Les Trois Mousquetaires – Milady : Dans les arcanes d’une intrigante…

Avis aux lecteurs : l’article qui suit risque de vous dévoiler certains informations concernant les tenants et aboutissants du dernier film de Martin Bourboulon. Si vous souhaitez découvrir ledit film vierge de toute information nous vous conseillons d’interrompre cette lecture dès à présent pour mieux y revenir par la suite. Sinon, vous pouvez poursuivre ces quelques lignes…

Attendu par bien des spectateurs et autres lecteurs férus de romans de cape et d’épée le second volet de l’adaptation des Trois Mousquetaires de Alexandre Dumas réalisée par Martin Bourboulon sortira donc le mercredi 13 décembre de cette année, soit plus de huit mois après un premier chapitre au cœur duquel le jeune et fougueux Charles d’Artagnan occupait littéralement le devant d’une scène mêlée d’épopée et de romanesque… Dans la droite lignée de son prédécesseur Les Trois Mousquetaires : Milady aurait donc dû s’attarder davantage sur la figure tour à tour séductrice et machiavélique de Milady de Winter née Anne de Breuil au détriment du plus célèbre et du plus aventureux des mousquetaires de l’Histoire de la littérature française : un deuxième volet toujours aussi rondement mené et rythmé par Martin Bourboulon et ses deux scénaristes que sont Matthieu Delaporte et Alexandre De La Patellière, formellement sans grandes surprises mais néanmoins surprenant quant aux libertés entreprises à l’encontre du roman originel…

La première partie du diptyque nous avait – dans son dernier quart d’heure – laissés sur une scène de chevauchée endiablée opposant D’Artagnan à la redoutable Milady aux abords d’une falaise maritime, suite à l’affaire des ferrets de diamants impliquant entre autres choses la reine Anne d’Autriche et le Cardinal de Richelieu ; chue de la côte puis finalement laissée pour morte au crépuscule du métrage Milady (toujours incarnée par Eva Green, ndlr) nous revient tel un authentique diaboli ex machina en la forme de cette seconde partie : en résulte un épisode pour le moins désarçonnant, souffrant inévitablement de la comparaison avec son équivalent littéraire.

Et pour cause : Milady selon Alexandre Dumas nous réservait quelques-unes des plus belles pages du célèbre roman, tant cette figure usait de machinations toutes plus retorses les unes que les autres – en intérieur jour le plus souvent ; retenue en captivité dans une geôle la fatale et impitoyable Milady de Winter parvenait à elle seule à faire bouger toutes les lignes narratives par la simple force de ses charmes manipulateurs au sein d’un roman semblant avoir été écrit sous le signe d’une psychologie trouble et fallacieuse. Ici Matthieu Delaporte et Alexandre De La Patellière déforment, transforment l’intrigue consacrée à la figure sus-citée, allant jusqu’à lui accorder une importance moindre en terme de présence cinématographique. Certains spectateurs auront sans doutes du mal à retrouver tout le sel vénéneux intrinsèque au personnage de Milady très habilement développé dans le roman de Dumas, dans la mesure où d’autres personnages semblent avoir pris les devants au sortir de l’imagination du binôme de scénaristes, à la manière de celui de Benjamin de la Fère (qui n’est autre que le frère cadet du mousquetaire Athos, jeune homme interprété par le prometteur Gabriel Almaer, ndlr)…

Les Trois Mousquetaires : Milady est de ces longs métrages auxquels rien n’est à reprocher dans leur conduction formelle ; de la même façon que Les Trois Mousquetaires : D’Artagnan cet épisode ne lésine pas sur les scènes de pur spectacle (l’on retiendra la séquence de cape et d’épée tenant lieu dans un sanctuaire en proie aux flammes d’un incendie, mais également l’assaut de la forteresse de Saint-Malo par les mousquetaires du Capitaine de Tréville tourné en extérieur nuit occupant une place centrale dans le métrage, ndlr) ni sur de nombreuses révélations scénaristiques (le passé douloureux du taciturne Athos ainsi que sa relation plutôt émouvante avec son jeune frère nous intriguent bon an, mal an, ni plus, ni moins…). Car pourtant rien ne surprend réellement dans tout ce décorum tiré à quatre épingles, pas même le triste sort réservé à la belle et virginale Constance Bonacieux autour de la fin du deuxième acte. Encore et toujours savamment élaboré sur le plan de la direction artistique Les Trois Mousquetaires : Milady semble avoir bien des difficultés à articuler son récit autour d’un véritable protagoniste, ses principaux référents demeurant en fin de compte Athos, son frère Benjamin puis – enfin – Milady de Winter.

Ici nos trois autres mousquetaires semblent bien en reste en termes d’occupation scénique. De la même façon que dans Les Trois Mousquetaires : D’Artagnan François Civil peine à tirer son fleuret du jeu, passablement crédible au détour de la scène de pendaison de la belle Constance interprétée par Lyna Khoudri. Romain Duris s’avère modestement subtil et élégant en Aramis, et si toute la dimension ecclésiastique du personnage inhérente au roman est ici presque intégralement éludée par nos deux scénaristes il parvient à avoir un soupçon d’épaisseur lors d’une séquence de procès mettant au goût du jour ses talents de rhétoricien. Quant à Pio Marmaï il demeure fidèle à lui-même, encore et toujours sympathique à suivre en la figure d’un Porthos des plus truculents, mais sans saveur réellement mémorable…

En résulte un ouvrage plaisant à suivre et à regarder, mais trop symptomatique d’une certaine industrie mettant un point d’honneur à réveiller son audience à renfort de cliffhangers tout droit hérités des sériels et autres feuilletons cinématographiques de tout poil ; c’est du moins ce que laissent supposer les dernières images de Les Trois Mousquetaires : Milady, probable amorce vers un troisième chapitre qui – pourquoi pas – serait possiblement préoccupé par les futures pérégrinations du Comte de la Fère et de son frère cadet. On sait de source sûre qu’une autre adaptation d’un roman de Dumas est actuellement en cours de production (Le Comte de Monte-Cristo, dont la sortie en salles est prévue pour l’automne 2024, ndlr), preuve que les recettes appliquées sur le pas des sagas aux personnages mutables et remplaçables ont encore de bien belles journées devant elles…

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  1. Édito - Semaine 50 -

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