The Belgian Wave : Rencontres du troisième belge

Dans la catégorie des comédies absurdes, nos voisins de la Belgique ne sont certainement pas novices en la matière. Qu’on soit de fiers défenseurs de leur humour acerbe ou, au contraire, hermétique à l’exercice, on ne peut que saluer une certaine patte qui caractérise particulièrement l’absurde belge. Difficilement descriptible, et pourtant reconnaissable entre mille, l’humour du Plat Pays s’est toujours magnifiquement marié au cinéma de genre. Parmi les ovnis incontournables, difficile de ne pas citer C’est Arrivé Près de Chez Vous ou Dikkenek qui trônent parmi les tops indéfectibles de bon nombres de cinéphiles. D’un point de vue personnel, nous sommes nettement plus friand de l’humour noir de Poelvoorde que des frasques incompréhensibles de François Damiens (comique que nous admirons beaucoup, mais Dikkenek n’est clairement pas un choc générationnel pour nous), et nous ne pouvons que vous conseiller de vous ruer sur l’irrésistible Vampires de Vincent Lannoo (à voir en double-programme avec le Vampires En Toute Intimité de Taika Waititi et Jermaine Clement) afin de vous imprégner du mood idéal pour affronter la nouvelle exclusivité Shadowz de la semaine. Premier long métrage réalisé par Jérôme Vandewattyne, The Belgian Wave s’inspire d’un réel fait divers ayant défrayé la chronique belge au début des années 1990. En effet, à cette époque, la Belgique est frappée par différentes manifestations d’ovnis, témoignages de nombreuses personnes à l’appui. De cette période farfelue ayant fait la gloire des journaux télévisés de l’époque, Vandewattyne décide d’en faire une œuvre de fiction à mi-chemin entre le mockumenteur et un trip sous LSD façon Las Vegas Parano qui viendrait côtoyer les parties fines de Eyes Wide Shut à la sauce secte de l’Ordre du Temple du Soleil. Tout un programme pour lequel il va falloir être plus que prêt…

Au début des années 1990, le journaliste Marc Varenberg et son caméraman disparaissent dans des circonstances mystérieuses alors qu’ils enquêtent sur la Vague Belge, une série d’observations d’ovnis. Près de 30 ans plus tard, deux webreporters rouvrent l’enquête pour découvrir ce qu’il s’est réellement passé.

De prime abord extrêmement déroutant et incompréhensible, The Belgian Wave est le genre d’objet étrange qui fait naître une fascination quasiment morbide au fil de ses séquences. S’il s’ouvre sur un mauvais trip aux acides en parodiant à moitié des tranches de vie qui auraient eu leur place au sein de l’émission Strip-Tease, le film amorce un virage vers le fantastique sorti de nulle part, mais qui sied parfaitement au cahier des charges de son auteur et qui fait sens à l’entièreté de son œuvre. Trop de choses sont à décortiquer, et pourtant nous aimerions vous en dévoiler le moins possible afin que vous puissiez vivre l’expérience vierge de toute information. Mais notre papier aurait des allures de travail bâclé si nous nous arrêtions ici. Par où commencer ? Probablement par le ton. Il va sans dire qu’il vous faut être préparés à rencontrer des énergumènes lunaires d’un autre monde. Chaque acteur n’est pas parfait, mais le film doit de sa superbe grâce à l’excellent duo de tête qui tient les rames avec une maîtrise jouissive. On ne va pas vous mentir, il faudra venir à bout de la première moitié du film. Nous faisons la connaissance d’énormément de personnages. Les scènes se succèdent sans vraiment donner l’impression d’être liées entre-elles. Autant certains personnages ne sont pas aboutis (la notaire) autant d’autres offrent des moments de dialogues en passe de devenir anthologiques (le geek fan de Star Wars). Nous pensons avoir affaire à une succession de tableaux, un enchaînement de sketches burlesques desquels il n’y aura pas grand chose à tirer. Pourtant, The Belgian Wave amorce une seconde partie inespérée et totalement régressive qui nous récompense lourdement pour notre patience. De fait, nous repensons aux personnages croisés jusqu’alors, et tout fait sens avec une fluidité étonnante…rien n’était disposé ainsi par hasard, quelle belle façon de penser son film, un joli tour de force de la part du réalisateur.

Visuellement, The Belgian Wave dégueule de couleurs primaires. C’est un carnaval à rendre une crise d’épilepsie désuète tant ça explose les pupilles. L’esthétisme outrancier du film n’est pas qu’un simple décorum uniquement là pour vous aider à vérifier les bons réglages de votre téléviseur. The Belgian Wave va bien au-delà de la retranscription d’une prise d’acides. Toujours dans l’idée de proposer un road trip régressif, le film vient titiller tout un pan de cinéphilie avec maestria. Du found-footage aux meilleurs épisodes complotistes de X-Files en passant par le thriller « Fincherien », les histoires de vaudou et le body-horror, The Belgian Wave est une anthologie de tout ce qui constitue la culture de son auteur. Ce qui aurait dû être une bouillie exécrable sur le papier se transforme en un solide plat de résistance atypique et qui dépoussière sévèrement le cinéma « auteurisant ». Plus que tout, il met K-O ce cinéma qui abuse d’analogies et de séquences expérimentales juste bonnes à titiller l’Intelligentsia qui se complait dans son élitisme misérabiliste. The Belgian Wave démontre que le cinéma populaire peut exister en s’inscrivant dans une démarche réfléchie et aboutie. Quand bien même nous avons toujours défendu le genre comme une des formes d’expression les plus politiques qui existent au cinéma, il lui manquait sûrement quelqu’un de la veine de Jérôme Vandewattyne pour grossir les traits et réunir tous les publics au sein d’une seule et même tribune, celle qui nous anime tous : l’amour du septième art, tout simplement.

Nous nous gardons de vous en dévoiler d’avantage tant The Belgian Wave est une expérience qui doit être vécue avec le moins d’informations à son sujet. Le premier long métrage de Jérôme Vandewattyne est une franche réussite qui donne sens à la définition de l’absurde. L’absurde est vecteur de chacune des séquences et nourrit chaque genre que le film va toucher. Porté par des acteurs déjantés et aidé par une réalisation au diapason, The Belgian Wave est la définition même de ce qu’on appelle Objet Filmique Non Identifié. Ceci étant, soyez armés car il ne vous ménagera en aucun cas. On en sort éreinté, mais indubitablement conquis avec la furieuse envie d’y revenir et de le partager avec des amis.

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Article réalisé dans le cadre d’un partenariat avec la plateforme Shadowz.

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