La fusée de l’épouvante : Un passager mécontent

La fusée de l’épouvante, ou It ! the terror from beyond space, est un film d’horreur et de science-fiction américain réalisé en 1958 par Edward L Cahn. Si son nom ne vous évoque rien, c’est malheureusement normal car la plupart de ses films n’ont pas été exporté et les éditions DVD se font rares, en tout cas en France. Pourtant, en presque trente ans de carrière, boulimique de travail et touche à tout, il aurait réalisé par moins de 70 films ! Mais alors comment justifier un tel anonymat ? Peut-être ses films, des films de série B à très petit budget et souvent tournés en moins de dix jours, qui n’auraient pas intéressé un large public ? Ou bien ses films ont-ils été noyés dans la masse des productions SF de l’époque ? Toujours est-il qu’aujourd’hui nous mettons la main sur l’un de ses films pour notre plus grand plaisir.

C’est au jeune Jérome Bixby, scénariste qui écrira Le voyage fantastique de Richard Fleischer en 1966 et The man from earth de Richard Schenkman en 2007, qu’est confiée l’écriture de La fusée de l’épouvante. L’histoire est assez simple : un premier vaisseau spatial s’est écrasé sur la planète Mars et un second vaisseau est envoyé sur place pour secourir et rapatrier l’unique survivant afin qu’il soit jugé devant une Cour Martiale. Le colonel Edward, incarné par Marshall Thompson, est accusé d’avoir tué tous ses compagnons pour augmenter ses chances de survie en attendant les secours. Celui-ci clame son innocence et évoque des événements étranges pour justifier la mort de ses camarades, mais pour le moment personne ne veut le croire. Parmi les membres de l’équipage, nous retrouvons Shirley Patterson qui incarne une infirmière. Évidemment, il dit la vérité et une créature s’est invitée sur le vaisseau qui repart en direction de la Terre.

Si l’on sait très bien ce qui va se passer, l’histoire est une courte ligne droite sans surprise mais néanmoins prenante, on peut regretter que le doute concernant la culpabilité du colonel Edward n’ait pas été maintenu plus longtemps. En révélant trop tôt la présence du monstre à bord du vaisseau, les tensions entre les membres d’équipage disparaissent et les dialogues, déjà pas très inspirés, perdent toute leur ambiguïté. Qu’à cela ne tienne, la structure est efficace, les séquences d’action gagnent en intensité à mesure que l’étau se resserre autour de l’équipage et Edward Cahn s’appuie sur son décor minimaliste et confiné pour augmenter l’impression de claustrophobie. Débute alors une partie de cache-cache à huis-clos.

Bon, le climat du film n’est pas non plus anxiogène mais les apparitions de la créature sont maitrisées et son costume est bien réalisé. Il est le travail de Paul Blaisdell, un peintre et sculpteur américain qui travailla quelques années seulement comme créateur d’effets spéciaux pour des films de science-fiction, parmi eux trois autres sont d’Edward Cahn. L’intérieur du vaisseau, avec ses portes et trappes à ouverture automatique, est très crédible et renforce l’immersion. Tout fonctionne, même pour un film à petit budget, et la magie du cinéma opère lorsqu’il suffit de faire basculer la caméra pour faire croire à une sortie dans l’espace ! C’est d’autant plus beau lorsqu’on sait qu’aujourd’hui, pour une seule séquence tournée, cinq cents mille euros peuvent être dépensés.

La fusée de l’épouvante est un bon film et en le regardant, on ne peut s’empêcher d’imaginer une version de celui-ci avec plus de moyen, plus de profondeur dans le scénario, plus d’horreur et de noirceur. En fait, en le regardant, on ne peut s’empêcher de penser à Alien de Ridley Scott. Sans vouloir parler de plagiat ou de remake, les deux films sont étrangement proches sur de nombreux points. Certes, chaque œuvre s’inspire d’œuvres passées, La fusée de l’épouvante ressemble à La chose d’un autre monde de Christian Nyby, mais les ressemblances sont moins troublantes avec celui-ci qu’avec Alien. Est-ce de la copie, une réappropriation, un hommage ? Difficile de trancher mais cela permet de répondre à une question, le film d’Edward Cahn n’est pas passé inaperçu dans la masse des productions SF des années 50.

Si nous découvrons aussi tardivement, c’est certainement à cause de ces films de série de B à petit budget. Des films trop souvent méprisés qui ont fini par tomber dans l’oubli. C’est dommage parce que ces films de presque rien sont des mines d’or d’histoires originales et inspirantes mais heureusement pour les curieux, d’autres curieux travaillent à leur redécouverte. C’est ce que fait Rimini Édition avec cette édition DVD à laquelle est ajouté un portrait détaillé et surprenant d’Edward Cahn dont on souhaiterait découvrir plus de films.

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