The Good Neighbor : Une bonne déception

David, journaliste américain, doit déménager en Lituanie. Durant son acclimatation, il fait la connaissance de son voisin, Robert, avec qui il sympathise d’emblée. Les deux hommes deviennent vite de bons amis, et s’offrent une virée en boite de nuit, durant laquelle David se rapproche de Janine, jeune femme solaire. Eméchés et sous l’emprise de drogue, David et Robert percutent Janine, qui rentrait chez elle en vélo. Les deux hommes abandonnent la jeune femme à la mort. Le gentil voisin s’avère ne pas avoir de scrupules concernant la disparition d’indices et de témoins, tandis que David sombre peu à peu dans la culpabilité, aux prises avec un Robert de plus en plus étouffant.

Disponible sur Netflix, The Good Neighbor a tout pour être alléchant : un scénario accrocheur, un paysage peu présent dans le cinéma mondial, un acteur connu pour interpréter un homme aussi sournois que séducteur… Bref, sur le papier, le film de Stephan Rick s’impose comme une œuvre Hitchcockienne. Et pourtant, le film n’a d’Hitchcockien que l’apparence. Voilà que les codes du thriller sont poussés à l’extrême, rendant The Good Neighbor gênant, voire comique à certains moments. Nombre d’exemples pourraient vous être cités durant tout un paragraphe, mais nous retiendrons surtout et bien évidemment le voisin caché derrière son rideau, les maisons plongées dans le noir même en plein jour, le gentil personnage se frottant compulsivement les mains comme pour enlever les traces de sa culpabilité. Tous ces codes n’auraient finalement pas été si dérangeants si le scénario n’était pas si prévisible, enlevant toute opportunité de vouloir poursuivre le visionnage du l’œuvre en question. A partir du moment où les deux hommes apprennent que la vieille dame est un témoin gênant, il n’y a aucun doute sur le fait que Robert va la tuer, et le réalisateur s’attèle durant cette heure quarante cinq à nous donner toutes les pistes, pour ne pas les brouiller. Il n’y a aucune surprise, seulement un scénario téléphoné qui aurait pu être évité si le personnage de Robert avait été mis en difficulté, par exemple. Dommage.

Pourtant, nombre de trames narratives avaient la possibilité d’être mieux exploitées, et celles-ci dépendent intégralement de l’écriture des personnages, qui, pareillement, n’est pas réussie. Quel est le passé de David ? Et celui de Robert, le voisin psychopathe et bien trop amical ? Les personnages n’ont pas d’épaisseur et on ne sait rien d’eux, ce qui empêche de s’attacher à eux ou de comprendre leurs motivations. Creuser leurs passés respectifs aurait pu ajouter des justifications à leurs actes plus ou moins discutables, notamment ceux de Robert, qui se plait constamment à faire croire à David que cacher un meurtre entre hommes est une belle manière de fraterniser. C’est donc un effet Domino qui souligne les failles de ce film puisque la mauvaise écriture des personnages ne permet pas de développer la trame du personnage principal qui « se jette dans la gueule du loup » : sortir avec la sœur de la personne que l’on a tué, un soir durant lequel on était un peu trop ivre. David est journaliste, et son statut aurait été un bon prétexte à se servir d’informations concernant l’affaire, qu’il s’agisse pour lui de brouiller les pistes ou bien de se rendre. A la place, le réalisateur en fait un personnage pleurnichard, qui aurait pu faire bien plus.

La plus grosse déception réside dans la piste la plus intéressante, inexploitée : c’est la relation entre les deux hommes. On aurait pu creuser ou explorer la fascination malsaine que Robert éprouve pour David, mais rien ne justifie ce comportement, ou du moins on ne sait jamais ce qui le justifie. Est-ce un sentiment d’abandon chez Robert qui le pousse à s’accaparer David? Est-ce un psychopathe ? Le réalisateur effleure parfois une possibilité d’attirance qui aurait pu être une piste étonnante à creuser, mais d’autres indices (ou encore codes de genre) comme le fait que Robert lèche le doigt de David lorsque celui-ci se blesse tendent à nous emmener dans des questionnements : est-ce un énième code de genre surjoué et mal exploité ? Doit-on comprendre que le gentil voisin aurait une attirance certaine pour David ? Le film ne s’attarde donc pas sur cet aspect psychologique qui, dans un film d’une telle envergure, ne peut passer à la trappe.

Bref, The Good Neighbor ne tient pas ses promesse et nous déçoit durant tout le visionnage. Même l’acteur star du film qu’est Jonathan Rhys-Meyers ne convainc pas, son rôle ici étant seulement de faire de grands yeux ronds lorsque quelque chose venait déranger son plan. On aurait aimé une fin plus ouverte, dans laquelle son personnage tordu aurait eu une chance de s’en sortir. Si vous avez du temps à perdre mais aussi le cafard, foncez voir The Good Neighbor. Si vous voulez affuter votre esprit critique, vous pouvez aussi le visionner.

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