Le Monde d’après 3 : Une soirée avec Laurent Firode

Le Monde va mal, et l’Heure pourrait – sans doutes – être au(x) débat(s). Depuis l’avènement du Covid-19 de l’hiver 2020 puis ses deux ou trois confinements peu ou prou supportables par tout un chacun l’Hexagone enchaîne les tares méditatiques tout en assénant un matraquage idéologique prétendument irréprochable et diverses formes et manifestations d’austérité politique : trois années jalonnées par une psychose ambiante relevant d’un virus pandémique à priori plus fort que la vie elle-même, une peur de soi et des autres mêlée de rigidité morale et de culpabilisation voire d’infantilisation par nos classes dirigeantes et les lobbys pharmaceutiques mais aussi trois années sujettes à pléthore de niches en tous genres : peur panique du réchauffement climatique, racisme, question du féminicide et mouvance LGBT de bon aloi, protection de la planète conjuguée à une purification des esprits à renfort de cancel culture ou encore islamophobie accouplée à une montée fracassante – et de fait dommageable – de l’extrême droite.

Laurent Firode – Réalisateur du film

Oui le Monde va mal, et l’on ne vous apprend rien… Un bougre, pourtant, hétérosexuel sexagénaire et blanc de peau travaille à quelque chose, accompagné de sa bande de joyeux drilles et de moyens réduits pratiquement au strict minimum : Laurent Firode, désormais responsable d’une saga comptant pas moins de trois films tous tournés entre janvier 2022 et l’été 2023 et répondant au nom lapidaire du Monde d’après Son nom ne vous dira peut-être rien, mais le Grand Homme (avoisinant près de deux mètres de hauteur, affublé de son feutre habillant un crâne dégarni et une chevelure blanche se terminant par d’imposantes rouflaquettes, ndr) s’attèle depuis près de deux ans à tirer à boulets rouges sur la bien-pensance du tout-venant hexagonal en la plaçant face à toutes ses contradictions morales et souvent réduites en matière d’esprit critique. Auteur du Monde d’après sorti en salles en octobre 2022 (et que l’auteur de ces lignes a eu la chance de découvrir dans l’intimité des locaux de la maison des auteurs quelques mois plus tôt en compagnie de Laurent Firode et de sa compagne Irène Ismaïloff) puis d’une suite directe sortie dans la foulée du premier notre sympathique et jovial réalisateur sus-cité nous revient donc en cette fin d’année 2023 avec Le Monde d’après 3, drôlatique film à sketchs perpétuant les interrogations contemporaines d’un artiste semblant avoir bien du mal à s’y retrouver face à un bordel littéralement monstre voire monstrueux, débâcle généralisée d’une opinion publique parfois incapable de remettre en question une kyrielle d’idées souvent bêtement reçues.

Moins drôle car plus sombre que le premier opus (l’auteur de ces lignes n’a hélas pas encore pu découvrir Le Monde d’après 2, heureusement visible indépendamment des deux autres volets de la saga…) Le Monde d’après 3 reprend la structure en saynètes de ses prédécesseurs : six sketchs pour lesquels notre intérêt variera entre le déroulement caustique et agréable et la qualité de renom. Entre le chapitre relatant le destin funeste de deux influenceuses bobos et écoresponsables perdues en rase campagne, celui retraçant les péripéties d’un expert en épidémiologie pris à son propre jeu par un fermier crédule et joliment caricatural ou encore l’ultime sketch mettant un point d’honneur à montrer ce que serait un monde voulu parfait par une héroïne allergique à toute forme de subversion littéraire (figure interprétée par la confidentielle Irène Ismaïloff, ndr) Laurent Firode inverse les polarités d’une doxa s’autocensurant par peur de paraître impertinente et politiquement incorrecte, nous amenant intelligemment à remettre en question ses logiques souvent ineptes voire pratiquement absurdes…

Le comédien Christian Diaz et Laurent Firode.

Depuis Le Monde d’après Firode et sa clique semblent exécuter un véritable parcours du combattant, peinant à tourner par leurs propres moyens (les trois films furent tous trois intégralement auto-produits par le cinéaste) tout en ayant un mal fou à trouver des distributeurs et des exploitants… Au point qu’une seule salle parisienne diffuse actuellement ce troisième chapitre ne cherchant aucunement à accorder son Monde, délibérément dérangeant voire trash dans ses pis accès d’humeur satirique ; visible à l’Espace Saint-Michel depuis le mercredi 22 novembre de cette année Le Monde d’après 3 est de ces projets de Cinéma underground techniquement imparfaits mais justement pleinement conscients de leur gueule cassée et de leur sourire en bandoulière, ne cherchant à aucun moment à faire preuve d’esthétisation fallacieuse ou hors de propos. Non : Laurent Firode a bien des choses à dire et à raconter, et s’y tient d’un bout à l’autre avec toute l’authenticité déjà prégnante dans le premier volet de son feuilleton tour à tour désopilant et auto-dérisoire, saga réalisée en marge d’un système verrouillant un champ des possibles naturellement fertile mais hélas trop souvent inexploité.

La rédaction de Close-Up Magazine n’a de cesse de le répéter au gré de ses éditos fleuris mais un rien désabusés concoctés par notre cher Alexandre Coudray d’une semaine à la suivante : le Monde va mal. Aussi des asticoteurs de la trempe de Laurent Firode nous semblent résolument nécessaires à servir de contrepied à toute cette sinistrose ambiante et tristement virale, ledit réalisateur opérant en la forme du Monde d’après 3 un formidable travail de désamorçage de la censure et des esprits bâillonnés… Après une séance ponctuelle mais mémorable tenant lieu dans une salle pleine à craquer et très réceptive à l’humour irrévérencieux du réalisateur l’auteur de ces lignes a voulu en savoir davantage sur notre bonhomme et ses partenaires de travail en l’état d’une discussion animée par Laurent Firode et quelques-uns de ses collaborateurs tels que Eric Denize, Axel Gallois, Christian Diaz et bien sûr Irène Ismaïloff ; près d’une heure d’échange avec un public des plus enthousiastes au coeur duquel l’équipe du Monde d’après 3 est – entre autres choses – revenue sur la dimension curative du rire et de l’humour et sur l’hypocrisie d’un système incapable de céder à ses exigences économiques au regard de productions plus modestes et discursivement désarçonnantes… De ce moment privilégié et du charisme chaleureux émanant de Laurent Firode et de ses partenaires la rédaction de Close-Up Magazine s’est empressée de donner suite à ses idées, allant rejoindre l’équipe du film autour de la table d’un restaurant situé non loin de l’Espace Saint-Michel pour mieux rire et ripailler, clôturant une soirée réservant les meilleures augures.

La comédienne Irène Ismaïloff en compagnie de Laurent Firode.

Alors oui, certes : le Monde va mal… Mais le Cinéma et les membres en constituant le corps essentiel sont toujours là pour nous montrer que tout est encore possible : faire des films avec trois bouts de ficelle sans pour autant élaguer son discours de nuances intelligentes et salutaires, contredire à échelle humaine l’hégémonie woke et les niches idéologiques à n’en plus finir ou simplement prendre un verre et partager un moment avec quelqu’un, ou quelqu’une. « Le seul remède au Cinéma, c’est le Cinéma » scandait Frank Capra il y a de cela plusieurs décennies… Gageons et osons espérer que la Vie elle-même puisse être le meilleur des remèdes face à un Monde allant de mal en vrille depuis toujours, et chantons l’héroïsme imparfait et impertinent d’un film tel que Le Monde d’après 3. A voir sans plus attendre, et pour cause…

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