Le Temps d’Aimer : Quand l’amour se mêle au drame…

Fraîchement récompensé du Valois de diamant lors de la 16ème édition du FFA doublé du Valois du meilleur acteur pour le désormais incontournable Vincent Lacoste le dernier long métrage de Katell Quillévéré sortira ce mercredi dans nos salles obscures… Au vu de son sujet et de sa dimension universelle contrebalancée par un style typiquement français et plutôt fédérateur Le Temps d’aimer s’agit d’un projet filmique revenant de loin pour son autrice-réalisatrice : petite-fille d’une aïeule uniquement coupable « d’avoir couché avec l’ennemie » au crépuscule de la Seconde Guerre Mondiale Katell Quillévéré fut donc le fruit d’un ébat amoureux entre un soldat allemand et ce que les charognards de l’introduction de son film appelèrent avec mesquinerie les « poules à boches« , ces françaises qui furent tondues à zéro puis traînées dans la boue d’une opprobre au sortir du conflit par leurs pairs féminins et masculins sous prétexte d’assignation à l’idéologie nationale-socialiste…

Au commencement du projet une grand-mère, donc ; une ancêtre à l’égard de laquelle la réalisatrice rendra un hommage beau et poignant au gré d’un long métrage de facture assez classique et pour le moins habilement reconstitué historiquement par ses soins et ceux de son consultant artistique Hélier Cisterne (également réalisateur du bon et appréciable De Nos frères Blessés sorti l’année dernière et lui aussi interprété par Vincent Lacoste, ndlr), authentique mélodrame narrant la rencontre de Madeleine (Anaïs Demoustier) et de François (Vincent Lacoste) sur les plages bretonnes d’après-guerre, à l’aune des années 1950. On apprend d’emblée que Madeleine est la mère d’un petit garçon nommé Daniel, fruit d’une passion fugace entre la jeune femme et un soldat allemand et ignorant l’identité de sa figure paternelle. Ayant élevé Daniel à bras-le-corps tout en voilant les secrets d’un passé terrible et jugé dévastateur pour sa progéniture Madeleine tombe alors amoureuse du fébrile et distingué François, jeune étudiant en Histoire flanqué d’une maladie orpheline et d’une sexualité complexe et complexée qui trouvera tout naturel d’assumer la paternité de Daniel sur près d’une vingtaine d’années, espace-temporel de la narration d’un film réalisé sous le signe de la chronique historique et sentimentale…

Sans réellement dépasser son sujet mais entièrement honorable dans sa globalité Le Temps d’aimer fait immanquablement penser aux célèbres mélodrames du cinéaste Douglas Sirk par son sentimentalisme creusé et joliment développé par Katell Quillévéré… Sur le plan essentiellement dramaturgique rien n’est à reprocher aux comédiens, Anaïs Demoustier et Vincent Lacoste incarnant littéralement leur personnage respectif au point de nous faire oublier leur statut d’interprète (de ce point de vue Vincent Lacoste parvient à nous faire oublier son éternel emploi d’adulescent porté en germe depuis le phénomène Les Beaux Gosses de l’année 2009, méritant en grande partie son Valois angoumoisin et passible de concourir aux futurs Césars 2024 pour son rôle de dandy meurtri par la vie…). Le Temps d’aimer demeure fondamentalement fort dans sa genèse et son histoire singulière et purement personnelle, mené par une réalisation propre et plutôt maîtrisée dans son ensemble…

Néanmoins le film – en dépit de ses qualités de mise en scène et de jeu – semble ne s’en tenir qu’à ce qu’il raconte, arborant une forme désespérément « tirée à quatre épingles » et envers laquelle notre rédaction a eu bien du mal à déceler de réelles aspérités de Cinéma quelques semaines après sa découverte. Sur le plan dépréciatif rien n’est imputable ni à la cinéaste ni à l’équipe artistique, simplement Le Temps d’aimer ne parvient jamais à transcender le stade du beau et joli mélodrame actanciel voire fonctionnel… On ne s’étonnera pas d’une potentielle consécration lors de la prochaine cérémonie des Césars tant Katell Quillévéré semble cocher toutes les cases du film dit « à sujet », alternant proprement entre émotions empruntés et qualités techniques. C’est assez beau et digne d’intérêts, mais la réalisatrice de Réparer les Vivants nous apparaît comme capable de faire beaucoup, beaucoup mieux que par la présente…

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