L’Amour et les Forêts : Mon Roi (des forêts)

Du Cinéma de Valérie Donzelli nous ne sav(i)ons en fin de compte que peu de choses ; à peine un second long métrage un peu platement intitulé La guerre est déclarée sorti voilà désormais douze ans, comédie dramatique délibérément légère narrant le parcours combatif d’un jeune couple accusant le triste sort de leur jeune fils atteint d’une tumeur maligne et potentiellement fatale… Ignorant presque entièrement le reste d’une filmographie à priori composée d’œuvres tour à tour poétiques et fortes en gueule la rédaction de Close-Up a pu néanmoins récemment redécouvrir le nouveau film de l’actrice-réalisatrice sorti en salles à l’aune de la 76ème édition cannoise il y a voilà près de six mois : le superbe et troublant L’Amour et les Forêts, drame psychologique revu en l’état d’un DVD et/ou Blu-Ray disponible aux éditions Diaphana depuis le 17 octobre dernier ; un film semblant pour ainsi dire « tenir tout seul », impeccablement interprété par ses deux comédiens principaux que sont la décidément très bankable Virginie Efira et l’inégal mais toujours intrigant Melvil Poupaud, formant le couple d’une quadragénaire professeure de littérature sous le joug mental et sentimental d’un mystérieux banquier la tenant pernicieusement sous son emprise ainsi qu’une jalousie des plus possessives et accaparantes…

Adaptation passionnée et passionnante du roman éponyme de Éric Reinhardt L’Amour et les Forêts n’est rien de moins qu’une franche réussite de la part de Valérie Donzelli ; écrit à quatre mains par ses soins et ceux de son amie et partenaire de travail Audrey Diwan le scénario commence par la rencontre liant la belle et esseulée Blanche Renard (Virginie Efira) à l’irrésistible Grégoire Lamoureux (Melvil Poupaud), archétype du prince charmant trouble et juste ce qu’il faut de prévenance et d’entreprise romanesque… Rapidement Valérie Donzelli et Audrey Diwan développent l’idylle foudroyante naissant entre Blanche et Grégoire au gré d’une première demi-heure étrangement douce, doucereuse presque… un conte de fées visiblement « trop beau pour être vrai », trompe-l’œil amoureux convoquant néanmoins à notre mémoire les toutes premières secondes d’une métrage s’ouvrant sur une brève séquence au coeur de laquelle Blanche semble de toute évidence libérer une parole étouffée depuis des années : littéralement oppressée et sous l’emprise d’un mari contrôlant les moindres de ses déplacements depuis leur déménagement soudain dans la région de Metz quelque mois seulement après leur rencontre en Normandie la figure de Blanche rend compte à sa façon du destin cauchemardesque de bon nombre de femmes (et peut-être d’hommes) prisonnières d’une dépendance générée par un conjoint toxique et peu ou prou narcissique… Ainsi le personnage incarné par Efira témoigne ni plus ni moins d’une réalité bien plus banale que ce qu’un film de Cinéma pourrait de toute évidence laisser présager : c’est efficace et redoutable de réalisme et de précision scénaristiques.

On songe évidemment au Mon Roi de Maïwenn sorti huit ans plus tôt, à la différence que le personnage de pervers narcissique campé par Vincent Cassel demeurait bien davantage menteur et affabulateur que celui de Melvil Poupaud, plus proche du contrôleur obsessionnel à la lisière de la violence conjugale que d’un emploi de manipulateur retors et moralement inconséquent ; ce sont pourtant les mêmes mécanismes que ceux développés par Maïwenn dans son quatrième long métrage que Valérie Donzelli et Audrey Diwan déplient dans le plus pur esprit cinématographique, jouant la carte de la progression psychologique douloureuse, anxiogène puis finalement dévastatrice. A la fois intemporel et clairement ancré dans son temps L’Amour et les Forêts fait presque l’effet d’une illusion romanesque aux allures de thriller hitchcockien, atmosphère suffocante en grande partie instaurée par un décor quasiment unique et spatialement dérangeant ; dans cette maison, cette prison dorée au coeur de laquelle le terrible Lamoureux va d’année en année assouvir son désir d’emprise et de contrôle sur Blanche les pièces et les couloirs semblent pratiquement se confondre, annihilant l’intimité souhaitée par la jeune femme… Et c’est notoirement malaisant !

En résulte un nouveau long métrage donnant joliment l’envie de découvrir la filmographie d’une réalisatrice laissant peu de place au consensus ou à la tiédeur… Superbement écrit et adroitement réalisé L’Amour et les Forêts est un drame psychologique classique sur le papier mais néanmoins brillant et passionnant à voir et à re-découvrir. Et si Virginie Efira est comme toujours idoine au regard de son double rôle de composition (la comédienne joue également la soeur jumelle de Blanche lors d’une petite poignée de séquences liant habilement la narration, ndlr) Melvil Poupaud s’avère quant à lui bluffant de noirceur vénéneuse et perverse. Excellent.

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