Édito – Semaine 48

On dit souvent que la vieillesse est un naufrage. Ce n’est pas toujours vrai – fort heureusement – mais quand on voit récemment la campagne de promotion effectuée par Ridley Scott, 85 ans, pour les besoins de son film Napoléon, on constate que ça l’est néanmoins parfois. Irascible, imbuvable, insultant aussi bien les journalistes que les critiques n’aimant pas son film, ses interviews données ces derniers temps sont celles d’un vieillard aigri en bout de course, fermement campé sur ses positions, profitant de son statut et de son grand âge pour être vulgaire sans que l’on ne s’en offusque trop. Certes, on peut faire un film historique en prenant des libertés avec l’Histoire, la fiction a ses droits. Mais on n’est pas obligé au passage d’insulter les historiens…

Quand on voit le mois dernier la promotion donnée par Martin Scorsese pour Killers of the Flower Moon, c’est le jour et la nuit. Le cinéaste est pourtant également octogénaire. Mais il est ouvert d’esprit (ses vidéos TikTok avec sa fille Francesca sont savoureuses), bienveillant, utilisant des arguments pertinents pour parler de ce qui ne lui plaît pas (les films Marvel) mais sans fiel, sans amertume. C’est un artiste à l’écoute de son époque, moderne et animé d’une réelle passion pour le cinéma là où l’on se demande pourquoi Ridley Scott continue à faire des films quand on l’écoute parler. Cinéaste mercenaire, faiseur dépendant essentiellement du scénario qu’il a entre les mains, réalisant ses grosses productions en pilotage automatique, Ridley Scott fait partie de ces réalisateurs qui n’ont plus rien à dire avec l’âge et dont la retraite aurait été salvatrice il y a quelques années, bien avant qu’il ne nous ponde un Gladiator 2 dont personne ne veut vraiment et qu’il ne donne des interviews en lançant des insultes en se prenant pour le Logan Roy de Succession. Rares sont les artistes (qui sont, après tout, des personnes comme les autres) à bien vieillir et à toujours injecter dans leur art une énergie toujours intacte, ouverte à l’extérieur et pas uniquement centrée sur eux-mêmes. Heureusement pour contrer un Ridley Scott et un Napoléon qui n’est pas loin d’être son pire film (du moins dans cette version cinéma bien trop courte), nous avons eu récemment Killers of the Flower Moon mais également L’enlèvement, réalisé par un autre cinéaste octogénaire, Marco Bellocchio. Deux grands films et deux grands cinéastes qui nous font le plaisir de bien vieillir. Ce n’est pas donné à tout le monde…

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