tel est le mot qui définit le mieux le film de William Menzies. S’il ne révolutionne pas le genre de la SF, il apporte un peu de fraîcheur et d’originalité aux invasions extraterrestres. Les envahisseurs de la planète rouge nous permet de découvrir un réalisateur aux qualités techniques nombreuses, avec un fort héritage du cinéma muet qui se retrouve jusque dans son esthétique. Un premier film qui donne envie d’en découvrir d’autres.

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